Un animement proclamé meilleur graffeur du pays par ses pairs, Sumo s’est enfin décidé à accrocher ses plus belles pièces sur les murs de sa propre galerie, Extrabold. En exposant chez lui, le lutteur étale ses trophées victorieux tout en attendant qu’un jeune sumotori ose le défier dans son dojo dédié au street art. Conversation avec o-sumō-san.
La pièce maîtresse du Sumo ?
Mon fils et mon expo Crazy Baldheads, chez Extrabold jusqu’au 10 octobre.
Quel héritage retrouve-t’on dans ton expo ?
Plus de 20 ans de recherches typographiques, 15 ans d’expérimentations de lettrages et personnages sur mur et 2 ans de petits dessins sympathiques pour amuser mon petit.
Comment définis-tu ton univers ?
Mon univers tourne autour de mon personnage « Doubledevil », que j’ai crée en 1999. D’abord, il gardait mes pièces sur les murs et les surveillait jour et nuit, puis il se faufilait dans la rue sur des affiches ou du papier autocollant, pour finalement se faire adopter par beaucoup de gens, qui lui offrent une place au chaud dans leur salon.
Actuellement, il se sent très a l’aise sur la toile. Parfois, il faut quand même le garder en captivité sous verre… quand je lui gueule dessus, il a tendance à tout répéter!
D’où vient ce personnage ?
Il est né dans « la flemme » comme diraient les belges. J’essayais sans cesse de créer un nouveau personnage qui serait 100% le mien, mais en vain. J’étais prêt à jeter l’éponge quand j’ai dessiné une patate, à qui j’ai donné un visage, des petites jambes, des longs bras… et voilà!
Les frères d’armes du Sumo ?
Spike, aka le colonel John « Hannibal» Smith.
Stick, aka H.M. « Looping » Murdock
Epos, aka lieutenant Templeton « Futé » Peck.
Ceux qui connaissent, sauront que c’est une équipe soudée (clin d’œil).
Le rituel du Sumo avant de créer ?
Mettre mon petit bonhomme au lit, donner un bisou à ma femme et commencer à dessiner dans mon salon la nuit.
Le début d’un jeune Sumo ?
Il fallait bien commencer à peindre quelque part alors j’ai suivi l’exemple de mes précurseurs au delà de nos frontières. Plus tard, on nous a plus ou moins permis de nous exprimer sur le skatepark de Hollerich, mais petit-à-petit, nous avons débordé sur la totalité des murs des anciens abattoirs, lors de grosses partouzes de peinture.
Le graffiti aujourd’hui ?
Tous les styles se mélangent : internet, de nombreuses publications et magazines spécialisés, rendent le graffiti beaucoup plus accessible qu’auparavant. Aujourd’hui, il existe toute une nouvelle génération qui ne se casse plus la tête et fait du graffiti pour les mauvaises raisons.
Alors quelles sont tes bonnes raisons ?
Je veux dire que faire du graffiti, pour se la jouer « mec branché » auprès des gonzesses, n’est pas une bonne raison. Bien sûr, il existe beaucoup de raisons, mais dans le graffiti, ce qui compte c’est ton nom, ton message, ton style et l’image que tu te donnes. La personne en soi n’est pas mise en avant, seul le noyau dur connaît les identités des différents acteurs. C’est un mode de vie.
Ce n’est pas pour rien qu’il y avait des personnes qui m’imaginaient comme un grand B-Boy afro-américain du ghetto qui se balade avec un fusil à pompe.
Aujourd’hui, je suis un graffeur retraité, je ne cache plus mon identité.
C’est papa Sumo qui finançait tes bombes de peinture ?
Non, les gens qui voulaient du graff’ chez eux, à la maison, dans leur shop, dans les locaux de la Luxexpo, sur les boîtiers électriques de la Cegedel, me fournissaient des bombes pour mon boulot. Avec le surplus, j’allais peindre.
Un graffeur comme toi gagne sa vie comment ?
Aujourd’hui, je suis commerçant et avant, j’étais dans la pub en tant que directeur artistique avec le grand Will Kreutz. Je vends aussi un peu de toiles et je fais toujours des commandes.
Qui achète du Sumo pour chez lui ?
Des gens surtout de ma génération, qui ont grandi avec les mêmes délires que moi, qui skataient, qui lisaient les mêmes BD, qui ont écouté la même musique et qui commencent aussi, tout doucement, à gagner un peu d’argent. Le prix des mes toiles oscille entre 100 et 3000 €.
Le Sumo dans une décennie ?
Les cheveux gris en train de peindre avec mon fils (sourire).
Au Japon, le sumo est un Dieu, en est-il de même au Luxembourg ?
Malheureusement, les luxembourgeois sont athées.