Je ne suis pas de ceux qui suivent les traditions avec fidélité. Habituellement, l’idée de la date fixée, indélébile, pendant laquelle on recommence et l’on répète, me donne des frissons. Comme tous les grands snobs qui se respectent, je m’épanouis uniquement dans l’expérience nouvelle. Préférant la surprise à l’attendu, je suis plus attiré par l’improvisation et la découverte que par la planification systématique. C’est sans doute pourquoi j’aime tant la mode. Elle incarne le renouvellement continu et n’a souvent que faire de l’habitus. Néanmoins, cette mode, bien qu’hyper-éphémère, installe certains rendezvous, à heures fixes, que j’aime revivre. Le spécial mode de septembre que je cours acheter au kiosque. La semaine des défilés, son effervescence de jolies choses et son lot d’excès. La sacro-sainte période des soldes que je fuis parce qu’elle m’invite à craquer pour des vêtements, pas tout à fait à mes goûts et pas exactement à ma taille, sous prétexte que ce sont de bonnes affaires. La belle affaire !
Le Festival International de Mode et de Photographie de Hyères est un autre petit rendez-vous traditionnel dont je ne me lasse pas. Chaque année, aux alentours de Pâques, je me réjouis de ce long week-end auquel je suis fidèle depuis plus de dix ans. Hyères (c’est le raccourci que l’on prend pour parler du festival entre habitués) est un dosé mélange de rencontres, de soleil, de beauté, de chiffons, de concepts, de rosé, de talons, de sandales, de shorts, de griffes, de créations, de fraîcheur, de moments calmes et de moments d’excitation, de retrouvailles, de découvertes, de bla-bla, de tapenade, de books, d’images, de coupes, de pros, d’étudiants, de sourires, de soupirs et… de Villa Noailles. C’est un moment délicieux.
L’édition de cette année a tenu cette promesse. Je ne pouvais qu’être enthousiaste du choix du jury du concours de stylistes. Le président de cette édition, le belge Raf Simons, compte parmi les créateurs de mode dont j’admire le plus le travail. Il était épaulé d’importantes personnalités de l’industrie : la chasseuse de talents Floriane de Saint Pierre, les journalistes Tim Blanks, Jo-Ann Furniss et Cathy Horyn, les créateurs de Proenza Schouler et Christopher Kane, la fondatrice du célèbre magasin Corso Como à Milan et Michel Gaubert, le plus prestigieux illustrateur sonore de la mode.
Léa Peckre, la grande gagnante de cette édition, dont la collection s’intéresse aux cimetières, peut s’enorgueillir d’avoir séduit une telle brigade d’experts. L’univers très construit et mystérieux de la jeune Française me conquit lors du défilé. Sa victoire n’a fait qu’ajouter de l’agréable à mon séjour.
Du côté de la photographie, le niveau du jury et des participants n’avait rien à envier au textile. Ce sont les autoportraits d’Anouk Kruithof qui ont remporté, cette année, la bénédiction des professionnels. J’ai un coup de coeur pour les Rainbow d’Audrey Bogush mais… personne, sauf mes amis, ne me demande mon avis avant la délibération. C’est sans doute mieux ainsi.
Les expositions me ravissent. Les photographies d’un autre temps d’Erwin Blumenfeld portent bien leur nom de Modern Beauty tant elles n’ont pas pris la moindre ride, bien au contraire. Comment croire que ces images aient été réalisées dans les années 40 et 50 ? Le génie est définitivement intemporel. Raf Simons, en commissaire généreux, dévoile des oeuvres avec lesquelles, il partage, chez lui, le quotidien : une huile de Chris Brodhal, la première collection de Martin Margiela, un fauteuil de Ron Arad, des vases signés Pol Chambost… une partie de l’intimité du créateur est offerte.
L’exposition The Moon Always Follows The Sun du photographe Daniel Sanwald s’amuse avec les techniques, les contradictions, les références les plus hétéroclites pour finalement nous parler de mode comme on aime la découvrir. Chargée de sens et de symbolique, sa vision de la photo s’invitera prochainement dans notre magazine. À suivre. Comme si cela ne suffisait pas, pour ajouter encore au festin, la Villa Noailles ajoute à sa liste de cadeaux des travaux de Matthieu Lavanchy et Jonas Marguet, Sandra Backlund, Lila Loupias, Bless et une sélection d’images publiées dans le magazine L’Imparfaite. Parfait. Je surligne dans ma tête de renouveler l’expérience en 2012.