Quel homme n’est pas secrètement amoureux de Juliette Binoche? Que celui qui n’a jamais envisagé l’adultère à la vue de cette femme, à la fois ange et walkyrie, qu’un critique inspiré qualifia d’une “légèreté presque céleste dans sa beauté et son innocence“, me jette la première pierre.
Ces 29 et 30 octobre, Juliette brillait sur les planches du Théâtre de la Ville, accompagnée par le talentueux Akram Khan, un gentilhomme touché par la grâce dont nous dirons quelques mots en guise de conclusion. En présentant “In-I“, ces artistes ont fait rêver une salle comble, au travers d’une chorégraphie au combien époustouflante, une mise en scène originale à souhait et des situations tantôt humoristiques, tantôt absurdes, tantôt d’une violence presque vulgaire.
Mais revenons à La Binoche un instant… Une chose m’a frappée dans ses films et j’aimerais la partager avec toi, lecteur vénéré, car c’est un peu l’extase que j’ai vécue ce soir-là qui me l’a rappelée. Quand on regarde danser Juliette, son visage est illuminé d’un sourire traduisant une joie quasi-enfantine, de se libérer complètement, d’oublier le lieu et l’instant, pour laisser à sa fougue le droit de s’exprimer. Dans ces quelques instants, donc, j’ai toujours l’impression que ce n’est plus le personnage qu’elle joue qui fait face à l’écran, mais bien l’authentique Juliette Binoche.
Dans “In-I“, Juliette danse pendant un peu plus d’une heure aux côtés du sieur Akram. Ô Belzébuth, merci de satisfaire ma gourmandise! Le moins qu’on puisse dire, c’est que son corps ‘pas entraîné‘ (selon ses propres termes) ne dépareille pas, on en voit d’ailleurs de toutes les couleurs; tout d’abord par la perfection avec laquelle leurs deux corps se confrontent, parfois dans des positions défiant les lois de la gravité, ensuite par le rythme effréné qui cadence chaque scène, nous laissant à peine le temps de respirer. Bref, quand Juliette danse sur scène, tu te tais et tu admires.
… mais le diable créa Akram Khan
Un dernier mot au sujet de son compagnon sur scène et chorégraphe du spectacle. Je peux très bien m’imaginer que ce danseur de génie, couvert de récompenses, capable d’insuffler une vitalité hors-du-commun à l’expression corporelle, et pour couronner le tout taillé comme un Apollon, fasse quant à lui frémir les cœurs de la gent féminine. Ce que ce jeune artiste né à Londres et d’origine Bengali réalise dans cette pièce, c’est épeler avec brio les quatorze manières de dire ‘aimer’ en Grec. Cela ne laisse-t-il pas rêveur, mesdames?