Quand on fend du bois, les éclats volent

9 project room Wannes Goetschalckx

Depuis ma précédente couverture de Luxuriant avec Wim Delvoye, je reçois au bureau pléthore de cartons d’invitation à des vernissages en tout genre. Dans les galeries de la capitale, des types à lunettes carrées sur monture noire, avec une mèche sur le côté, m’invitent à partager une coupe de crémant sans bulles pour demander mon avis sur Damien Hirst, Takashi Murakami ou Jeff Koons. Même si je rêve de reconnaissance sociale dans les milieux autorisés de l’art grand-ducal, j’ai un peu de mal à philosopher des plombes sur une tête de mort incrustée de diamants, un manga géant en peluche ou un lapin gonflable. Avec ce cochon de Wim, je suis dans mon élément, point de pseudo intelligentsia ! L’animal s’illustre en construisant une ma- chine à caca qui lui permet de vendre des excréments sous vide hors de prix.

La boucle pourrait être bouclée si, à ce moment précis, un autre Flamand ne chamboulait pas les poncifs de l’art contemporain dans la salle l’Aquarium du Casino. Wannes Goetschlackx martyrise depuis deux mois un peuplier avec un ciseau à bois. L’objectif de sa résidence : métamorphoser ce tronc d’arbre massif en un minuscule cure-dent à l’unique force de ses petites mi-mines, sans utiliser ni scie circulaire ni tronçonneuse. Allez savoir si cet arbre ne cache pas la forêt des usurpateurs du marché de l’art du XXIème siècle ? Le Belge est bien décidé à montrer de quel bois il se chauffe. Les mateurs et amateurs de performances artistiques de derrière les fagots peuvent venir le voir s’acharner comme un dératé sur son végétal toute la journée. Sans langue de bois, le beau brun ténébreux avoue que son happening ne dénonce rien de spécial ni ne met en exergue de quelconques travers de notre société capitaliste. Sa résidence ne comporte aucune autre exposition, uniquement de la sueur et des co- peaux de peuplier, bref, pas de quoi l’emmener au bûcher.

Wannes touche du bois pour que son œuvre soit prête à temps. Sa sculpture lui monopolise un tantinet plus de temps que prévu, aurait-il surestimé ses biscotos ? Le vernissage, initialement programmé pour le 18 novembre, est reporté au samedi 17 décembre à 11 h. Nous y découvrirons un petit cure-dent et beaucoup de crémant. Attention à la gueule de bois.

Publié par Sébastien
Le 1st décembre 2011
Tags:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*