Comme des garçons

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Le jour où l’on m’apprend l’éventuelle collaboration entre H&M et Comme des garçons, l’information reste secrètement gardée. Ma taupe, dont je ne peux dévoiler l’identité, fait partie des rares privilégiés qui accèdent à certains mystères entretenus par la griffe japonaise. Connaissant ma passion déraisonnée pour Comme des Garçons, sa langue brûle mais elle me fait jurer une discrétion totale « jusqu’à ce que l’information soit diffusée dans la presse ». Fier de partager un petit bout de complicité avec la créatrice Rei Kawakubo, je deviens une carpe japonaise.

 

Quelques mois plus tard, mon silence est divinement récompensé lorsque j’apprends que le lancement a lieu le 08 novembre, à Tokyo, alors que je suis au Japon. En parfait disciple, je m’engage alors, à faire partie des premiers campeurs qui franchiront les portes du magasin d’Harajuku. Malheureusement, les rencontres nocturnes et le saké remettent parfois en question les principes les plus solides. Le jour de l’ouverture des portes, les veines encore pleines d’alcool et le cœur déjà plein de larmes, j’arrive à midi, pour assister au spectacle tragique d’une guirlande de plusieurs kilomètres de fans. La sentence est trop lourde et ma complice décide d’appliquer la méthode dite « de la carte de visite ». Sept minutes de négociations avec la responsable des Relations presse suffisent pour obtenir des badges qui nous donnent accès à la porte « VIP ». Précisons que nous n’avons pas hésité, en toute immoralité, à multiplier les mots magiques tels que (dans le désordre) : « Magazine de mode, Paris, France, journaliste, exclusivité, long voyage, ami de, article, Paris, mode, copain de, magazine, Paris, … » et un tourbillon de « name dropping » à faire mourir de jalousie Jean Roch.

A l’intérieur, l’hystérie est réelle mais retenue. Nous sommes au Japon, par conséquent, le respect des autres et des choses demeure de mise. La collection est belle, sobre et sombre, appliquée, peu chère, subtile, peu conceptuelle mais juste. Les cintres, siglés de la collaboration, se voient dépouillés avec ferveur. Personne n’hésite : Du « Comme des » à prix H&M, ça ne se renouvellera pas. Fières de compter parmi les premiers occidentaux à bénéficier de l’aubaine (En Europe, la sortie de la ligne est prévue quatre jours plus tard), nous nous régalons : sept flacons de parfum, un sac à pois, un portefeuille à pois, six chemises en taille « S », un cardigan, deux costumes, une robe, un feutre. L’humeur n‘est pas sous le signe de la privation. Com- ment regretter le moindre achat ? Chaque vêtement labéllisé Comme des Garçons est un « must have » ne serait-ce que parce qu’il fait partie de l’histoire de la griffe la plus intelligente du XXème siècle. Cette collection est historique car elle associe la marque qui symbolise la démocratie absolue de la mode et celle qui incarne au mieux l’exception. Après avoir inventé, lors de sa collaboration avec Karl Lagerfeld, le « Mass tige » (Prestige +Masse), H&M vient de donner naissance à la mode « populétiste » (Elitisme + Populaire).

 

 

Pascal Monfort

Publié par Pascal Monfort
Le 9th février 2009
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