Après une première tentative échouée car vraisemblablement, le plafond était trop épais, me voilà à nouveau en route pour le club de Wiltz-Noertrange. Aujourd’hui, c’est le jour J, il fait super beau, les conditions sont réunies pour mon grand saut en parachute.
A notre arrivée, Tom, le président du club, Dirk le beau moniteur, René un instructeur et Marc, le vice-président, viennent nous accueillir avec le sourire. J’observe du coin de l’œil le petit avion sur la gauche customisé avec de chouettes flammes noires façon chopper de Daytona. J’éprouve une sensation d’étourdissement, en me disant : « non, ce n’est pas possible, je ne vais pas faire cela ? ». Mais si ! De toute façon, c’est mon rêve depuis que j’ai vu Point Break au ciné et puis, comme en plus je suis venue accompagnée, je ne dois pas me dégonfler.
C’est Tom qui vient tout m’expliquer. Le petit cours qui explique quelle position adopter en l’air et comment on se jette de l’avion, dure un quart d’heure : tous les gestes sont millimétrés, je sens une petite boule dans le ventre qui fait son apparition… J’apprends que je vais être accrochée à Dirk, le beau gosse, et je lui demande en douce combien de sauts il a à son actif, histoire de me rassurer : 3000 et il pratique depuis 15 ans. Un vrai pro, il faudrait que je sois frappée par la foudre, qu’un réacteur explose, que je me fasse percuter par un oiseau ou que le para- chute de secours ne s’ouvre pas pour que ça se passe mal. Mon beau mono m’aide à enfiler ma super combinaison, il règle mes sangles et tout se passe super vite, pas le temps de cogiter, nous grimpons tous dans l’avion, dirigé par un vrai pilote de ligne, certes très jeune mais Tom m’assure qu’il a même son permis voiture. Ouf ! Il vient les jours fériés et les week- ends avec 5 autres pilotes bénévoles simplement pour l’amour de voler. L’engin de 5 places est boosté spécialement pour ce sport : le moteur a été gonflé afin de grimper plus vite et un marchepied a été installé près de la porte latérale pour prendre appui lors du saut…
Avec nous, René et Tom montent à bord pour nous filmer en l’air : la classe ! Le vol se passe très bien et j’apprends plein de petites anecdotes. Par exemple, pendant la période creuse en hiver, les plus passionnés partent sauter dans les pays « chauds », les plus fortunés vont s’entraîner à la soufflerie (les 2 spots les plus proches se situent en France et en Allemagne dans une circonférence de 400 km, le tarif est de 900 € l’heure) et les plus pantouflards s’occupent… en agrandissant leurs familles ! On m’informe aussi qu’à chaque nouvelle figure réussie ou quand on s’achète un nouveau parachute, il est de bon ton pour marquer le coup, d’offrir son casier de bières pour le club et de la Simon s’il vous plaît, nous sommes quand même à Wiltz… Je provoque l’hilarité en posant la question fatidique : « combien de personnes ont voulu tout arrêter une fois en haut ? », ce qui détend l’atmosphère : raison de plus de ne pas faire exception à la règle.
Retour à la réalité. Nous allons sauter de 3500 m : 50 secondes de chute libre avant que mon garde du corps ne déclenche le parachute. L’équipe me donne les dernières explications nécessaires avant d’aller côtoyer les nuages. Nous arrivons enfin à l’altitude attendue : tout le monde me tape dans la main pour me souhaiter un bon trip (la tradition), Dirk m’attache à lui (petit moment langoureux que j’attendais depuis le décollage), Tom et René ouvrent la porte latérale de l’avion. Le froid s’engouffre tout à coup dans la cabine et heureusement, je ne suis pas aspirée vers l’extérieur comme dans les grands films catastrophe. Mes cameramen se positionnent dehors et ça y est ! Je m’approche du bord, assise sur les genoux de mon moniteur, je souris, pour leur faire plaisir, je lève le menton pour coller ma tête contre lui, j’ai les jambes dans le vide et c’est parti !
Un double saut périlleux avant et un triple cri de surprise plus tard, ça y est je plane. J’entrevois mes acolytes, caméra au casque, Tom qui me filme de face, super à l’aise, qui vient toucher les mains de Dirk et s’amuse en vol relatif, René, la tête et le corps à l’envers, s’éclate en freefly. Les 2 principales disciplines du club sont réunies en un jump (le skysurf, le wingflight et le voile contact se pratiquent aussi à Noertrange). C’est l’extase ! Une sensation de pure liberté et d’évasion.
Lorsque Dirk déclenche le parachute, tout s’arrête. Planer sous la toile ne procure pas les mêmes sensations que la chute libre. C’est limite frustrant et à la fois reposant, j’ai vraiment le temps d’observer le paysage. Je prends les rênes du parachute et nous fais faire 2-3 virages. Finalement : « I’m the queen of the world ! »
L’atterrissage se passe en douceur et là, impossible de parler normalement sans le regard qui brille et le sourire béat tellement je suis encore saisie par l’intensité du moment. Tout le monde est heureux. Mes accompagnateurs, après des années d’expérience, sont toujours autant passionnés et émus par leur sport. C’est beau à voir.
Après toutes ces émotions et pour fêter cela, nous allons boire un verre au club house où Tom me remet mon diplôme de « super championne ». Le club existe depuis 1967, on peut sauter en tandem ou commencer l’apprentissage pour passer la licence, ce qui permet de sauter directement tout seul, en commençant par des sauts en parachute, à partir de 1000 m, avec ouverture automatique au bout de 3 secondes, jusqu’à sauter de 3500 m tout seul et sans triche. Combien ça coûte de s’envoyer en l’air ? Un certain budget certes, mais une broutille
pour le plaisir que cela procure : 205 € pour le tandem. Pour obtenir directement la licence, c’est 350 € ou 450 € avec 6 sauts inclus. Une fois le diplôme en main, le prix du jump oscille entre 24 et 33 €. Alors envie de sensations fortes, d’en savoir plus sur le freefly, le vol relatif, la wingsuit et de vous éclater ? Venez vite rejoindre l’équipe de Tom au club de parachutisme de Wiltz, pour un baptême en tandem avec Dirk. Pourquoi ne pas essayer de rejoindre les 60 licenciés du club, tous aussi dingues les uns que les autres de se jeter dans le vide, en passant votre brevet ? Chez eux, pas de barrière d’âge, les adhérents ont entre 18 et 55 ans, tout le monde est bienvenu et le slogan du club « Be freak, go skydiving ! » résume bien l’état d’esprit de la communauté. †
Stéphanie L