Enter Sannwald

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L’Allemand Daniel Sannwald apporte, à 32 ans, un souffle nouveau à l’univers de la photo artistique de mode. Ses collaborations avec Louis Vuitton, Nike, Wrangler, et ses publications dans les magazines Vogue, i-D, Dazed & Confused lui assurent une place de choix au Panthéon des Dieux de la photographie. Exilé aujourd’hui à Londres, l’esthète aime la bonne chère, prendre le thé avec des mamies et dégainer, contre toute attente, son GSM pour shooter une grande marque de haute couture. Déroutant, talentueux et avant-gardiste, Luxuriant se devait de vous offrir le portfolio et l’interview de ce visionnaire surréaliste.

Alfred Hitchcock influence-t-il ton travail ?
Pas forcément, je m’inspire davantage du cinéma expressionniste allemand, notamment de l’oeuvre de Fritz Lang. J’adore la théâtralité du film Metropolis, ses personnages grandiloquents et son univers contrasté.

Réalises-tu toujours des courts-métrages ?
Je m’étais amusé à filmer deux ou trois séquences à Munich et lors de mes études à l’Académie Royale d’Anvers, mais j’ai préféré me concentrer sur la photographie.

T’identifies-tu au style d’Anvers ?
Anvers est une place très influente du milieu de la photographie et de la mode. La touche belge est, en général, très dark et je ne pense pas que mes oeuvres soient si sombres. Cela dépend de mon humeur. Lorsque j’ai quitté la Belgique pour m’établir à Londres, je ne savais pas comment laisser mon art s’exprimer. Évidemment, une partie de mon identité a été façonnée par cette cité, c’est un spot ultra créatif. Même si j’adore cette ville, je ne pourrais pas retourner y vivre, c’est un peu trop calme.

Te considères-tu comme un photographe publicitaire doué ?
Je me sens très à l’aise dans le business de commandes publicitaires. En revanche, je prends beaucoup de risques et de liberté au niveau créatif. Cela peut poser des problèmes avec certaines marques. Je ne rentre pas obligatoirement dans des cases établies. Des fois ça passe, des fois ça casse. Par chance, quelques agents et clients apprécient mon travail et ont envie d’expérimenter au maximum les limites de mon expression. J’essaie d’aller au-delà d’une jolie prise d’un mannequin bien habillé. J’aime répercuter des sentiments forts et surtout, essayer de le faire de façon intelligente.

As-tu souvent eu des problèmes avec des directeurs artistiques récalcitrants ?
J’ai eu quelques shootings un peu compliqués avec des D.A. qui n’ont pas très bien compris mon feeling. Ils ont essayé de rester calmes dans leur coin pendant la séance, mais ils étaient complètement dépités par le rendu final.

Refuses-tu des contrats bien payés afin de rester libre dans ta créativité ?
Cela m’est effectivement arrivé, mais ce n’est pas non plus une habitude. En principe, je préfère dire « oui ». De toutes façons, je dis souvent « oui ».

Quel a été ton dernier « non » ?
Pour un magazine new-yorkais. J’ai refusé en tout dans ma carrière huit shootings au maximum. C’est un luxe d’avoir la possibilité de prendre ce genre de décision.

Cours-tu après l’argent ?
Mon but premier est de produire de belles photos. Je dois cependant subvenir à mes besoins pour vivre sereinement. J’ai envie d’être financièrement relax sans vouloir à tout prix devenir super riche.

Étais-tu styliste avant d’être photographe ?
Oh ! Comment sais-tu cela ? C’est mon secret, peu de personnes sont au courant de ma carrière éclair dans ce domaine (rires). J’ai dû travailler moins d’un an, peut-être neuf mois. C’était une bonne opportunité.

Ton expérience de styliste t’a-t-elle aidé sur les shootings ?
Je sais ce que les stylistes aiment photographier et comme ils ont l’habitude de bosser. Je leur ai seulement suggéré quatre fois de changer les vêtements des modèles parce que je trouvais que cela ne fonctionnait pas. Je n’ai pas envie d’interférer dans leur propre vision de la narration. Occasionnellement, le styliste me donne son point de vue et il m’arrive également de suggérer le mien sur les habits. C’est un perpétuel échange. J’ai adoré collaborer avec de grands noms comme Nicolas Formichetti, Katie Shillingford, Hector Castro, Robbie Spencer ou Tamara Rothstein. Tu peux retrouver mes publications préférées dans mon livre Pluto & Charon, une monographie, parue aux éditions Ludion, qui retrace mes cinq dernières années.

Le rôle du styliste est-il important ?
C’est une tâche primordiale. Chaque petite intervention dans un shooting est vitale : le maquillage, les modèles, la photographie et le styliste. Tous les intervenants doivent avancer ensemble dans la même direction.

Préfères-tu réaliser des commandes pour Vogue ou Dazed & Confused ?
J’ai davantage de liberté avec un mensuel artistique comme Dazed & Confused. Néanmoins, je trouve plus excitant de créer une chouette série pour des magazines établis comme Harper’s ou Vogue, avec une histoire forte et des grosses marques derrière. Sans oublier qu’avec Vogue, on entre dans l’histoire de la photographie et de la mode (rires).

Le plus beau compliment que l’on puisse te faire sur ton art ?
Je pense que ça serait « Oh ! On dirait du Daniel Sannwald » (rires).

Quel genre de sons apprécies-tu pendant tes séances photo ?
Selon l’endroit et l’ambiance, je peux m’orienter vers de l’électronique, du classique et très souvent du hip-hop. J’écoute énormément de musique également quand je cuisine.

La nourriture te rend-elle heureux ?
Je n’ai pas beaucoup d’exigences en studio. Je suis un photographe plutôt cool, mais j’insiste pour avoir de la bonne nourriture. J’exige souvent un vrai cuisinier ou un catering qualitatif.

Travailles-tu dans l’urgence ?
Je ne suis pas persuadé que bosser dans le stress booste mon inventivité. Je préfère avoir du temps pour tout préparer minutieusement. J’aime être tranquille lors de la prise de vue. En
même temps, voir des erreurs dans mon boulot, des accidents ou des imperfections me plaît. Je peux très bien choisir des images pixélisées ou utiliser la caméra de mon laptop. Tu sais, la société n’est pas parfaite, alors pourquoi mes images le seraient (rires) ?

Tu as présenté ta première exposition, cette année, au Festival International de Mode et de Photographie à Hyères dont le curateur était Michel Mallard. Peux-tu nous parler de lui ?
J’ai connu Michel Mallard l’année dernière. C’est un homme très respecté dans l’industrie de la photo et de la mode. Nous sommes devenus amis. J’ai été très chanceux de coopérer avec lui sur cette édition 2011 à la Villa Noailles, aux côtés de Raf Simons et Erwin Blumenfeld.

J’ai entendu parler d’une histoire d’amour entre toi et une chèvre.
Nous avions effectivement des biquettes dans le jardin de la maison dans laquelle nous résidions à Hyères, mais je n’ai aucun souvenir d’une histoire d’amour, tout au plus une agréable discussion (rires).

Ton rituel pour fêter la fin d’un projet ?
Je ne suis pas quelqu’un qui boit excessivement. J’aime bien clôturer un contrat par un bon repas, encore et toujours. Avant d’envisager la réalisation suivante, je profite de cet agréable moment de flottement pour prendre un peu de recul.

Et déguster un thé avec des mémés ?
Exactement, je donne un coup de main à l’association caritative Lonely Elderly à Londres, deux jours par semaine, quand je n’ai pas de commandes. Je vais boire un thé ou déjeuner avec des personnes âgées sans amis, familles ou même ressources. C’est important de leur fournir de la compagnie, de parler d’art, d’amour, de tout et de rien. C’est une énergie super positive.

Édites-tu toujours ton propre magazine Under/current ?
Bien sûr et c’est évidemment beaucoup de responsabilités. Nous le sortons à notre rythme, tous les six mois. Nous enchaînons actuellement les meetings pour trouver l’ambiance et la ligne directrice du prochain numéro. Nous sommes en train de compléter notre équipe.

Publié par Sébastien
Le 1st août 2011
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