Le freak, c’est chic.

edito luxuriant 20

Aujourd’hui, j’ai récupéré trois photos de presse, mis à jour mon profil Facebook et interviewé un deathmétalleux d’Ettelbruck, plafonnant à 560 écoutes sur Myspace. J’ai parfois l’impression d’optimiser fabuleusement mes compétences. Pour fêter ma productivité complaisante, j’aime bien clôturer ma journée dans les troquets du coin. Cependant, dans la vie, il est nécessaire de s’imposer quelques règles strictes. J’ai donc décidé, en claquant la porte de mon bureau, de ne pas succomber à mes vices. Nos locaux sont au-dessus des bars de Hollerich Downtown, imaginez la tentation… J’ai finalement réussi à braver, sans encombre, ces pièges à houblons. Cinq minutes après avoir quitté mon ordinateur professionnel, j’étais affalé devant mon écran personnel. Je matérialisais, en pyjama presque propre, devant une partie de Counter-Strike, une tablette de chocolat et du coca sans bulles à disposition, la quintessence du pas cool du tout.

Je me croyais sauvé… jusqu’au coup de fil de mon ami Vincent Habay, alias le rappeur Taipan, également photographe chez Luxuriant. Le bougre était en train de tourner un film à l’ExitO7. Il avait besoin de figurants. Sa gouaille de MC de cité minière tentait de m’amadouer. Il payait en bières. Une poignée de secondes plus tard, j’étais sur le plateau de tournage, vêtu de mes plus beaux apparats.

Je m’attendais à une révolution Do It Yourself au service du septième art, mais les types étaient plutôt bien équipés : rail de traveling, scripte, brigade d’assistants, éclairagistes et catering au top. Derrière et devant les caméras régnait une ambiance de foire et j’adorais ça. Le réalisateur Adolf El Assal, clippeur officiel du « game » luxembourgeois, possède un joli passif de courts métrages. Le film s’appelle Les Fameux Gars. Vince a écrit le scénario. Il a troqué son stylo Bic contre un iPad tout neuf et ses punchlines contre un synopsis. Le pitch tient en une ligne mais a l’air prometteur : Steven, élève d’une classe spécialisée, apprend que son école a gagné un voyage au Portugal, à Alcabideche, l’occasion de voir enfin son pays d’origine.

Plus qu’un clin d’oeil au métissage du Grand-Duché, cette comédie s’impose comme la revanche de la sousculture hip-hop. Le casting est pluriculturel. Les rappeurs Godié, Nyttman, Last’Ar et Taipan incarnent, avec beaucoup d’humour et second degré, les personnages principaux. Cico et le Beatmaker C.H.I. ont écrit la bande originale. Sincère et spontanée, la petite bande fait son cinéma et chacun prend son rôle très à coeur. Cet édifice contestataire participe à la création d’une alternative à la société qu’ils critiquent dans leurs lyrics. Le fric, c’est chic glisse joyeusement vers le freak, c’est chic… La résistance est en marche.

P.S. : La rédaction de Luxuriant souhaite rendre hommage à Jérôme Kremer, un grand homme de la nuitparti bien trop tôt.

Publié par Sébastien
Le 1st août 2011
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