Ma bestah tmtceiii Je t’aiime PQTAMMLBC

Bestah

Dans mon gang, je suis le dernier irréductible d’une grande fraternité à ne pas avoir encore procréé. Autour de moi, c’est l’hécatombe des couches culottes et des biberons. Tous mes amis ont enfanté et je leur ai tous offert une grenouillère Sex Pistols ou Ramones. Alors, comme je fais de chouettes cadeaux et que je suis quand même attachant, mes potes m’invitent toujours à leurs repas, sauf que maintenant, c’est un peu moins folklorique, les festivités durent moins longtemps et les mioches courent partout en criant comme des dératés.

À l’apogée de la soirée, on me demande inlassablement quand vais-je enfin me décider à faire le grand saut, à donner le jour à un mini Sébastien ou à une petite Sébastine ? Mon discours est bien rodé. Cela fait plus d’une dizaine d’années que je les endors avec une logorrhée savamment réfléchie, dans laquelle j’explique que c’est pour bientôt, que de toute façon, je suis bien préparé, que je connais bien les gosses, que je serai un super papa et que les ados ne pourront jamais m’embrouiller, car je suis de très près leurs univers, leurs coutumes, leur langage. Je joue encore à Counter Strike, j’écoute Stromae, je zone en Nike… J’alimente même mon syndrome de Peter Pan en traînant sur les blogs.

C’est justement sur le World Wide Web que le crin de la connaissance qui tenait mon épée de Damoclès s’est rompu, plus précisément sur cette phrase : « ma bestah tmtceiii Je t’aiime PQTAMMLBC ». J’étais dépassé, je ne comprenais pas un traître mot de cet aphorisme lâché sur un forum virtuel. J’étais vieux, j’étais déconnecté, j’étais fini.

J’ai dû demander de l’aide à mon escouade de stagiaires : ils portent des slims, ont le cheveu foufou et leur moyenne d’âge plafonne à 20 piges. Ils m’ont tous répondu à l’unisson comme si j’étais un extraterrestre : c’est simple, une « bestah » c’est la meilleure copine, « tmtceiii » pour « toi-même tu sais » et enfin « PQTAM- MLBC » signifie « plus que tout au monde ma lesbienne de cœur ». Selon mes traducteurs 2.0, j’obtenais « ma meilleure amie, tu sais très bien que je t’aime plus que tout au monde, ma petite chérie adorée ». Aïe.

Je venais de mettre le doigt sur la communauté des « Bestah », femmes sulfureuses de 13 printemps qui rêvent de rouler une pelle à Justin Bieber. Elles se promettent allégeance sur la toile avec un langage spécifique, régi par une orthographe loufoque, mise en syntaxe par une grammaire farfelue, cryptage idéal pour contrer la censure des parents. Les bestah n’hésitent pas à se prendre en photo à moitié dénudées avec des dédicaces au marqueur sur leur décolleté. Mais attention, toujours avec la bouche en cœur et les doigts en « V ».

Allez, pour fêter ça, j’offre une caisse de Piper-Heid- sieck au premier qui me traduira cette phrase lue sur la page Facebook d’une bestah « xDeiiii des bààa- ReS ac ToUuUhHààa BeeEstAààhh’ jt3m tRoOoWW ma shEwiiiiIiy , mA L3sbIIiiii de ♥ , mES OooOf- FiiIciEeèLs, mOoN BesTOuuHhnET’’, DeEmmMiiI- BeeEèSt, f3eeEmme Piiiire a ReuFére TMTCeiiii Maa ChoOOoouUpAHHh’ ChhOUPss’’ &é mON BeEii- Beyy ».

Publié par Sebastien
Le 1st août 2010
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