Ancien leader charismatique de TTC, co-fondateur de la défunte maison de disques Institubes, le sympathique Teki Latex aurait pu, lui aussi, afficher une baisse de régime. Que nenni pour ce passionné de fine gastronomie, de hip-hop et de belles sapes… en 2008, le MC met les bouchées doubles et impose Sound Pellegrino, son propre label de house musique. La rédaction vous offre, sous le sapin du Bellani Club, un set de l’ami Teki Latex pour la Luxuriant’s Christmas Party du vendredi 23 décembre. Le DJ est bien décidé à vous faire perdre un maximum de calories sur le dancefloor avant les excès des fêtes de fin d’année. Entretien avec un épicurien.
Wikipédia indique « Teki Latex, membre de TTC et co- fondateur d’Institubes ». Malheureusement, Institubes n’est plus mais quid de TTC ?
Aïe, j’ai urgemment besoin d’un nerd disponible pour mettre à jour mon Wikipedia (sourire). L’aventure TTC est plus ou moins terminée. C’est dur, nous sommes encore amis et toujours contents de nous retrouver. Cette expérience a été d’une importance énorme mais refaire un album et des concerts, c’est une tout autre histoire.
Pourquoi le groupe a mis un stop à l’aventure ?
C’est une combinaison de plein de choses et chacun avait ses raisons. Personnellement, j’ai eu l’impression d’être arrivé au top de notre notoriété avec TTC. Nous avions besoin de fran- chir des étapes en termes de reconnaissance. Nos fans nous suivaient mais pas la radio, il manquait ce petit truc pour toucher au mainstream. Si ton public ne se lasse pas de toi, le contraire peut vite arriver. Et nous avons surtout vieilli ! Selon moi, le rap est une musique qui doit se faire jeune, quand on a la rage de réussir, quand tout est possible. Passé un certain âge, les MCs qui s’excitent derrière leur micro sont un peu ridicules.
Peux-tu dresser un résumé de l’état d’esprit de Sound Pellegrino ?
C’est un label digital de musique destinée aux clubs, avec une sortie mensuelle d’artistes différents. Les tracks sont résolument house mais composés par des artistes ouverts avec une sensibilité rap, à l’image des deux fondateurs Orgasmic et moi-même. Ces maxis nous font vibrer et nous avons envie de les mixer pendant nos sets. En général, c’est assez fin et original. Nous évitons si possible des gros morceaux qui «envoient du lourd», comme disent les jeunes de province (rires).
As-tu envie de redonner ses lettres de noblesse à la deep house ?
Je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir inventé la deep house. Cela semble nouveau car les fans de Justice période 2007 découvrent ce style en 2011. Attention à ne pas catégoriser trop vite Sound Pellegrino. D’ailleurs, nous jouons des tracks de ghetto- house assez « vénère » en ce moment. Ce n’est pas du tout down- tempo, au contraire ! Nos mix seront toujours plus fins et stylés que la grosse turbine électro qui fait pogoter les adolescents dans les skins parties.
Pourquoi cet engouement vers un retour aux sources ?
La house est une musique fédératrice très forte. Les gens ont grandi et en ont marre de s’exciter comme des guignols en soirée. Ils ont envie de se reproduire, de draguer des filles, de s’amuser avec leurs ami(e)s et de danser sans forcément être tournés vers le DJ. Pour toutes ces raisons, la meilleure musique reste la house. À l’époque d’Institubes, nous étions trop enfermés dans nos clubs à guichets fermés pour comprendre cela, pendant que Masters At Work ou Jesse Rose remplissaient des salles énormes.
Tu as posé ta voix sur Defiant Order, le dernier opus de Birdy Nam Nam. Expérience intéressante ?
C’était super sympa. Nous bossons tous pratiquement dans le même studio. L’entente et l’interaction étaient assez immédiates. J’ai puisé dans la direction souhaitée par les Birdy et celle du producteur, Para One, pour leur faire un flow sur mesure. Ils demandaient mon avis sur tout, sur l’album dans sa globalité. Je me suis senti très impliqué. C’était un gros travail d’équipe. Le résultat est hyper bon, surprenant et intelligent.
Aimerais-tu produire un disque complet ?
Oui, j’adorerais commencer à écrire pour des gens, réaliser les albums des autres. Nous avons quelques idées de cet ordre avec Para One. Dans cette logique, nous avons fait trois morceaux sur le LP de l’anglais L-VIS 1990. D’ailleurs, si tu as l’occasion d’écouter ce mec, fonce !
Quand on lisait sur un flyer « Teki Latex DJ set », les kids te prenaient-ils au sérieux au début ?
Non, mais c’est normal… J’étais plein de bonne volonté mais techniquement, j’étais un manche à balais. J’ai assumé le côté imposteur au début. J’ai économisé pour m’acheter des platines, je me suis entraîné comme un fou et j’ai progressé à fond ! Les podcasts Sound Pellegrino chaque semaine sont là pour le prouver !
Ton retour au rap avec ta mixtape Mes Pelures Sont Plus Belles Que Vos Fruits a été très bien accueilli. N’avais-tu pas envie de rempiler dans le game ?
Ca ne me fait plus marrer et tout simplement, je n’arrive plus à écrire des couplets de rap en Français. J’ai changé ! Je suis trop vieux pour le rap. Mon travail vocal aujourd’hui, cette espèce de mélange rap/house, parlé/chanté puise cependant ses origines dans le hip-hop. C’est plus en accord avec mes goûts, mon âge, ma personnalité et mon sinueux parcours musical.
Tu as dessiné une collection capsule pour la marque japonaise Phenomenon. Comment s’est organisée la collaboration ?
Osumi, le designer et créateur de Phenomenon, vient du hip- hop, comme nous. Il était dans un groupe de rap japonais à succès. Il adore TTC et nous a suivis dans nos aventures. Ce type est un véritable génie ! J’ai fait une mini collection avec lui en 2009 et nous venons de refaire une série de polos et de blousons Sound Pellegrino x Phenomenon qui sortira au moment où les lecteurs découvriront ces lignes.
Tu vas jouer le vendredi 23 décembre au Bellani Club avec, entre autres, Pascal Monfort de The Shoppings, un autre accro de jolies frusques. Est-ce qu’un projet Teki Latex x The Shoppings est envisageable ?
Je connais bien Pascal Monfort. C’est un peu un maître à penser pour moi. D’ailleurs, il m’a soufflé l’idée de faire une collection avec Phenomenon. Pascal m’a toujours poussé vers le haut. Il m’a toujours motivé et fait prendre conscience de mon potentiel et de mon influence. Quand j’ai un doute dans ma vie, je me tourne vers lui : il est toujours de bon conseil. Ses analyses sociologiques sont constamment hyper bien vues et souvent à mourir de rire. Musicalement, Pascal est bien plus punk et rock ‘n’ roll que moi, mais nous nous retrouvons sur certaines phases. Par exemple, j’adore « Lycaon » de The Shoppings, c’est une super chanson. Nous avons prévu une collaboration ensemble. Je suis juste extrêmement mal organisé. Mais le jour où nous serons dans le bon studio, au bon moment, cela pourra donner quelque chose de très pertinent. J’ai déjà pas mal d’idées en stock dans un coin de ma tête.
Dans quel restaurant aimerais-tu dîner avant ton concert à Luxembourg ?
Ah, si vous me laissez le choix, je vais être exigeant. Je veux une adresse gastronomique mais pas non plus trop prétentieuse. Pas trop de verrines ni d’expérimentation, des plats simples avec des ingrédients méga frais mais pas non plus de la cuisine à papa. Le bon mélange entre terroir et inventivité, et si possible du gibier puisque c’est la saison. Surprenez-moi !
Une escort girl pour le dessert ?
Non (rires), tout va bien de ce côté-là, j’ai une petite copine géniale et trop bonne, en plus d’être extrêmement drôle. J’essaye de la pousser à faire carrière dans la comédie mais elle me prend pour un fou quand je lui dis cela. Un jour, vous allez devenir fans de cette nouvelle comédienne hyper belle. Quelques temps après, vous apprendrez que c’était ma meuf. †