Ma chère maman pense que la civilité des jeunes, enfin surtout la mienne, est affectée par les jeux vidéo. J’aimerais lui rétorquer deux choses. Premièrement, je ne suis plus un jeune… même si j’en garde bon nombre de stigmates : compte en banque faiblard, accoutrement inadapté à la date qui figure sur ma carte d’identité, hygiène de vie désastreuse…
Deuxièmement, le jeu vidéo est une expérience sociale délicieuse, surtout si on y joue en ligne avec d’autres gamers virtuels. Précisément comme dans un bar après le boulot, on s’y connecte entre amis pour se détendre et tailler le bout de gras… la cirrhose en moins. Les discussions sont quasi identiques même si l’échange social principal reste le tir à vue… et qu’il manque cruellement de filles. On y observe les mêmes comportements malveillants, misogynes et xénophobes, heureusement vite calmés par le reste de la plèbe. Les vannes fusent autour du zinc comme des headshots dans Counter-Strike et tout le monde s’accorde à prendre du bon temps.
Évidemment, je retourne à l’occasion dans les bars épancher mon inénarrable soif… de sociabilisation. Et justement, la semaine dernière, en sortant du bureau, un ami de comptoir me contait une anecdote amusante. Kristian Wilson, le boss de Nintendo, avait exposé en 1989 une théorie intéressante. Le magnat de la console expliquait que si les jeux vidéo affectaient les kids, enfin si Pac-Man nous avait influencés étant enfants, nous devrions tous courir en rond dans des pièces sombres, en gobant des pilules magiques tout en écoutant de la musique répétitive.
Nous avons tous bien ri à gorge déployée autour d’une énième tournée de Bofferding. Nous en avons conclu que les jeux vidéo ne pouvaient pas être foncièrement nocifs et que, malgré tout, nous étions assez éloignés du stéréotype de l’adolescent insociable obnubilé par sa quête dans World Of Warcraft.
En rentrant chez moi, j’ai cependant vérifié les dires de mon acolyte. Le patron de la firme nippone n’a nullement été Kristian Wilson puisque Hiroshi Ya- mauchi a occupé ce poste de 1949 à 2002. Il s’agit en effet d’une boutade lancée par l’humoriste anglais Marcus Alexander Brigstocke lors d’un show télévisé. Alors fausse blague geek mais très bonne blague quand même.