Tough Guy

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Existe-t-il une raison objective pour un européen d’opter pour un pick-up « made in U.S. » de plus de 5 mètres de long et équipé d’un V8 soiffard, capable d’ingurgiter près de 17 litres de cette bonne vieille essence sans plomb 98 ? A priori non. Mais à y regarder de plus près, ces presque 3 tonnes de rêve américain pourraient bien réjouir certains d’entre nous, lassés de voir leur liberté automobile sacrifiée sur l’autel de l’écologisme forcé. Bien loin des vertes préoccupations actuelles, le Ford F150 Raptor semble tout droit sorti de la saga Jurassic Park. Petite escapade bucolique hors des sentiers battus avec ce monstre d’efficacité, mélange d’utilitaire et de char Patton.

F-série

Le premier pick-up de la série F du géant américain a vu le jour en 1948. Il s’agissait alors de lancer sur le marché un véhicule utilitaire aux capacités de chargement hors-norme capable de se sortir des pires situations. Au fil des années, de nombreuses évolutions sont apportées au pick-up, tant en matière de motorisation que de finition. Le lancement en 1975 du F150 sera une véritable success story puisqu’il placera l’engin en tête des ventes mondiales pour devenir LE véhicule le plus vendu à travers le monde… pendant 23 ans !

 

Fall Guy

 

Comme je l’avais évoqué dans un récent test de la Corvette C6, ma tendre enfance a été copieusement abreuvée de séries télés mécaniquement bien inspirées telles que Magnum, CHiPs, Starsky & Hutch mais surtout, surtout… l’Homme Qui Tombe À Pic. Autant dire qu’en fermant les yeux, mon BMX rouge ketchup se transformait en monstre d’acier surélevé. Je partais à la recherche de prisonniers en cavale, assisté de mon fidèle cousin Howard, rôle que mon propre cousin endossait un peu à contrecœur, pas réellement enchanté de devoir jouer le rôle du couillon de service durant nos longues vadrouilles estivales dans les chemins de campagne de notre village d’enfance. Ces trépidantes poursuites se terminaient généralement par un crissement de gomme devant la petite boulangerie que nous prenions d’assaut les poches remplies de pièces de 1 franc. Colt et Howard en imposaient pas mal dans leur pick-up imaginaire bardé d’un splendide aigle « plus patriote tu meurs ». Ce fut le début de ma longue histoire d’amour avec les engins à benne made in U.S.

 

 

 

 

 

Là-haut

 

Je débarque un vendredi après-midi à la concession Ford Wengler d’Ettelbruck afin de prendre possession de mon exemplaire en vue d’un test en bonne et due forme. Je gare fièrement ma japonaise flambant neuve devant le garage pour me rendre compte quelques secondes plus tard que le gigantesque bloc d’acier noir à ma droite n’est autre que la F150 Raptor. Je me sens minuscule et plutôt ridicule dans ma nippone allégée. Quelques minutes de bla-bla technique avec le passionné et convaincant Yves « drift man » Faber et me voilà aux commandes de mon Raptor aussi noir et massif que le mégalithe de 2001, Odyssée de l’espace.

Petite rotation de la clé de contact et le 5,4 litres V8 se met en branle. Il y a plutôt de quoi voir venir sous le capot.

Gros calibre

 

Pour avoir appris la conduite automobile au volant du long et pataud 4×4 familial, je reste habitué aux grands gabarits. Pour le coup, me voilà servi ! Le Raptor affiche des mensurations gargantuesques. Outre le lever de jambe nécessaire à l’embarquement à bord, le volume intérieur est tout simplement hallucinant. De la place, il y en a. Le rangement sous l’accoudoir permet à lui seul d’embarquer le contenu du coffre d’une Fiat 500 ! Si les sièges avant offrent une assise parfaite et un confort outrancier, les places arrière restent acceptables, tout en raideur avec pour vocation de ne servir que d’assise d’appoint. Mais un pick-up reste un pick-up, et c’est devant que ça se passe ! Ni- veau finition, le Raptor joue la carte de la fonctionnalité rustique tout en offrant une impression de luxe bien senti. En témoignent notamment le système audio Sony, la commande vocale des différentes fonctions du véhicule, la caméra de recul intégrée au rétroviseur, l’ajustement des pédales selon la taille du conducteur, etc. Bref, le F150 survitaminé est à la hauteur de la réputation des américaines en termes d’équipement. Côté prise en main, le Raptor se guide du bout des doigts, idéalement épaulé par une boîte automatique aussi fluide que bien étagée. La prise en main est « blond proof » et l’engin avale les kilomètres d’asphalte avec une agréable bonhomie, bercé par la sonorité envoûtante du V8. Mais si le Raptor offre un comportement sain sur l’asphalte, c’est hors-piste qu’il excelle. Initialement préparé pour en découdre sur les pistes poussiéreuses de la Baja mexicaine, c’est au niveau de la suspension spécifique à cette version SVT que tout se joue et en l’occurrence, le monstre est équipé d’amortisseurs Fox habituellement réservés au motocross extrême. Je vous pas- serai les détails relatifs à la gestion manuelle et/ou assistée de la suspension dépendant des conditions bla-bla, etc. pour vous orienter vers une petite recherche Youtube qui vous permettra de vous rendre compte de l’incroyable étendue des possibilités du véhicule.

 

Conclusion

 

Le Ford F150 Raptor reste un véhicule hors-norme à des milliards d’années-lumière des préoccupations actuelles en termes de volume, encombrement, consommation, etc. Mais qu’importe, la vocation première de cette fausse Jurassic Car est le plaisir et l’aventure extrême. Quant au tarif, il reste imbattable en termes de rapport prix/plaisir.

 

On a aimé

L’imposante calandre. Le V8. La maniabilité. Le caractère exceptionnel du véhicule. L’esprit « forteresse imprenable ».

 

On a moins aimé

La consommation… mais cela reste accessoire.

Le Ford F150 Raptor est disponible en exclusivité chez Ford Wengler à Ettelbruck. †

 

Christophe Michel

 

Publié par Christophe Michel
Le 1st avril 2010
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