Maxime fait du snowboard dans un frigo, comprenez une salle indoor. À force de se geler le popotin sur la neige synthétique du crassier d’Amnéville-Les-Thermes, le rider, désormais sponsorisé par Burton et Surf’in, réussît à faire trembler les montagnards en baggy sur leur propre terrain de jeu.
Ton pedigree?
Maxime Schillé, 23 ans, j’habite chez papa et maman, de l’autre côté de la frontière, à Jarny. Je bosse actuellement chez Surf’in, 83 rue de Hollerich et je ride en tant qu’amateur pour Burton.
La glisse c’est une histoire de famille ?
Si j’en suis là aujourd’hui, c’est surtout grâce à mon paternel. Il a découvert la planche à roulettes à Saint- Jean-de- Luz et roulait, dans les années 80, avec ses potes étudiants. Aujourd’hui, il surfe toujours en long board l’été et avec un snowboard l’hiver. Au début, il se débrouillait avec des systèmes de foot strap, sans carres, uniquement dans la poudreuse. Avec mes frères et sœurs, nous avons grandi dans cet univers, d’ailleurs le seul moment où nous arrivons à nous retrouver tous ensemble, c’est sur les pistes. Mes grands-parents ont un appartement à Avoriaz et mes parents une maison à Hossegor, alors ça aide.
Tu es né avec une petite cuillère en argent dans la bouche?
Certes (il rougit), mais je déteste le montrer. Nous roulons en Trafic et nous ne sommes pas dans le bling-bling.
C’était donc plus facile de financer ton trip estival en Nouvelle-Zélande ?
Pas forcément. J’avais un contrat étudiant de caissier chez Cora, j’ai mis de côté l’argent de mes différents anniversaires et Surf’in m’a filé du matos. J’avais envie d’assouvir ma passion même en été, le glacier de Tignes est fermé et celui des Deux Alpes est noir de monde. J’ai donc opté pour l’hémisphère sud, le paradis du snowboard. Les montagnes sont toutes petites mais ils ont deux ans d’avance sur l’Europe au niveau des snowpark. J’ai fait plein de belles rencontres, travaillé un peu mon anglais et progressé avec des gens que j’affectionne beaucoup comme Victor De Le Rue et Victor Daviet. Nous partagions, pendant ces deux mois, la même collocation.
Les sessions étaient-elles plus hardcore qu’au Snowhall ?
Le frigo, comme on l’appelle affectueusement, c’est un peu chez moi, mon jardin. Quand je ne suis pas bien ou que je n’ai pas envie d’aller en cours, je vais m’y entraîner deux heures. Le spot a ses limites, tu en fais vite le tour, les infrastructures sont petites, la neige synthétique accroche un peu, le décor est en taule, il ne manque que les arbres en carton (sourire), mais je ne vais pas cracher dans la soupe (NDLR Max est aussi sponsorisé par le Snowhall) car cette piste indoor m’a permis de progresser énormément. Cependant, quand tu dévales les pentes de Nouvelle- Zélande, les modules sont quatre fois plus grands et il te faut un certain temps d’adaptation pour gérer la prise de risque et la vitesse.
Tu le squattes souvent?
Minimum trois fois par semaine, le week-end je fais des allers- retours dans les Alpes, au pire dans les Vosges ou à Landgraaf, un autre frigo en Hollande.
Ton trick favori que tu ne peux pas renter au Snowhall ?
Backflip 360 ou un beau 720. J’ai bien conscience que ces figures sont un peu démodées car aujourd’hui, les magazines aiment les cork avec une prise de carre un peu spéciale, mais ce n’est pas faisable au Snowhall. Ce genre de prouesse nécessite une grosse prise d’élan pour réussir des rotations désaxées. À Amnéville, le big air envoie à huit petits mètres alors qu’en montagne, je replaque des 540 back sur 18 mètres.
Les montagnards sont-ils racistes envers les riders de frigo?
J’ai déjà entendu des vannes car ce n’est pas écolo. Mais de quoi parlent-ils avec leurs télésièges en station qui bouffent de l’énergie à fond ? Moi je suis un mec ouvert, la preuve, je surfe même avec des skieurs (sourire).
Ton palmarès?
J’ai remporté le Rock On Snowboard tour 2009-2010 en quatre étapes : Amnéville, Les Deux Alpes, Piau-Engaly et la finale à Avoriaz. Étant habitué à martyriser les jibs (rails) du Snowhall, j’ai pu assurer des tricks sympas, notamment sur la fameuse guitare box. C’est justement lors de ce contest que j’ai tapé dans l’œil de Burton : ils m’ont demandé de les représenter dans la Grande Région.
Tu rêves de passer pro?
Honnêtement, à mon âge, je me suis fait une raison. Il faut garder les pieds sur terre. Je n’ai jamais eu le courage de partir en tant que saisonnier, je n’avais aucune garantie de réussite. Au niveau des études, les portes commencent à se fermer. Surfer à droite et à gauche c’est bien beau, mais j’ai loupé mon diplôme de moniteur éducateur. Paddy du Surf’in m’a offert un CDD de six mois, histoire de pouvoir partir le reste de l’année à la neige. Pour les années à venir, j’ai envie de shooter de belles images, de faire des vidéos, de m’amuser avec les copains et de laisser de côté la compétition. Je reste avant tout un free rider. †