Interview Pharrell Williams

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Pharrell Williams, c’est Le producteur américain derrière 90% de vos tubes préférés. Le rappeur, membre fondateur des Neptunes et de N.E.R.D., incarne la « coolitude », poussée à son paroxysme, des kids de l’Oncle Sam. Quand le bel éphèbe décide de s’exprimer, il estime naturellement que la musique ne lui suffit plus et chatouille de près les milieux autorisés du design et de la mode. L’artiste s’acoquine alors avec Louis Vuitton, Emmanuelle Perrotin, Bathing Ape et Moncler. Icône du bling-bling, le producteur né le 5 avril 1973 à Virginia Beach, n’hésite pas à parader en public au volant de sa Ferrari, un gigantesque Bob l’éponge en diamant autour du cou, un Blackberry en or 18 carats et l’équivalent du PNB du Congo belge dans ses boucles d’oreilles scintillantes. Le monsieur possède également sa propre ligne de vêtements, Billionaire Boys Club, et sa marque de chaussures, Ice Cream. Britney Spears, Jay-Z, Madonna, Snoop Doggy Dogg, Kelis, Busta Rhymes, Ol’ Dirty Bastard, tous les plus grands squatteurs de charts se sont refilés le GSM du maestro pour lui taxer des beats. Luxuriant a accosté le prodige charismatique, de passage en Europe, en pleine promo de Nothing, le nouvel album de N.E.R.D., disponible depuis le 7 septembre dans les bacs des bons et, des moins bons, disquaires du globe. Entretien avec celui qui a été élu « l’homme le mieux habillé du monde » par Esquire magazine.

Pharrell, qu’est-ce qui te motive à être hyper créatif ?
Il me paraît primordial que les gens se bougent pour défendre leurs idées et afficher leurs opinions. La vie est carrément dingue, alors si tu ne peux pas exprimer pleinement tes choix personnels et artistiques, à quoi bon vivre ?

La dernière fois que nous nous étions vus, tu présentais « The Tank », ta chaise design à la Galerie Emmanuel Per- rotin. Tu m’avais confié que l’âme du hip-hop te manquait et que tu avais besoin de te retourner vers plus de couleurs et d’agressivité. Retrouve-t-on ces éléments dans Nothing, le nouvel album de N.E.R.D.?
Je suis toujours d’accord avec cette idée. C’est marrant parce que le concept principal du prochain disque de N.E.R.D. est inspiré du terme européen « baba cool », que j’imagine avec beaucoup de couleurs, un peu comme les œuvres de Murakami. Depuis que je connais cet artiste japonais, son univers est devenu une source d’inspiration essentielle pour moi.

Le clip de ton premier single « Hot-n-Fun » est donc une ode au mouvement baba cool?
J’avais effectivement envie que ma musique résonne comme un chant hippie, mais je ne voulais absolument pas me laisser pousser les cheveux, me balader en tongues et dire « peace » à tout bout de champ. J’estime que le nouveau mouvement baba cool doit comporter beaucoup de fleurs, des grosses voitures comme des Ferrari, un peu comme dans ce clip où nous allons dans le désert avec Nelly Furtado, dans une limousine repeinte avec des couleurs criardes.

Toujours sur le thème baba cool, as-tu vu le dernier documentaire When You Are Strange sur les Doors ?
Non, je ne l’ai pas vu, mais je suis imprégné par cette mouvance depuis longtemps. Ces vibrations hippies sont en moi et je savais où je voulais aller visuellement avec ce trip. D’ailleurs, Ronnie, une très bonne amie, m’avait dit : « mais mec, les Européens l’ont déjà fait et ça s’appelle baba cool. Ils mélangent les jeans, les vestes issues des surplus militaires, les fleurs et les voitures rapides. Tout ceci existait en Europe à la fin des années 60 et au début des années 70 ». J’ai donc essayé de respecter à la lettre cette vision, en hommage à vous les Européens, car c’est vous qui avez créé ce mouvement.

Tu penses que tout le monde a accès à ce genre de vibrations baba cool?
Évidemment, car de nos jours être un néo baba cool, c’est juste avoir bon goût et une certaine notion du mélange et de l’harmonie. Pour avoir un look sympa, ce n’est pas si cher, à partir du moment où les éléments se marient bien ensemble.

Aujourd’hui, existe-t-il encore des babas cool en Europe ?
Assurément, à chaque fois que je viens, j’en vois partout dans la rue.

As-tu enregistré ce nouvel album de N.E.R.D. dans un endroit spécifique de la scène hippie?
Non, j’ai composé la plupart de la musique de Nothing dans ma propre cuisine, chez moi, dans ma maison à Miami, vers trois ou quatre heures du matin sur mon laptop.

Cela t’a pris combien de temps pour réaliser ce disque ?
Hum… Laisse-moi réfléchir… Deux ou trois mois pour composer la musique brute et nous fignolons actuellement le mixage (NDLR : l’interview a eu lieu en juin). L’album sera disponible dans les bacs, le 7 septembre.

Sur ton premier maxi « Hot-n-Fun » tu déclares : « it’s a whole new experience ». Quelle est cette expérience différente par rapport à tes anciens albums ?
Dans les anciens albums de N.E.R.D., j’étais assez en colère. J’essaie désormais de transformer ce sentiment en quelque chose de positif. Je ne veux plus uniquement poser des gros riffs de guitare bien lourds sur une rythmique hip-hop. C’est cool, mais je l’ai déjà fait. Maintenant, je désire vraiment me connecter avec les femmes. Quand je regarde à travers les yeux d’une femme, je pense à la vie dans la rue ou alors à ce qui se passe en ce moment sur la planète au niveau de l’environnement, de l’économie et des problèmes sociaux. Je veux traiter de ce genre d’histoire dans mes lyrics et je veux que cela soit compatible avec le côté sexy de la femme.

La femme est le futur de l’humanité ?
Bien sûr, ne représentent-elle pas 50% de l’humanité sur cette Terre? C’est vraiment mon truc en ce moment, je suis dans ce genre de réflexions. Femmes grosses, noires, maigres, gays, hétéros, de toutes origines, je veux que vous soyez complètement inspirées par notre nouvel album. Le concept de ces chansons repose sur le fait d’avoir une conversation avec une femme à propos de la vie, du bon comme du mauvais, de la pollution en Louisiane avec BP, etc. J’ai envie de parler de ces problèmes dans mon album, mais d’un point de vue féminin. Je veux que les femmes se sentent engagées et ambitieuses en écoutant nos chansons.

Tu étais plus macho sur tes anciens albums ?
Mes précédents albums étaient profondément égocentriques, c’était « regardez-moi, je suis tellement cool, hello c’est moi, moi et re-moi ». Ce disque ne parle pas de moi. Nous avons débuté avec 27 titres que nous avons fini par jeter car, ils n’étaient pas assez bons. Nous avons recommencé à partir de rien, d’où le nom de l’album Nothing.

Rhea fait toujours partie de N.E.R.D. ?
Nous avions intégré Rhea vers fin 2009. Nous voulions expérimenter son côté féminin au sein du groupe, analyser ses réactions. Grace à elle, j’ai beaucoup appris et je pense que c’est notre meilleur album à ce jour. Rhea bosse désormais avec sa propre formation Jealous Lovers sur leur disque.

Chad Hugo et Shay Haley, les deux autres membres du groupe, ne sont pas avec toi, ils sont restés aux states ?
Non, non, Chad est avec moi, il va arriver d’une minute à l’autre.

Tu as fait quoi à Paris?
Je sors du défilé Louis Vuitton (NDLR : nous sommes en pleine Fashion Week) et ce matin, j’ai fait une conférence de presse pour le nouvel album de N.E.R.D., j’ai un planning d’interviews assez massif, auquel je me consacre volontiers. Cette après-midi, je me rends chez Colette pour montrer ma nouvelle collaboration avec Moncler.

Qu’a pensé Remo Ruffini, le président et directeur artistique de Moncler, de ta doudoune?
Il a trouvé que je représentais « l’éclectisme visionnaire contemporain ». L’idée de cette collaboration baptisée « Special Edition Jacket » avait été abordée lors de la Miami Art Basel. J’ai revisité la doudoune classique Moncler pour homme. Le blouson pare- balles « version pacifiste » est le modèle que je préfère. La coopération s’est admirablement bien passée. Je remercie au passage Pietro, Francesco et évidemment Remo. J’avais l’impression de travailler en totale osmose avec eux, comme avec Louis Vuitton.

Tu t’entends bien avec Louis Vuitton ?
Lors de mes réalisations de joaillerie avec Louis Vuitton pour la collection Blason, je me suis éclaté avec Camille Miceli. La maison Louis Vuitton est vraiment devenu ma famille, cela fait longtemps que ça dure. Nous sommes en train de planifier des trucs encore plus dingues.

En termes de design, tu envisages de donner suite à ton modèle « The Tank » chez Perrotin ?
Oui, je ne peux pas encore en parler, mais gardez les yeux bien ouverts, de très belles choses vont arriver.

Tu es aussi à Paris pour présenter ton album au festival Solidays.
Exact, je vais présenter trois des treize tracks de l’album sur scène. Cela me permettra de faire un test en public.

D’autres projets?
Je vais terminer la promotion de Nothing et ensuite essayer de faire un petit break.

Quelles destinations choisis-tu quand tu t’octroies de petites vacances?
J’adore les destinations tropicales, c’est d’ailleurs pour ça que j’habite à Miami. J’aime quand il fait beau et chaud. †

Publié par Guillaume Le Goff
Le 5th octobre 2010
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