L’énigmatique Spike a parasité l’ancien aéroport du Findel à coup de bombes aérosols. L’artiste a insufflé à la vielle bâtisse fantôme un dernier souffle pictural, aujourd’hui disponible sous forme de splendides clichés à la gallérie Extrabold. Entretien avec un grand monsieur du graffiti grand-Ducal.
Ton blaze ?
Mon pseudo définit relativement bien mon style « pointu ». J’ai débuté le graffiti à l’aube des 90’s avec des lettrages basiques qui ont tout doucement évolué vers du « wildstyle ». Par la suite mes peintures sont devenues plus complexes avec plus d’éléments et des flèches. Aujourd’hui, en me dirigeant constamment vers un minimalisme toujours plus épuré, mon art devient, par la force des choses, plus pointu (sourire).
Le concept de ton expo Delayed ?
J’ai fait une demande pour intervenir une dernière fois dans l’ancien aéroport de Luxembourg qui sera démoli au printemps. J’ai attendu assez longtemps avant d’avoir l’autorisation. Parallèlement Sumo souhaitait que j’investisse sa galerie mais j’ai du repousser deux fois pour faute de timing. J’expose donc chez lui en retard. On peut aussi interpréter le fait que j’ai peint dans l’aéroport en retard, bien après sa fermeture, quand plus personne n’aura l’opportunité de voir mon job. Enfin, le terme « Delayed » est propre au langage « aéroport ».
Pas trop glauque de peindre seul dans ce spot ?
C’était assez bizarre. Je n’avais pas l’électricité partout dans cette vaste bâtisse. Je travaillais sans musique et seul car je n’ai pas eu le droit d’inviter des gens à peindre avec moi. J’avais une quinzaine de journées d’autorisation avec un planning stricte. Je commençais à 8h30 et terminais vers 20 h, c’était un full time job.
As-tu retrouvé des strings d’hôtesses de l’air ?
J’ai trouvé une seule photo de femme nue dans tout le bâtiment. Je l’ai d’ailleurs intégré dans une de mes fresques en peignant autour tel un parasite.
Ton œuvre est donc éphémère et il n’en restera que les clichés ?
Le graffiti en général ne vit souvent que par ses photos. Un grapheur pose sa pièce dans la rue, sur un train, sous un pont, lors d’un voyage ou sur un wall of fame, la prend en photo et repart. La plupart du temps il ne repassera plus devant son œuvre. J’aime bien cet état d’esprit.
Tu as pris les photos ?
J’ai demandé à mon ami David Laurent de photographier mes 38 fresques avant que l’aéroport ne soit rasé. David m’a donné son expertise et nous avons collaboré ensemble pour permettre au public de s’immiscer en image une dernière fois dans ce lieu.
Tu fais cette expo pour gagner de l’argent ?
Non même si je n’avais pas eu l’expo à la clef chez Extrabold, je l’aurais fait quand même pour mon plaisir personnel. J’aurais pris les photos avec mon vieux numérique. Au final si mon travail se vend bien, j’aimerai faire une mini publication de cette expérience.
Tu as payé cher pour faire la couverture du City Guide ?
Figures-toi que je l’avais initialement refusée mais Mike Koedinger a insisté. J’ai alors demandé à apparaitre caché comme dans Luxuriant (sourire). Je ne recherche en aucun cas un enjeu commercial et à me mettre en avant. Le graff reste mon hobbie et mes pièces parlent d’elle même.
Seras-tu toujours autant passionnée dans 5 ans ?
Je l’espère et même au delà mais je ne me forcerai pas.
Qu’est ce qui pourrait te motiver à retourner faire un graff dans la rue ?
L’envie du moment.
Tu peins différemment aujourd’hui qu’hier ?
Je manie la bombe de la même façon mais mon évolution artistique est différente.
Uniquement avec des bombes ?
Je me sens à l’aise avec une bombe, les pinceaux me saoulent…
Comment gèreras-tu la colère de ta femme si un kid vient poser un graff sur la belle façade de ta nouvelle maison ?
Aie, là dessus je n’ai pas de réponses toutes faites sur la délinquance juvénile.
Le graff c’est de la délinquance ?
Sur un lieu privé ça restera du vandalisme même si la frontière est assez floue. Quand tu peins sans autorisation c’est du vandalisme.
N’est ce pourtant pas là l’essence de la discipline ?
Si j’avais habité à Berlin ou à Paris, j’aurais certainement eu moins de scrupule à peindre sur un monument déjà taggué plusieurs fois. Je ne nie pas non plus l’aspect sale du graffiti mais moi je ne pourrais pas peindre sur un monument aux morts. Au Luxembourg c’est encore diffèrent car les villes et les trains sont régulièrement nettoyés.
Tu es donc un grapheur sage ?
Non un grapheur sage c’est un fils à papa.
Alors toi tu n’es pas un fils à papa ?
Non, mon papa ne m’a jamais acheté de bombes et déposé en voiture à l’abattoir de Hollerich pour que je m’amuse à peindre l’après-midi (rire). Chacun a commencé quelque part, il n’est pas imortznt de savoir où, comment et pourquoi.