Pile au moment de finaliser ce papier, les foules se déchaînent contre un statut Facebook incendiaire des Birdy Nam Nam. DJ Need, Crazy B, Little Mike et DJ Pone se sont enflammés, en réponse aux commentaires de leurs fans, déçus d’être pris par des pigeons suite à une annulation de concert. Même le volatile Twitter a du mal à tenir le fil des réactions tellement l’affaire piaille dans tous les sens sur la toile. Sans polémiquer sur la forme, on a souvent tendance à oublier ceux qui s’activent dans le fond, dans l’ombre, pour faire vivre ces shows. Tout ne repose pas uniquement sur les seuls artistes. Même si la tendance est à l’indignation générale, ne soyons pas des canards boiteux pour autant. Malheureusement pour nous, le show des quatre turntablists, prévu le 27 janvier à la Rockhal, est également reporté de quelques mois. Histoire de patienter, Luxuriant vous propose une rencontre avec ces oiseaux de nuit, à la maison, dans leur propre studio.
Vous vous définissez comme des DJs ou comme une formation rock?
DJ Pone : A priori, je dirais DJ. Regarde ici, autour de toi, c’est truffé de platines. Mais dans le fonctionnement, nous travaillons comme un groupe classique, avec un processus assez lent, aide par un producteur.
Defiant Order, votre nouvel opus, est clairement moins « turbine » que le précédent. Est-ce que votre live sera moins agressif ?
DJ Pone : Avant toute chose, nos morceaux sur scène sont rarement identiques aux versions du studio. Ce nouveau live ressemble à une grande histoire électronique, très progressive. Et ce groove « turbine » a pris un grave coup dans l’aile ! Une partie du public a du mal a accepter ce changement mais la meilleure preuve reste, pour nous, l’engouement des médias. Nous n’avons jamais été autant chroniques ou blogues, c’est dingue !
L’influence de Para One, producteur de Defiant Order, résonne sur chaque track. Maîtrise-t-il son sujet ?
DJ Pone : C’est le cinquième membre de notre crew. Il a intégré l’aventure dès le début. Nous lui avons fait écouter des maquettes et la collaboration a commencé à cet instant. Les fameux « accidents de platines », Para One les appelle la « boîte à outils » et…
Little Mike entre dans la pièce. Casque de scooter vissé sur le crâne, lunettes de soleil et portable scotché à l’oreille. Il crie, il rit, les noms d’oiseaux fusent, sûrement une manière amicale de bien démarrer la journée pour un Birdy ! Deux sur quatre, nous y sommes presque et les questions reprennent.
Nous parlions donc de Para One et de son travail de production.
DJ Pone : En fait, JB (NDLR Para One) est un trouveur, pas un chercheur (rires) ! Il sait ce qu’il veut et se met devant ses machines seulement à cet instant, pas avant. Il gère donc parfaitement son job !
Teki Latex, ancien leader du groupe TTC, a posé les voix sur vos sons. Cet exercice ne semble pas vous plaire ?
Little Mike : Si! Nous adorons cet exercice mais c’est hyper compliqué… Pour les featurings, la communication se limite en général à des envois par mails. Et surtout, nous n’avons jamais trouvé la bonne personne, avec le bon flow et le texte parfait pour plaire aux quatre membres.
DJ Pone : C’est une question de rencontre et de feeling. Un mec expérimenté comme Teki Latex peut, en seulement dix minutes, chanter parfaitement sur nos séquences.
La porte de l’appartement grince, DJ Need rejoint l’équipe. Restera à accueillir Crazy B trois minutes plus tard pour compléter le quatuor.
Le son 90’s revient à la mode. Avez-vous maté le clip d’OrelSan « 1990 »?
DJ Pone : Ah yes! Pour le coup, c’est hyper réussi! Je me suis revu dans plein de phases. Assez marrant cette vidéo.
Little Mike : En revanche, son nouveau look ça ne va pas du tout (rires) !
Crazy B : C’est pour ça que je ne me laisse pas pousser les che- veux, sinon je vais ressembler à OrelSan (rires) !
Little Mike : C’est old-school mais en même temps vachement moderne. Dans le rap, tu vois aussi ce retour, avec des mauvaises productions jazzy (rires)! Je préfère les vieilles instrus, un peu dirty, ou les mecs disent de la merde, du son lourd pour les clubs.
Vous disiez récemment « Nous ne cherchons pas à être David Guetta ». Pouvez-vous développer ?
Little Mike : Nous voulons parler au plus grand nombre mais sans être des vedettes. Nous ne cherchons pas à spolier les codes du moment à des fins mercantiles. Je déteste le raccourci « David Guetta est la synthèse entre le hip-hop et les musiques électroniques ». Quand j’entends cela, je me vomirais dessus tellement cela me dégoûte (rires)! Mais il a sûrement ouvert des portes, notamment aux États-Unis.
Vos influences et goûts musicaux sont très variés mais unanimes quant à Metronomy. Est-ce que Birdy Nam Nam pourrait être plus pop dans le futur ?
DJ Pone : En fait, chez Metronomy nous aimons davantage Nights Out que The English Riviera le dernier disque. Nous avions l’impression d’écouter plein de samples mis bout à bout, cela nous parlait énormément !
DJ Need : J’imagine bien leur processus de création avec un assemblage de pleins de bruits. Après, pourquoi ne pas faire de la pop à notre manière ? Plus dans l’esprit de The Neptunes avec des mélodies synthétiques.
Crazy B : Et qui dit pop, dit forcément chant. Donc, là aussi se poseraient d’autres questions…