Le Styliste fantaisiste et foutraque Jean-Paul Lespagnard étale avec bonhommie sa belgitude empreinte de kitsh dans cette interview. Luxuriant love JPL.
La dernière fois que nous nous sommes vus tu me parlais de mille projets, où en es-tu ?
Cela n’a pas changé, je suis sur plein de choses à la fois. Je prépare une collection arty, artisanale et haut de gamme pour un producteur italien. Je travaille sur un projet sportswear encore un peu confidentiel.
Un petit effort, on ne dira rien.
Un mec de Paris a racheté Trévois. Ensemble, nous faisons renaître la marque. C’est super chouette. Cela me plairait vraiment de réaliser des baskets. J’adore les sneakers. Je ne porte que cela … Ceci dit, ce n’est qu’un projet parmi tant d’autres. Je prépare une exposition pour le festival de Hyères qui se tiendra en avril. J’enseigne aussi à l’IFM (Institut Français de la Mode). J’organise des workshops avec des enfants et aussi des ateliers pour le CREAHM (CREAtivité et Handicap Mental).
Le CREAHM ? Tu peux m’en dire plus ?
C’est un centre d’art pour handicapés mentaux à Lièges. Je l’ai connu quand j’étais étudiant en arts plastiques. C’est un endroit fascinant où l’on rencontre des gens qui produisent des œuvres incroyables. J’ai croisé un gars qui ne dessine que des Michael Jackson, c’est d’une force sans nom. Les obsessions m’ont toujours fasciné, et au CREAHM je rencontre des gens capables d’en changer du jour au lendemain. Au fond, c’est le propre de la mode, n’est-ce pas ? J’aime profondément ce lieu car il met en exergue l’idée de réunion plus que l’idée de différence.
Tu sembles, de façon générale, très attaché à la Belgique et à ce qui s’y passe, je me trompe ?
Disons que je suis un vrai Belge, mais pas seulement. Naturellement la Belgique m’inspire et m’influence mais je ne veux pas me focaliser uniquement là-dessus. Mes inspirations arrivent de façon assez spontanée et instinctive. Je trouve une idée en une fraction de seconde et je me lance ensuite dans une interminable recherche autour de cette idée. Je peux m’y accrocher pendant six mois, sans jamais dévier.
Ton travail me semble contenir un peu d’humour belge. L’humour belge existe-t-il ?
Il y a un humour belge. C’est incontestable. De toute évidence, notre côté fantasque nous définit, et j’en suis fier. L’un des meilleurs exemples est le symbole de Bruxelles : un petit garçon qui fait pipi. Malgré l’irrévérence de son attitude, il arrive à rester mignon. C’est une image qui me plait. J’ai un vrai rapport avec cette statue. Je pense que l’on retrouve un peu l’humour belge des BD dans mes collections. Il fait partie de mon univers.
Comment définis-tu cet humour ?
C’est pouvoir se regarder dans un miroir et être capable de se moquer de soi. Ne pas avoir peur de se rendre ridicule est, à mes yeux, la plus grande forme de bravoure.
Lors de ton défilé en 2008 à Hyères, tu as fait un clin d’œil à François l’embrouille en utilisant la musique de ses caméras cachées ?
C’est le hasard. Je ne savais pas de quelle musique il s’agissait. Elle est arrivée par magie sur mon défilé.
Quel est selon toi le meilleur fritkot (ndlr cabane à frites) de Bruxelles ?
C’est un sujet très sérieux ! J’ai oublié son nom mais j’ai une photo dans mon iPhone si tu veux.
Parle nous de ton expérience au sein du Fashion Genius Institute du Grand-Duché de Luxembourg.
Je ne préfère pas en parler.
La robe Mudam que tu as désigné pour RRRIPP !! T’a-t-elle réconcilié avec le pays ?
Honnêtement, oui, vraiment. C’était une chouette expérience, une très belle collaboration. Le Mudam est un super musée.
Puisque nous parlons de collaboration. Ta collection pour 1, 2,3 s’est-elle bien vendue ?
Vraiment très bien. Le maillot de bain « marmotte » était épuisé dès le deuxième jour. La collection a eu des retombées incroyables dans la presse.
Aimerais-tu, à l’instar de ton compatriote Kris Van Assche, dessiner pour une grande Maison ?
Cela me plairait pour la liberté qui est offerte. J’aimerais avoir les moyens de faire des shows visuels et dessiner les collections de Lanvin ou de Margiela. Ce sont des univers créatifs qui me parlent. En fait, j’aimerais être le premier Belge à débarquer dans une maison au Etats-Unis comme Ralph Lauren. Ce serait drôle non ? A New York, le fashion district est extraordinaire. Quand je travaillais chez Anna Sui, j’étais fasciné par le fait que nous pouvions avoir une idée le matin et la voir réalisée quelques heures plus tard. Mais le manque d’argent m’empêche d’être libre, je ne peux pas aller au bout de mes idées, et m’offrir une vie « all inclusive ».
Dans dix ans, tu aimerais ?
Avoir une marque qui me permettra d’exprimer des choses plus artistiques. Depuis tout petit, je veux être créateur de mode, c’est une obsession. Mais, sur mon chemin, j’ai rencontré l’art. J’aimerais vraiment faire des collections qui expriment des sentiments. Il y a encore ce romantisme dans la mode et ceux qui réussissent leur carrière en montrant leurs trips m’impressionnent. L’artiste Paul McCarthy fait partie de ces gens. Son travail est une représentation de la société, je n’ai pas besoin de clé pour lire son boulot.
Tu penses à d’autres personnes que tu admires ?
J’aime les personnes bien dans leur peau. La chanteuse Yelle, que j’habille, est un modèle pour moi. Quand je l’ai suivie à Los Angeles, où elle jouait à guichet fermé, j’ai pu mesurer son courage et sa capacité de travail. C’est une vraie professionnelle. Les femmes qui m’inspirent possèdent et combinent l’intellect et l’attitude à l’instar de Grace Jones, Isabelle Hupert ou Rakel Zimmermann.