Interview Kavinsky

kavinsky

Kavinsky incarne le Gainsbourg de la scène électronique élégante. Sa musique teintée de mélancolie, son allure romanesque, ses ambiances stratosphériques nous ramènent inévitablement au flegme de l’homme à la tête de chou. Profitant de la sortie de son nouveau maxi, nous avons choisi de convier, le vendredi 5 novembre, ce grand monsieur du beat à notre soirée Luxuriant, au cabaret le Splendid, 71 rue du fort Neipperg, à Luxembourg gare. L’entrée sera toujours gratuite. Vos cages à miel exploseront indubitablement sous l’assaut des basses ravageuses. Vos pupilles se dilateront incontestablement devant les strings en strass et les corsages à paillettes. Vous pourrez évidemment vous délecter de l’open bar mais, cette nuit -là, celui qui boira le plus, s’appellera assurément Kavinsky. Entretien avec l’enfant terrible de l’électro, pas le plus prolifique, mais celui que tout le monde s’arrache.

Tu viens de sortir ton nouvel EP « Nightcall ». Peut-on parler d’un son « Kavinsky »?

Il n’existe qu’à partir du moment où cette musique sort de mes machines, de mes veines. Le spleen habite toutes mes compositions. Je ne peux pas faire des tracks festifs comme Brodinsky, par exemple.

Guy-Man des Daft Punk assure la production de ce maxi. Bonne expérience?

Nous voulions composer quelque chose de lent, une ballade. C’était la première fois que je travaillais dans un gros studio avec des reliques comme le piano de Michel Berger. Cela m’a rendu un peu mal à l’aise. Au début, nous avons fumé plus de joints que nous n’avons sorti d’idées !

Pourquoi être parti dans un délire morbide avec ton personnage de zombie?

Ce n’est pas glauque, plutôt rigolo au contraire! C’est inspiré des films de Dario Argento avec lesquels je me tapais des barres de rire! Mon zombie va en boîte, il drague des meufs, il danse. Quand il est déprimé, il retourne sur sa tombe vide, un peu bourré. Il casse aussi la gueule à de vrais morts-vivants, car il lui reste un minimum de neurones ! Il tourne juste au mojito, au champagne et à la vodka, il n’a pas besoin de manger le cerveau des autres pour survivre !

 Aujourd’hui, aimes-tu ta vie?

Carrément. Je ne sais pas s’il faut parler de ma vie d’avant mais je ne suis pas un mec qui pétait dans la soie ! J’étais un banlieusard qui bossait pour Manpower, je cassais des murs. Je faisais des travaux où je n’étais même pas qualifié. J’ai fait une bonne cinquantaine de métiers en quatre ou cinq ans, de conseiller clientèle chez SFR à postier, en passant par fabricant de babyfoot.

Si une Kavinskette existait sur Terre, elle te ressemblerait ?

Je n’aimerais pas pour elle car elle serait bien laide (sourire) ! A Berkeley, pour un concert avec les Daft Punk, j’ai rencontré une fille qui s’était complètement « kavinskée »! Elle avait les cheveux teints en bleu, elle portait le blouson de mon personnage, elle était complètement raccord ! Ça m’avait bluffé !

Tu acceptes beaucoup de bookings par mois ?

Ça dépend, parfois jusqu’à cinq. Mais je ne suis pas très pro par rapport au fait de mixer. Je suis un sale gosse, je ne suis pas toujours frais d’un bout à l’autre de mes sets, je me charge trop ! J’ai même fait un coma éthylique sur scène à Moscou (sourire) !

Est-ce que parfois tu ne te sens pas décalé par rapport à un public relativement jeune?

Non, pas trop, car je ne suis pas vraiment mature dans ma tête à 35 ans (sourire)! Ça me laisse dans l’insouciance et ça fait du bien dans un milieu souvent limité niveau fun, peuplé d’artistes détestables, qui veulent réussir à tout prix. Je préfère jouer pour des kids que pour des trentenaires qui font la gueule au bar !

Vous allez produire du son avec SebastiAn ?

Nous avons déjà fait deux morceaux pour mon premier album prévu pour avril, et ce ne sont pas les plus mauvais! C’est un aboutissement que mon meilleur pote fasse partie de ce disque, car nous partageons vraiment beaucoup de choses. En tout cas, j’ai un maximum de pression.

Est-ce vrai que c’est toi qui as donné le sample à la base du tube « Signatune » de DJ Mehdi ?

Exact, et j’ai aussi donné le sample du titre « Phantom » de Justice. Nous étions réunis sur une date à Londres. J’ai mis en intro « Ténèbres » de Goblin. Xavier de Justice est venu me voir en me demandant ce que c’était. Il m’a réclamé mon CD à la fin de mon set et une semaine après il l’avait samplé! J’en suis d’ailleurs super fier.

D’ailleurs, de quel sample provient ton morceau « Testa- rossa Autodrive »?

Aucun, c’est un titre ultra basique composé sur un Yamaha DX7, sans autre instrument, avec un kick et une snare. J’aime être simple. Je n’ai pas les moyens de faire plus compliqué, je ne suis pas un musicien. J’ai juste fait de la flûte à bec en 4ème, mais je n’en ai joué que deux fois car je l’oubliais toujours ! †

Tu es balaise en babyfoot?

Je suis super mauvais! J’ai donc bossé pour Bonzini, la célèbre marque de babyfoot. J’ai commencé par les monter et me tuer les mains. Dans un atelier, pour les clients les plus riches, tu pouvais faire peindre ton équipe de figurines sur mesure. Je me suis incrusté car je leur ai dit que je sortais d’une école de graphisme. Les mecs ne m’ont plus lâché! Je peignais même la calvitie de Zidane !

Publié par Laurent
Le 1 octobre 2010
Luxuriant N° 15
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