Katsumi n’est plus. La grande dame du cinéma coquin a perdu un procès ridicule que lui avait intenté Mary Katsumi, une illustre inconnue, suite aux retombées négatives engendrées par leur homonymie. Qu’à cela ne tienne, la performeuse se dénomme désormais Katsuni et ni son jeu d’actrice, ni son jeu de jambes, ni son succès n’en ont souffert. Notre rédac’ chef mode, Pascal Monfort, et le styliste Thomas Giorgetti, l’habillent avec des pièces de leur propre vestiaire tandis que Grégoire Alexandre, prend un malin plaisir à la déshabiller devant son objectif. Amateurs de films amateurs, Luxuriant vous livre avec bonhommie les confidences exclusives de la star du X la plus récompensée des chaînes cryptées.
Qu’est-ce qu’on trouve dans le Ipod de Katsuni ?
J’écoute beaucoup de musique, cela dérange les sens. J’ai des goûts extrêmement divers qui répondent à des cycles. Du classique à la variété en passant par le hard rock.
Du hard rock ?
Les groupes de références : AC/DC, Metallica, Guns N’ Roses. Les grands noms, les bonnes vieilles valeurs sûres de mon adolescence auxquelles je reste très attachée. J’adore aussi Radiohead et je suis une très grande fan de Muse, qui selon moi est le meilleur groupe du monde. Ils savent associer la force du rock à la beauté de la musique classique, cela me correspond totalement. Je suis aussi allée voir Snoop Dogg en concert. J’écoute aussi beaucoup de chanson française lorsque je suis à l’étranger. Ecouter Brel ou Aznavour à Los Angeles c’est décalé, magique et cela me permet de me sentir chez moi. J’ai vu Justice en live à L.A… Je ne suis pas une grande spécialiste mais je pioche avec beaucoup de diversité. Ce que j’aime dans la musique comme dans ma sexualité, c’est la recherche de l’état de transe.
Cette transe, tu peux la retrouver ailleurs, en littérature par exemple ?
Bien sûr, mais lorsque j’ai débuté le X, j’ai ressenti le besoin de mettre de côté mes activités intellectuelles et artistiques car j’avais besoin de me plonger dans le superficiel et le matériel. Aujourd’hui, je peux retourner vers la lecture et l’écriture.
J’ai, à ce propos, appris que tu étais en plein exercice d’écriture d’un livre. Tu peux nous en dire plus ?
J’ai envie de raconter mon parcours à travers un journal et de toujours parler au présent pour que le lecteur m’accompagne dans mon évolution depuis mes douze ans de X. Encore une fois, ce qui m’intéresse, c’est l’émotion. Je tiens vraiment à écrire moi-même cette biographie et je suis enfin prête à le faire. Je voudrais qu’elle sorte l’année prochaine.
Des auteurs ou des livres que tu aimes ?
Je viens de finir le dernier Beigbeder, j’aime aussi Amélie Nothomb… et j’ai un faible pour Harry Potter. J’ai beaucoup lu des œuvres du XIXème siècle quand j’étais étudiante. Je raffolais de romantisme noir et de littérature décadente : Baudelaire, Hugo, Zola et je n’étais pas du tout branchée lettres contemporaines.
C’est très bien que tu me parles des tes goûts d’étudiante car je m’interroge sur ton parcours… On lit tellement de choses différentes, Hypocagne, Sciences Po ?
Hypocagne, c’est ce que je voulais faire, mais sur le conseil de mes parents, après le bac, j’ai intégré Sciences Po. Cependant, je n’étais pas suffisamment mûre pour me rendre compte de la chance que j’avais de suivre cet enseignement. Comme ce n’était pas mon choix, j’ai passé mon année à dessiner et à lire des poèmes. Je me suis ensuite redirigée vers les Lettres. J’ai étudié trois ans la littérature et j’ai finalement tout arrêté pour me consacrer au X, alors que j’envisageais de devenir enseignante.
Pas de regret ?
Non, pas du tout. Le métier d’enseignant est très beau mais il peut être très ingrat. Je ne m’imagine pas dans un système de routine et de rigueur. J’ai besoin d’aventure et de prises de risques.
La politique t’intéresse ?
Non, je suis depuis peu l’actualité mais, comme beaucoup de monde dans le porno, je me suis longtemps isolée de l’information. On a souvent besoin de se déconnecter de la réalité et de se marginaliser. Nombreux sont ceux, dans l’industrie du X, que ne votent pas et qui s’obligent à se détacher du monde « réel ».
Trouves-tu sexy un homme politique ?
Pas vraiment. Par contre, je considère qu’une femme politique est sexy, de par la notion de pouvoir qui constitue son aura. Bill Clinton m’a beaucoup fait rire mais je ne l’ai jamais trouvé sexy. Je ne fantasme pas sur les hommes politiques même si c’est un peu à la mode. Dans la fiction, c’est mieux. J’aime beaucoup Jack Palmer dans la série 24 Heures Chrono.
Tes goûts cinématographiques ?
Comme en musique, je suis très éclectique. Je suis attachée aux films cultes qui ont accompagné mon adolescence : Indiana Jones, Rocky et Star Wars. J’aime aussi beaucoup le travail de Tarantino, Kill Bill est un de mes longs-métrages fétiches. Depuis que je vis à L.A, j’ai appris à aller dans les salles obscures voir des œuvres cinématographiques qui ne sont pas forcément bonnes mais qui me font quand même passer un agréable moment. Je m’assoie tous les week-ends devant des gros navets dans lesquels les Etats-Unis sauvent le monde et qui sont perçus comme des chefs d’œuvres par mes voisins de fauteuil. C’est amusant de percevoir les différents degrés de lecture. Je suis devenue bon public même pour des longs métrages qui exploitent de gros clichés.
En parlant de clichés, y en a-t-il certains qui concernent le X que tu aimerais faire disparaître ?
Les gens font souvent la confusion entre l’image de femme soumise et sexuellement dévouée aux hommes, que l’on donne dans les films, et la réalité. Il faut arrêter de penser que nous sommes exploitées par la gente masculine et que nous sommes dévouées quand la caméra s’arrête de tourner. Il faut faire la part des choses et ne pas oublier que nous jouons sur les fantasmes. On peut, à l’écran, être un objet sexuel et se faire respecter dans la vie professionnelle. C’est valable aussi dans le cinéma que nous appelons, nous, le cinéma traditionnel.
D’autres stéréotypes sont néanmoins souvent justifiés. Le porno n’a pas une image très classe : ce n’est pas de l’art et on tombe souvent dans la caricature. Nous en sommes conscients et nous en jouons. Je ne suis pas forcément contre les clichés pensés du X.
Tu as des envies de cinéma « tradi » ?
J’ai des envies mais pas d’attentes car je suis réaliste. Je suis prête à relever le défi si on vient me trouver avec des propositions intéressantes mais elles n’arrivent pas. Généralement, même quand j’ai des sollicitations de la part de grands réalisateurs, c’est pour de la figuration nue.
Tu veux dire qu’on ne te propose que des rôles de pornstar ou de stripteaseuse ?
Ce n’est pas le rôle qui me dérange. Je suis prête à accepter le personnage de la prostituée dans Leaving Las Vegas ou dans Pretty Woman mais, en général, on ne me propose que de la figuration sans intérêt. J’aime bien les rôles torturés que joue Juliette Lewis.
Tes villes préférées ?
Aux Etats-Unis, San Francisco pour son mélange de cultures. Paris, que j’ai appris à adorer à force de partir à l’étranger. J’ai récemment été fascinée par Hong-Kong qui est un bon condensé de ce que propose l’Asie. Je rêve d’aller à Tokyo.
Tu exposes où tous tes trophées ?
Ils étaient stockés dans ma cave mais mon mec m’a dit que c’était dommage de ne pas les mettre en valeur. Nous les avons alors mis sur un grand meuble Ikea qui, je l’espère, sera assez solide : j’ai 31 awards qui commencent à être super lourds. Certaines statuettes sont balaises. Quand tu reçois un prix en Belgique, tu as toujours peur d’être surtaxé à l’aéroport parce que leurs récompenses pèsent 5 kilos.
Tu t’es déjà faite contrôler à l’Aéroport ?
Un jour, je me suis faite contrôler dans un aéroport en Espagne alors que je n’avais plus de place dans ma valise. J’avais pris mes statuettes en cabine et à l’arrivée, une dame vide mon sac et se met à commenter mes prix à haute voix : « Meilleure scène lesbienne ! », « Meilleure scène anale ! ». Je lui ai répondu : « Oui, ce sont quelques petits souvenirs ». C’était drôle. Il m’arrive plein de choses dingues lors de mes voyages. Une fois, mes vibromasseurs se sont mis en marche tous seuls dans mon sac. C’est ce que j’aime dans mon métier, rien n’est prévisible, c’est toujours plein de surprises.
Tu as d’autres projets ?
Je suis en train de coécrire le scénario d’une BD et je lance bientôt ma ligne de lingerie sexy destinée à celles qui n’ont pas envie d’aller faire leurs courses dans un sex shop. Elle va s’appeler Petits Cœurs.
Je m’en délecte d’avance. Merci encore.