Apres avoir mis les pilotes de l’Oncle Sam à genoux pendant 4 saisons consécutives en Champ Car, Sébastien Bourdais s’attaque depuis 2008 à la Formule 1. Le plus helvète de nos collaborateurs habite à quelques pas du jeune prodige et l’a donc gentiment convié à nous conter ses exploits…
Ta discipline ?
Je pilote à vitesse très élevée une monoplace qui pèse 600 kilos pour 800 chevaux sur des circuits de Formule 1.
D’autres stars du pilotage dans ton voisinage suisse ?
Je suis arrivé à la bourre début 2008 et la saison a démarré sur les chapeaux de roues mais je sais que Sébastien Loeb et Michael Schumacher habitent dans le secteur.
Il est comment Sébastien Loeb ?
Seb, c’est un mec un peu bourru et nature, super doué en Rallye, qui ne se prend pas la tête. Il ne supporte pas de ne rien faire et enchaine toujours sur un bon délire mécanique pour que ça bouge.
Les suisses roulent bien ?
Les gens conduisent mal en général partout dans le monde. Alors roulez doucement, arrêtez de téléphoner au volant ou de faire autre chose et concentrez-vous sur la route.
Le quotidien d’un pilote ?
Pendant la off season je gère mon entrainement quotidiennement pour garder la forme : musculation, VTT, course à pied, kayak, bref je fonctionne au feeling pour prendre du plaisir et éviter que ça me gave.
Et pendant la saison ?
Quand la saison démarre, je suis toujours parti et je ne fais que rouler.
C’est physique ?
Enormément, je me prends des G dans la gueule en accélération et décélération, là-dessus tu ajoutes la chaleur et la concentration. A la fin des deux heures de course, j’ai bien gagné mon sandwich : je suis déshydraté, en hyperthermie et j’ai les bouts des doigts qui picotent.
La bande son idéale pour illustrer ta façon de piloter ?
Muse ou Starlight : des changements de rythme et des accélérations.
Un autre hobby pour te faire monter l’adrénaline ?
J’adore le ski, mais je ne prends plus autant de risques, pour éviter les accidents qui m’empêcheraient de rouler et de gagner ma croûte. Car piloter, c’est quand même un des seuls trucs que je sais faire.
Tu nous racontes une bonne grosse frayeur sur le bitume ?
L’année dernière, j’ai eu le plus gros stress de ma carrière lors d’essais privés à Barcelone : un coup de raquette et je me suis crashé à plus de 200 km/h en latéral dans les pneus.
Sur l’autoroute, tu t’autorises quelques taquineries ?
Les imbéciles qui m’énervent sur la route, c’est-à-dire ceux qui te braquent dessus me rendent fou. J’avoue ne pas rester toujours très calme. Pendant mes premières années de permis, j’ai parfois roulé comme un ahuri. Mais la répression routière était plus souple, c’était une autre époque. Et aujourd’hui, je suis père de famille, c’est autre chose…
Au fait, boire ou conduire, tu as choisi ?
Ils vont trop loin dans les limites, on peut quand même boire un verre ou deux et rouler prudemment, mais il faut vraiment stopper après.
Tu fais parti des assoiffés en soirée ?
Je n’en ai pas eu tant de fêtes arrosées que ça, car j’ai dû devenir sérieux hyper tôt. A la maison, mes parents étaient très clairs : pas de bonnes notes, plus de sport auto.
Il te reste combien de points sur ton permis ?
Tous.
Tu as eu le permis du premier coup ? Le Code ? Le BAC ?
Le code du deuxième coup, le permis du premier et le bac S au rattrapage, mais j’étais déjà en formule Renault alors j’ai vécu mes études plutôt comme un intérimaire.
As-tu déjà, dans un état d’énervement intense, balancé un gros coup de savate dans ta caisse ?
Jamais ! J’ai des valeurs, que mon père m’a inculquées, comme le respect.
En ville dans ta voiture, tu adoptes quel genre de profil ?
Tranquille : un gamin peut débouler à tout moment devant toi et c’est le truc qui me fait le plus flipper.
Femme au volant, mort au tournant ?
C’est macho le sport auto, mais moi ça ne m’a jamais posé de problème. La monoplace plait énormément aux femmes, surtout au Japon et en Chine.
Sur console, quel jeu de course t’éclate le plus ?
Forza 2 sur X box.
La plus grosse fiesta après une course ?
A Mexico City en 2004, la pire, et la seule vraie de vraie, l’année où j’ai gagné mon premier titre. Le stress, l’altitude, la victoire, la fatigue, la déshydratation, le vin, la bière… A un moment, j’ai dû rentrer d’urgence à l’hôtel, je devais prendre l’avion 3 heures plus tard pour participer au Late Show de David Letterman.
Paul Newman, qui était le patron de ton ancienne équipe de Champ Car “Newman Haas”, t’avais offert quoi pour ton mariage ?
Un petit vase miniature avec deux anses en argent, un symbole assez fort dans sa famille, avec le C de Claire ma femme et le S de Sébastien gravés dessus. Mais le plus beau cadeau, c’est qu’il était présent ce jour-là au Mans.
Qui nettoie ton étagère de trophées ?
Tous mes trophées sont encore dans des cartons chez mon père, il y en a environ 70, avec des grandes coupes d’un mètre de haut.
Un contrôle de police un peu houleux ?
Aux States en 2003 à une heure du mat’ sur une route déserte je roulais à 10 km/h au-dessus de la limite car j’étais en retard pour rejoindre une course. Je me suis fait arrêter par un flic du genre beauf et bouseux, en plein contexte de guerre en Irak, qui m’a vraiment pris la tête… Ca a failli mal se terminer… Mais, comme j’avais le visa et le permis américain, il m’a laissé partir à contrecœur.