« Faire un film pour des rappeurs, c’était se tirer une balle dans le pied. »
Extérieur nuit. Pas de musique, uniquement le crissement des semelles sur le béton. Un breakdancer enchaîne les vrilles dans le souterrain du centre Aldringen. Le décor du film est posé. Le film, c’est Hamilius, première réalisation du Luxembourgeois Alain Tshinza, plus connu sous le nom de Gospel Emcee. Ambitieux, Alain a décidé de raconter le mouvement hip-hop grand-ducal. Non, ce n’est pas une plaisanterie, et que ceux qui doutent de la faisabilité d’un tel projet se ravisent et aillent au cinéma voir Hamilius. Ils risquent d’être surpris.
Pourquoi as-tu voulu faire ce film ?
J’ai commencé à rapper dans les années 90 et j’ai bien connu le centre Hamilius, un lieu ou j’ai rencontré bon nombre de personnages du film. Dix ans après, je voyais beaucoup de jeunes débarquer en se prenant pour les premiers activistes du pays. Trop de lacunes musicales mais aussi culturelles, je ne pouvais pas laisser passer cela.
Le centre Hamilius, une étape obligatoire ?
Oui, car il symbolise la synthèse de deux mondes : le Grand-Duché et son gouvernement qui fonctionne, qui s’occupe bien de vous, et de l’autre côté le spot des méchants rappeurs. Hamilius, en plein centre-ville, c’est le lieu idéal, le symbole du hip-hop made in Lux(e).
Projet pédagogique ou exercice de style ?
Faire un film pour des rappeurs, c’était se tirer une balle dans le pied. Je voulais être ouvert au grand public, essayer d’être pé- dagogique, historique et parler de tous les différents flows issus du nord, du sud ou de la capitale, ce qui ferait sans doute rire un Américain !
La particularité du hip-hop made in Lux ?
Aucune structure pro, tous les groupes que nous montrons évoluent au niveau amateur. Je trouve cela plus riche de s’intéresser à ces personnes, à leur vie, à leur environnement social. Ici, pas de décalage entre artiste et personne, pas de banlieues ou de guns, mais des gens et leur vie au quotidien, à travers le hip- hop.
Faire partie du milieu hip-hop, avantage ou handicap ?
L’avantage que j’ai eu, c’est de bosser avec une équipe extérieure au mouvement, donc le recul nécessaire venait d’eux. Sinon être MC et black c’est plus facile dans la relation. Beaucoup m’ont dit « nous nous laissons filmer parce que c’est toi, nous te connaissons, nous avons traîné avec toi ».
Ton rêve pour ce film ?
Qu’il soit vu, et pas seulement au Luxembourg. Je pense qu’il peut intéresser d’autres pays, il y a un côté exotique, un peu comme si on parlait de tango japonais. † www.hamilius.net
Christophe Hanesse