Sacralisé sur le petit écran par les caméras cachées de François l’Embrouille… Adulé au cinéma pour son rôle de Claudy Focant dans le film Dikkenek… Parachuté au panthéon des acteurs bankables du XXIe siècle grâce au blockbuster Rien À Déclarer…
Luxuriant n’est pas peu fier de vous présenter l’inter- view de François Damiens. À la rédaction, nous n’avions plus autant ri, depuis l’autre grand trublion du plat pays, Benoît Poelvoorde et son premier long métrage ultra culte C’Est Arrivé Près De Chez Vous.
Cela faisait plus de six mois que nous traquions François Damiens. Nous rêvions de rire et de boire un godet avec la vedette mais l’acteur n’est ni à l’aise avec son statut de star, ni avec l’exercice laborieux de la promotion. Nous avons pu converser trente minutes avec l’animal, pas une de plus, exactement comme stipulé dans le mail de son attaché de presse. Pas grave François, tu restes pour nous le roi des Belges et aujourd’hui encore, nous continuons, au bureau, d’essayer d’imiter ton merveilleux accent du patron des Abattoirs d’Anderlecht. Entretien avec un grand timide qui ne mâche pas ses mots.
Tu restes très discret sur Google, essaies-tu de te préserver vis-à-vis de ta célébrité?
Je ne suis pas un fana d’interviews donc j’évite les plateaux télé, même si c’est parfois un peu difficile en période de promo… Je préfère un dialogue naturel, pendant deux heures, autour d’une bière. Ici, c’est de l’abattage. Ces conférences de presse n’appor- tent rien à personne, ni à toi, ni à moi, ni aux lecteurs.
Ta célébrité est pourtant inévitable?
Je me fais déjà suffisamment traquer depuis les caméras cachées alors je préfère éviter d’en remettre une couche. En plus, les jeunes y vont à fond avec mes vidéos sur Internet.
Tu peux encore mettre le nez dehors ?
Il existe des célébrités beaucoup plus connues que moi mais comme j’emmerde les gens, et bien, c’est moi qu’on emmerde en retour. Je suis allé skier une semaine à La Plagne avec mes gosses et c’était trop. Tu arrives dans la file, 100 personnes com- mencent à te hurler dessus, te prennent en photo, t’attendent à la sortie du télésiège…
C’est difficile de rester sympa?
C’est super dur d’être tout le temps disponible. Par exemple, je n’ai pas été gentil hier. Je suis rentré chez moi vers 23h et un mec m’attendait pour avoir un autographe. Je me suis légère- ment emporté, j’étais très fatigué. Et puis ce matin, il a fait 60 km pour venir me présenter ses excuses. Je me suis senti penaud et j’ai regretté ne pas avoir été cool.
Elles arrivent bientôt tes nouvelles caméras cachées ?
J’ai tourné pendant un an une cinquantaine de pseudos variantes de caméras cachées, mais, au final, je les ai trouvées trop trash. J’ai donc décidé, en accord avec Canal Plus, de ne pas les sortir.
Tu devrais faire comme Georges Clooney et essayer de te rendre moins populaire pour garder une part de mystère ?
Cela reste un métier d’image mais je fais attention à ne pas me surmédiatiser ni à me laisser dépasser par les évènements. Tu tra- vailles sur un tournage pendant deux ou trois mois. Le film est vu par 500 000 spectateurs et fonctionne plutôt bien avec le bouche à oreille. Ensuite, tu vas faire l’émission Les Enfants De La Télé pendant deux heures, et là, c’est regardé par cinq millions de per- sonnes. C’est un décalage pas sain. Je comprends les actrices et acteurs qui retournent au théâtre pour jouer devant 700 ou 800 personnes afin de garder un rapport humain avec l’audience.
As-tu contribué à redonner à la « belgitude » ses lettres de noblesse ?
Benoît Poelvoorde a déjà bien ouvert les portes. Il a mis en avant l’autodérision des Belges, un trait de caractère qui n’est pas for- cément développé, par exemple, chez les Français. En Belgique, lors des tournages des caméras cachées, les gens te demandent immédiatement la date de diffusion. En France, ils refusent de passer pour des cons et ne veulent pas que la séquence soit diffu- sée. C’est dur à avaler de pouvoir passer pour un imbécile.
Sauf pour toi?
Attends, je fais aussi des comédies dramatiques. Je vais même tourner un film sociologique. Je ne suis pas un inconditionnel de toutes ces grosses comédies qui font rire pour faire rire.
Dany Boon aborde dans son film Rien À Déclarer une relation de voisinage un peu tendue entre la France et la Belgique, c’est du vécu pour toi?
Les Français aiment bien se foutre de la gueule des Belges. J’ai été faire, à 14 ans, un stage de voile en France. Les gosses étaient un peu lourds avec moi. Ils me demandaient tout le temps si je voulais des frites, etc. En plus, si tu ne joues pas le jeu, on t’accuse de ne pas avoir d’humour. De toute façon, les Français ne savent pas faire l’accent belge.
Ce sont des mauvais imitateurs comme ton personnage dans le canular du Speed Dating?
Exact, un mauvais imitateur précise toujours qui il imite pour être sûr que cela fonctionne. Mais maintenant, les rapports sont plus faciles en France, c’est cyclique. Les Belges, en ce moment, sont un peu dans leur moment de grâce. Cela devient un sno- bisme pour les Français, enfin surtout pour les Parisiens, d’aimer les Belges. Cela témoigne d’une ouverture d’esprit…
As-tu peur de devenir le Belge de service ?
On ne me propose pas des rôles de Belges.
Dans L’Arnacœur, ton personnage est relativement proche de François l’Embrouille?
Quand je fais une comédie, j’y vais à fond. Je n’aime pas les de- mi-trucs et je n’hésite pas à surjouer.
Tu es arrivé par hasard dans le cinéma ?
Je n’ai jamais fait de casting ni rien. J’avais piégé, pour une des mes caméras cachées, Eric et Ramzy lorsqu’ils jouaient à Bruxelles, dans une pièce de théâtre mise en scène par Michel Hazanavicius. Quand ils sont revenus en Belgique, ils m’ont appelé pour aller boire un verre et me présenter Michel. Le réalisateur m’a proposé un petit rôle dans OSS 117 : Le Caire, Nid D’Espions.
Et Dikkenek?
Olivier Van Hoofstadt m’avait appelé deux ou trois ans avant de faire son film. Cela s’est fait naturellement. Je n’ai jamais couru derrière le truc. J’ai longuement cru que le projet était avorté, un peu comme les gens qui te disent qu’ils vont écrire un livre. Tout le monde veut écrire un bouquin mais, au final, peu le font (sourire).
Assumes-tu ton rôle d’ambassadeur de la culture belge ?
Avec la notoriété, tu te retrouves à faire des trucs déments. Tu arrives à la Gare du Nord à Paris, deux secondes après, on te demande « alors en Belgique comment ça se passe avec votre gouvernement ? » C’est complètement dingue.
Tu ne dois pas être un inconditionnel du festival de Cannes ?
J’y vais quand je suis invité. En fait, je reçois des invitations chaque année, mais je ne me déplace pas si je n’ai pas un film à représenter. Je fais juste un aller-retour. Je reviens déjà en com- pote avec une seule soirée sur place (rire). Ce n’est pas la vraie vie… (Au même moment, à la table d’à côté, Benoît Poelvoorde, également en interview, braille comme un dératé en faisant le pitre).
C’est comment de tourner avec Poelvoorde ?
C’est super cool. Nous sommes très complémentaires. Il est dans l’action, moi je suis dans la réaction (rires).
As-tu beaucoup d’appréhension quand tu arrives sur un plateau de tournage?
Non pas du tout, je connais toujours à peine mon texte. Je com- mence un nouveau film lundi et je n’ai pratiquement pas lu le scénario. J’essaie de me mettre dans un état d’esprit relax, en mode fataliste comme dans l’avion. En bagnole, à la limite, sur le siège passager, je stresse car j’ai peur que le conducteur fasse une couille. De toute façon, on ne crève pas à cause d’un bon ou d’un mauvais film. Idem avec les gonzesses, quand tu veux t’envoyer une nana, si tu la veux, tu ne l’auras pas forcément.
Tu déclines beaucoup de propositions de films ?
En refusant beaucoup de rôles, finalement, je crée davantage une demande que si je cours les castings. Pour le moment, et je sais bien que c’est passager, on me sollicite beaucoup. La plupart du temps, je ne rappelle jamais les mecs. Je garde de la distance par rapport au milieu. J’essaie simplement de mettre un peu de sous de côté pour partir faire de la voile et voyager.
Tu joues souvent sur l’improvisation?
Selon les films et si on me laisse de la liberté, je peux me laisser aller, tout en faisant attention à la personne en face de moi.
L’impro est un bon exercice pour les caméras cachées ?
Les caméras cachées sont beaucoup plus fatigantes que les films. Rien n’est préparé, même pas une ligne. Je dois être dans l’écoute et dans la réaction. J’agis comme un vendeur. Je peux marchan- der la même chemise à deux personnes, la négocier au premier client parce qu’elle est chaude et au second parce qu’il aime les couleurs foncées. Tu ne peux pas faire l’article avant sans faire parler ton interlocuteur. C’était mon prof de négociation en commerce extérieur qui m’avait expliqué ce principe-là. Cela m’avait marqué. Je savais très bien, à l’époque, que je suivais des études qui n’allaient pas trop me servir. Mais finalement, tu t’en resers après, quand tu vas négocier. Tu es plus à l’aise quand tu sais de quoi tu parles.
Comme lorsque tu énumères les alcools dans la caméra cachée du Speed Dating?
C’était facile, j’ai simplement imaginé un comptoir de bar. Nous avons fait sept hommes et sept filles en 49 minutes. J’ai uni- quement été me changer cinq minutes entre chaque sketch. Il fallait improviser, rester sur ce truc de lévitation et surtout ne pas préparer une blague à l’avance. C’est ce qui fait la magie du truc… Une scène un peu poussive qui va partir sur un mot marrant.
Jupiler ou Stella?
Jupiler.
Brel ou Maurane?
Jacques Brel est mon dieu. J’écoute ses interviews en boucle. Ce mec me fout une pêche d’enfer. On se rend compte, en l’écou- tant, que tous les hommes sont restés les mêmes 30 ans après. C’est vachement rassurant.
Han Sur Lesse ou La Panne ?
La Panne, car j’aime bien la mer.
Janin ou Liberski?
Je connais mieux Liberski que Janin mais j’apprécie les deux.
Benoît Mariage ou les frères Dardenne ?
Benoit Mariage est le seul réalisateur que je n’ai pas contacté pour faire un film. J’adore son univers, Les Convoyeurs Attendent, Striptease… Nous nous voyons souvent et avons des projets en commun. C’est vraiment l’humour que j’affectionne. Benoît développe une gravité pour déboucher sur un effet comique. Il ne cherche pas le rire au premier degré mais c’est tellement lourd que tu rigoles.
Exactement comme la scène du bar dans Dikkenek.
De toute façon, il n’y a rien de meilleur que d’aller dans un bar pour observer les gens. Souvent, quand je regarde une scène dans un café, je me dis que si j’arrive à la reproduire, j’ai le César.
Tu joues beaucoup là-dessus pour composer tes personnages ?
Et bien oui, je ne fais que ça, je passe mon temps à observer les gens. Au restaurant, je suis toujours occupé à regarder la table à côté et souvent ça se termine en engueulade avec mon invité parce que je ne m’occupe pas assez de lui.
Zaïre ou Congo?
Je n’ai jamais été en Afrique mais je dirais le Congo.
Liège ou Bruxelles?
Je connais beaucoup mieux Bruxelles que Liège. J’aime beau- coup les Liégeois et je pense que si j’étais né à Liège je serais resté habiter dans cette ville. Leurs grandes tablées festives ont un côté bon enfant et une candeur que je trouve super mignonne et super fraternelle.
Andalouse ou mayonnaise?
Andalouse.
Tintin ou Blake et Mortimer?
Aucun des deux, je n’aime pas la BD, sauf peut-être celle réalisée pour le film Rien À Déclarer car les gains seront reversés à une œuvre humanitaire. †
François est habillé par Peak Performance General Store 42 Avenue Louise, 1050 Bruxelles.