Florin Serban

Florin Serban luxuriant 21

Le festival CinEast revient cette année, du 5 au 23 octobre, avec une sélection d’environ 40 longs-métrages polonais, tchèques, slovaques, hongrois, roumains et bulgares : une offre rare, même dans un pays cosmopolite comme le Luxembourg. Parmi ces films, un titre étrange, Si Je Veux Siffler, Je Siffle. Cette production roumaine parle du drame de Silviu, un garçon enfermé dans un centre de détention pour mineurs. Il apprend, à quelques jours de sa libération, que sa mère a l’intention d’emmener le cadet de la famille, avec elle, en Italie. Pour le jeune homme le monde s’écroule à ce moment-là, car c’est lui qui a élevé le petit… et rien ne semble plus avoir d’importance. Sauf peut-être prendre un café avec une jolie fille et avoir une vie normale, mais est-ce possible ?

George Pistereanu (Silviu) est un James Dean roumain au tout début de sa carrière d’acteur. Quant au cinéaste, il propose ici son premier long-métrage et une grande partie des comédiens est composée de jeunes détenus, la plupart n’ayant jamais rêvé d’être devant une caméra. Leur exploit commun leur a valu l’Ours d’argent au Festival de Berlin en 2010. Luxuriant vous propose un entretien avec le réalisateur Florin Serban. Le Roumain a gentiment accepté l’invitation des organisateurs et rencontrera le public lors de la première de son œuvre le samedi 15 octobre à 21h au Cinéma Utopia et le dimanche le 16 octobre à 20h30 à la Cinémathèque.

Vous avez travaillé cette adaptation d’une pièce de théâtre pendant plusieurs années. Pourquoi une telle attente avant la projection en salles?
Mon film est effectivement une reprise de la pièce Si Je Veux Siffler, Je Siffle d’Andreea Valean. Le producteur avait déjà démarré ce projet en 2000. J’ai rejoint le navire en 2007 juste après la première relecture de Catalin Mitulescu. Que ce soit une adaptation ou pas, l’écriture d’un scénario se compte rarement en mois et plus souvent en années. C’est un effort laborieux de documentation, de rapprochement au personnage et de compréhension de certains mécanismes.

Vos acteurs sont, dans leur majorité, des amateurs. Où les avez-vous trouvés? Quelles ont été les satisfactions et les difficultés par rapport à de vrais professionnels ?
L’équipe est mixte, avec des niveaux d’expérience et des styles différents. Clara Voda (la mère) est une comédienne connue et reconnue. Mihai Constantin (le directeur du centre de détention) mène une belle carrière au théâtre. Ada Condeescu (Ana) était étudiante au moment du tournage et George Pistereanu (Silviu), sans aucun background, s’est montré très talentueux. Enfin, tous les autres sont effectivement des novices, emprisonnés dans des maisons de correction. Ils sont arrivés dans l’aventure suite à un atelier d’art dramatique organisé par mes soins dans plusieurs prisons. Avec ces amateurs, il suffit généralement d’avoir un pre- mier plan pour avoir une histoire. Et c’est aussi le principal critère de sélection : l’histoire qui se cache derrière les yeux.

Une anecdote liée au tournage?
Leur sérieux et leur dévouement ont été surprenants. Au début, notre relation était un peu tendue mais, petit à petit, un climat de confiance et de respect s’est installé, véritable base de notre collaboration. Le film regorge de beaucoup d’histoires, certaines se voient à l’écran, d’autres pas. La plus évidente est la scène où les garçons se battent dans le dortoir. Nous avons travaillé exclusivement sur le scénario, réplique par réplique, sans fantaisie. Vers la fin du tournage, ils voulaient me faire une surprise, improviser une séquence de bagarre. J’étais contre et finalement nous avons négocié une petite bousculade. Cette séquence a été le cadeau qu’ils m’ont offert.

Votre long-métrage a-t-il eu une influence sur la vie de vos acteurs? Que sont-ils devenus?
Cela dépend des acteurs… Le film nous a tous marqués plus ou moins. George a choisi d’embrasser la profession et étudie à l’université nationale d’art dramatique et cinématographique de Bucarest. Il est même devenu une star en Roumanie. Il a interprété, aux côtés d’Ada Condeescu et de deux autres détenus, le rôle principal dans un drame présenté à Un Certain Regard à Cannes. C’est difficile de dire si cette expérience a été bénéfique pour les adolescents incarcérés. Ils ont compris, à mon avis, qu’ils étaient fondamentalement de bonnes personnes.

Allez-vous continuer à travailler avec des non-professionnels ?
J’ai ouvert une école d’art dramatique pour les amateurs où je donne des cours tous les jours. Je n’essaie pas d’en faire des « professionnels », mais simplement de leur apprendre à se montrer devant l’objectif… et ce n’est pas une mince affaire.

Vous avez étudié et vécu aux États-Unis et en Roumanie. Où aimeriez-vous poser vos valises ?
Je ne pourrais pas vivre et travailler en dehors de la Roumanie. Ici, je comprends les gens, je peux comprendre les histoires qu’ils racontent dans le bus et je peux comprendre pourquoi ils jouent de la musique aux enterrements. C’est aussi une forme de patriotisme.

CinEast (5-23 octobre) Festival du film d’Europe Centrale et Orientale : Cinémathèque, CCRN, Ciné Utopia et autres. Pass 10 €, plus de 80 projections, une douzaine d’ invités, concerts, DJs, expositions, soirées gastronomiques, débats, etc. Thème principal : « En marge de société ».

Pour plus de détails www.cineast.lu

Publié par Irina Costiuc
Le 6th octobre 2011
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