J’ai écrit cet édito le 3 juillet 2009, en regardant sur Facebook les photos de la soirée du premier anniversaire de Luxuriant. Je me suis fait la savante réflexion que je ne serai jamais plus aussi jeune que sur ces clichés… ni sûrement aussi éméché… quoique. Après nous être bien arrachés la tête, nous nous sommes arrachés les cheveux à la rédaction, pour que ce numéro spécial photo soit simplement magnifique. C’était sans compter le dépôt de bilan de notre chère imprimerie Qatena. Cette cinglante nouvelle est tombée en plein bouclage, période déjà riche en stress et en imprévus, pile au moment où nous nous extasions devant les belles images et les beaux mots de ces messieurs David LaChapelle, Peter Boesch, David Laurent, Philippe Xavier et Sébastien Cuvelier.
Aujourd’hui, c’est le premier jour du reste de ma vie… sans mon imprimerie. C’est l’un des premiers stigmates de la crise qui m’explose en pleine tronche, ex-aequo avec le fait que dans ma bande de potes, je commence à être le seul à avoir encore un emploi. Nos fêtes en deviennent moins tumultueuses et moins nombreuses depuis que mon unique et maigre salaire doit remplir une demi-douzaine de pintes asséchées lors de chaque tournée.
Je l’aimais bien mon imprimeur, il ne manquait pas de caractère et réussissait toujours à me faire bonne impression. Il ne nous a jamais envoyé de sordides menaces de mort quand nous tardions à payer et il s’est toujours attelé à corriger les « si j’aurais » dans ma prose. Tel épris qui croyait éprendre…
Quand je suis triste, je ne pleure pas mais j’écoute de la musique en buvant, un peu comme nos amis gens du voyage. Alors ce soir, je m’en mettrai une, pour les 90 employés de Qatena qui vont devoir surfer tragiquement sur monster. lu, en écoutant quelques bonnes galettes des Dandy Robots, des Convertibles, de CHI et de Tum Sally. N’oubliez pas, surtout en cette période néfaste de récession, qu’acheter un disque aujourd’hui, ce n’est pas seulement écouter un artiste, c’est également un acte de soutien envers lui et son groupe. Et si vous êtes fauchés, comme nous tous, allez le voler dans un magasin ; c’est quand même bien plus excitant et punk, au niveau de l’adrénaline, que de le télécharger sur internet.
La crise est chienne et elle commence seulement à montrer ses crocs enragés. Si le problème devient mondial, il va falloir envisager un déménagement sur une autre planète.