Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite précision s’impose. Pour tous les aficionados du surf et autres experts du circuit ASP (Association of Surfifi ng Professionals) qui s’attendent à trouver des informations exclusives et techniques sur le déroulement de cette compétition légendaire, j’ai le regret de vous annoncer que vous allez inévitablement cocher la case « déception » si vous parvenez à la fin de cet article. J’imagine votre peine en l’apprenant mais il ne sera en aucun cas question de performances d’athlètes, d’analyses de runs, de qualité des vagues ou encore de classement final… Et ceci pour une simple et bonne raison, je m’y connais à peu près autant en compétition de surf qu’un pêcheur malgache en rap luxembourgeois. C’est dire l’ampleur du désastre… Cette petite mise en garde étant faite, vous n’avez plus qu’à tourner la page et à passer au prochain sujet, ou prendre votre mal en patience et poursuivre votre lecture en silence. En tout cas, une chose est claire, vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus…
Le 50ème anniversaire de la plus vieille compétition de surf de la planète, un événement majeur dans l’histoire du sport, s’avère être mon premier contest ASP. En guise de décor, une petite baie perdue, située à l’extrême sud de l’Australie, sur la Great Ocean Road, en bordure du Pacifique. Il faut bien reconnaître que cela change pas mal des égalopoles polluées et saturées où j’ai l’habitude de me rendre pour mon boulot de reporter dans le milieu du skate, accompagné d’une bande de kids dégénérés et ingérables. En temps normal, mon emploi du temps se résume à errer dans les rues à la recherche de spots skatables. Je passe de longues minutes, accroupi au pied d’une main courante aux dimensions conséquentes, à respirer des effluves d’urines sur le parking d’un supermarché, en espérant que le cascadeur sur roulettes ne va pas se rater et finir les dents dans le bitume, ou les parties intimes sur le rail… Cela fait rêver, hein ? Ici à Bells Beach, mis à part la plage et les surfeurs professionnels ultra célèbres, c’est désert, hormis quelques kangourous qui font les cons dans les prairies des alentours. Bref, vous l’aurez compris, c’est plutôt paisible dans le quartier !
La distribution gratuite de crème solaire m’a directement marqué en arrivant sur le site de la compétition. En résumé, un type passe sa journée à se balader avec un gros tube de protection 40 et chacun peut se servir à volonté. J’espère juste pour lui que, lors des éditions pluvieuses, il n’est pas obligé de se trimbaler avec un énorme flacon de gouttes pour le nez… Évidemment, pour célébrer cet anniversaire, Rip Curl nous a concocté tout un tas de petits bonus comme cette rétrospective en images des moments forts de Bells, exposée à l’entrée du site, une sorte de livre à ciel ouvert très instructif pour les néophytes dans mon genre. Une grosse cérémonie d’inauguration avec la présence de la plupart des acteurs majeurs de ce demi-siècle d’histoire, une excellente soirée, parfaitement organisée, avec toute les options de série : discours, écrans géants, dancefloor, petits fours, succulent dîner, champagne, talons aiguilles et tenues de soirée.
Ce championnat m’aura entre autres permis d’assimiler les surfeurs, sur ce genre d’évènement, à de vrais athlètes de haut niveau avec tout ce que cela implique : préparation physique rigoureuse, alimentation saine, concentration et sérieux. Les gars sont de vrais professionnels avec des coachs, des agents, ils participent aux conférences de presse et savent répondre aux questions des journalistes… Pas comme ces branleurs de skateboarders qui se lèvent à 15h, fument toute la journée et ne savent pas écrire dans leur langue maternelle… Bon, j’exagère un peu, je vous l’accorde, mais il faut bien reconnaître que ce ne sont pas tout à fait les mêmes standards entre les surfeurs et leurs homologues sur roulettes : hygiène de vie exécrable, préparation physique de type inexistante, squattent à huit dans une chambre double, coach décédé, agent… c’est qui lui ? Lors de mes investigations les pieds dans le sable, j’ai d’ailleurs pu noter quelques détails importants. À la fin de chaque run, dès qu’un protagoniste sort de l’eau, en moins de 10 secondes, il se retrouve avec une casquette sur le crâne, une paire de lunettes de soleil sur les yeux et une gourde pleine d’hormones de taureau dans les mains. Hey, il ne faut pas déconner avec les sponsors non plus ! Au début j’ai un peu flippé, surtout quand j’ai appris que certains étaient sponsorisés par des marques de voiture ; tu imagines le merdier sur la plage s’ils commencent à tous venir les chercher en 4×4…
Sinon, la foule a fait le déplacement, surtout pour les finales du dimanche, le tout dans une ambiance bon enfant. Certains des quotidiens locaux ont même consacré leur une à l’évènement. Si je me souviens bien, le gars qui a gagné répond au nom de Joel Parkinson. Il portait un lycra rouge et s’avère être australien. En même temps, ce n’est pas vraiment une surprise, mis à part deux ou trois européens égarés, quelques Brésiliens en transit et un chauve dix fois champion du monde, le circuit ne comporte que des Australiens…
Voilà en gros tout ce que j’ai pu retenir de cette sympathique expérience au pays des surfeurs. Je vous rassure tout de suite, pour la prochaine édition, nous enverrons un véritable expert en la matière. Quant à moi je vais juste patienter tranquillement avant d’y retourner pour les 100 ans ! Sur ce, sans rancune, et n’oubliez pas « Surfing is not a crime ! ».