Kevin Métallier

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Luxuriant et le skateboard, c’est une grande histoire d’amour… qui a mal fini au coin d’un zinc. Alors, pour que la magie continue d’opérer, nous avons taillé le bout de gras, autour d’une énième tournée, avec Kevin Métallier. Ce talentueux photographe professionnel s’acoquine avec les grands magazines spécialisés du globe, pour figer les plus beaux instants de l’histoire de la planche à roulettes. Focus sur un prestidigitateur de l’instant !

Tu bosses pour qui ?

Je suis photographe freelance pour la presse spécialisée dans l’univers de la glisse, principalement dans le skateboard, et je travaille pour plein de magazines et de marques aux quatre coins du globe. Parallèlement, j’ai récemment réalisé une série de t-shirts pour la marque californienne de vêtements Ambiguous.

Aujourd’hui, la vie de Kévin Métallier ?

Un truc du type full speed, à 200 à l’heure, façon lance-pierres qui ne me laisse pas beaucoup de temps pour chiller tranquillement chez moi…

Dans 10 piges ça sera pareil ?

Je ferai toujours des images, mais probablement dans des domaines plus variés…

Pourquoi shooter des skateurs ?

L’amour de la discipline et les multiples possibilités qu’offre l’environnement urbain en termes de créativité d’images. La rue est notre terrain de jeu, et c’est un endroit parfait pour faire des photographies.

Une belle photo c’est quoi ?

Beaucoup d’aspects peuvent qualifier une bonne photo. Je dirais, qu’un bon cliché te montre quelque chose que tu as l’habitude de regarder sans réellement le voir. Il apporte un éclairage singulier sur de choses quotidiennes, et met ainsi en relief ce que justement tu n’aurais pas spécialement regardé. J’adore les photos qui développent une sorte d’intrigue. Il s’agit à la fois d’amener des réponses, et de poser des questions.

Pourquoi le skate séduit autant les kids ?

C’est toujours fascinant pour un kid de voir un ollie ou un flip pour la première fois, ou de réussir à faire tourner sa planche… Mais c’est un sport que tu pratiques quand tu es relativement jeune, car niveau fractures et blessures en tous genres, ça devient vite ingrat avec l’âge. Ton physique te rappelle instantanément à l’ordre.

Un beau trick ou une belle photo ?

Pour moi, sans hésiter, c’est la belle photo qui prime, mais ça ne fait pas l’unanimité chez les riders, qui veulent faire la différence sur la performance technique, la taille du gap et la technicité de la figure. D’un point de vue photographique, c’est souvent plus intéressant de privilégier l’environnement spécifique dans lequel tu te trouves, l’architecture d’un spot que tu ne retrouveras pas ailleurs…

Un pro-rider médiatique en ollie sur un petit trottoir ou un inconnu en 3-6 flip sur 15 marches?

C’est mon travail de journaliste de mettre en avant le talent, plutôt que de mettre l’accent sur une notoriété déjà acquise. Alors, j’aurais plutôt tendance à dire que je privilégierais davantage un inconnu qui mérite vraiment de sortir du lot…

Post-traitement ou magie de l’instant?

A l’heure actuelle, il est difficile de faire abstraction des logiciels de traitement d’images. Je pense qu’il faut vivre avec son temps et que ça serait dommage de ne pas se servir de ces évolutions technologiques. Pour autant, je ne pense pas que ce soit une fin en soi : ces nouvelles techniques restent des outils, dont il ne faut pas en abuser. Si je travaille désormais beaucoup en numérique, je continue à faire énormément de photos argentique, notamment au moyen format. Je considère avant tout la photographie comme un art plastique, et continue à apprécier le travail de laboratoire, l’archivage des films…

Le plus beau cliché de ta vie mais le trick n’est pas rentré, tu le publies?

J’essaie de ne pas le faire, car effectivement, s’il y a une dimension visuelle et esthétique dans le cliché, il y a aussi une dimension éthique par rapport à une performance technique validée ou pas. C’est une question de déontologie. Maintenant, si j’ai une superbe photo dont la figure n’est pas rentrée, je pourrais éventuellement l’utiliser dans le cadre d’une expo, mais pas pour une revue.

Un plan photo à contrecœur pour bouffer ?

Oui, ça arrive, même dernièrement et ça ne m’excite pas vraiment d’ailleurs. C’est compliqué de vivre de la photographie en général, et surtout dans le monde du skate, car les budgets sont moins élevés que dans d’autres domaines. Moi, j’ai la chance de pouvoir en vivre correctement mais ça implique certains sacrifices et de parfois devoir bosser pour des trucs pas très fun, comme passer sa journée à shooter des catalogues de maillots de bains…

T’as quand même des jolies filles dans les maillots ?

Ah oui, vu sous cet angle ça peut être excitant, mais le problème, c’est qu’il s’agit souvent de bikinis sur une table…

Aïe, tout de suite moins glam, c’est quoi alors les bons plans de ton métier ?

Rester 6 heures, le nez dans l’urine, avec un torticolis en prime, pour obtenir une image, c’est pas mal. Négocier sans arrêt avec les riverains, les commerçants, la police, les vigiles pour qu’ils me laissent prendre la dernière photo, c’est pas mal non plus.

Sérieusement ?

Je voyage à gogo grâce à la photo de skate, ensuite je fais souvent de superbes rencontres, ce qui est très enrichissant humainement, et je n’achète jamais de fringues, vu que les marques te lâchent des dotations relativement souvent.

Les road trip c’est toujours folklorique ?

Tu grattes des budgets à droite à gauche avec 4 ou 5 riders dans le but de ramener des belles images et de chouettes articles. J’écris toutes les anecdotes croustillantes dans mes road books, ce qui me permet d’avoir quelques bons dossiers pour écrire mes articles par la suite… Là, je pars à Hong-Kong et effectivement je pense qu’une fois de plus, vu le casting de bras cassés faisant partie du voyage, ça risque d’être assez folklorique…

Parle-moi d’un truc bien trash pendant un voyage ?

Y’en a tout un stock… Par exemple, je me suis retrouvé en garde à vue à Rio, parce que suite à une tentative de photo sur la sculpture d’un musée d’Art Contemporain, le skater à malencontreusement cassé une des dalles en marbre de la dite œuvre d’art. En voyant ça, la directrice a failli faire un infarctus direct mais a eu assez d’énergie pour appeler la police. Du coup, je me suis offert une petite journée au poste, sans boire ni manger, dans un contexte pas vraiment rassurant ni détendu, mais au final je m’en suis très bien sorti…

T’as rien de plus hardcore ?

Si, j’en ai une de type violente. Un pote, à Aix en Provence, qui au cours d’une session photo sur un gros ledge (celui de Besson) percute, en replaquant son trick, une voiture qui déboule à fond de nulle part ! Le pauvre s’est tapé un vol plané de 5 mètres mais s’est relevé instantanément sans aucune blessure, sans avoir vraiment compris ce qu’il lui était arrivé. En fait, la bagnole était un véhicule banalisé de flics en civil, qui pourchassaient un lascar qui venait de voler un scooter. Ca ne l’a pas empêché de remonter sur sa board et de se jeter à nouveau pour faire la photo. Je me souviens, on avait fait un poster avec l’image à l’époque…

La police était sympa ?

Les flics étaient hyper tendus et nous ont dit de ne pas bouger. Mon pote a quand même refait le trick, qu’il a rentré comme si de rien n’était. J’avais ma photo. Les flics sont revenus un peu plus zens car ils venaient d’arrêter le voleur, mais nous ont quand même mis en garde…

Dormir par terre dans un squat pourri au Kazakhstan ou au Hilton à Maubeuge pour un shooting ?

La question ne se pose même pas, c’est direct au Kazakhstan dans un hamac pourri entre deux arbres. Les budgets ne sont jamais monstrueux dans le skateboard, mais ça fait partie du charme et c’est souvent là que tu fais les meilleures rencontres, et qu’il se passe le plus de trucs mémorables… D’ailleurs, avec le temps, je pense que je pourrais écrire un bouquin avec toutes les aventures de fous qui nous sont arrivées…

T’es venu shooter le Luxembourg, ils roulent bien nos skaters ?

J’ai rencontré des types talentueux sur le Boulevard Royal, au Kirchberg, ou à l’école européenne. Le Luxembourg, c’est un streetpark géant !

Une beuverie ou une belle session ?

Les deux ne sont pas forcément incompatibles, surtout lorsque tu te planques derrière l’appareil…

Les filles couchent avec le skateur ou le photographe ?

Ça dépend des filles…

Ça ne dépend pas du photographe ?

Je suis super tricard dans ce domaine, alors tu comprendras que je ne préfère pas m’étendre sur le sujet (sourire).

Légende urbaine comme quoi on choisit d’être photographe parce qu’on est trop mauvais rider ?

En tous cas, ce n’est pas parce que tu es un mauvais skater que tu vas devenir un bon photographe.

Pour le business de la photo : States ou Europe ?

En ce qui me concerne, aller vivre aux Etats-Unis, non merci ! Même si j’adore y aller de temps en temps, je préfère ma vie ici, en Europe. J’habite à Biarritz et j’ai une qualité de vie qui me satisfait parfaitement. En plus, je suis à bloc de surf, alors avec l’océan en bas de chez moi, c’est le paradis !

Le cauchemar du photographe ?

Quand tu fais une photo importante pour toi, que tu sais que le gars va réussir son trick et que tu te fais virer sans pouvoir négocier. Et quand, en plus, c’est loin et que tu ne reviendras probablement jamais…

T’as déjà négocié ?

Je négocie tout le temps et je suis même assez doué à ce jeu là. Deux choses fonctionnent bien en cas d’embrouilles avec le voisinage : expliquer au skater surexcité de juste ne rien dire et pactiser courtoisement avec le monsieur, en commençant par un « vous avez raison », est toujours très bien vu.

Publié par Sébastien
Le 1st mai 2009
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