Le Klub Des Loosers

Dans un bar à tendance rock, les rappeurs Fuzati et Detect m’ouvrent les portes de leur club très fermé, le temps de quelques questions seulement. Ensuite, Fuzati, le MC, enlèvera son masque de nacre pour aller savourer un plat indien avec son Dj, Detect. Suivant la mouvance des années 2000 et inspirés par d’autres B-Boys blancs et passionnés, les deux compères créeront le Klub Des Loosers. Mais aucune carte de membre ne sera délivrée à quelconque adhérent. Le disque La Fin De l’Espèce constitue le deuxième chapitre musical d’une trilogie, huit ans après le tome initial Vive La Vie. Une écriture aiguisée, des sujets grinçants et un sens du rythme atypique, le Klub Des Loosers préfère aborder des thèmes sensibles dans leurs chansons plutôt que d’inonder Twitter de manière superficielle. Aux côtés de Breton ou des luxembourgeois de Sun Glitters, ces ex Versaillais viendront livrer une bonne dose de pessimisme à la Kulturfabrik le 31 Mars prochain pour le festival Out Of The Crowd. 

Je ne demande jamais la température en général, mais là cela m’intéresse. Comment te sens-tu ? 

Un mélange de fatigue, d’excitation pour cette sortie (soupir). Avec mon Dj, Detect, nous gérons le label de A à Z donc c’est motivant, gratifiant et éreintant ! Cette double casquette Label/Artiste nous met une double pression mais c’est de la bonne pression !

Tu as des nouvelles d’Anne Charlotte (ndlr, interlude récurrente sur le précédent album où le personnage de Fuzati essuie de multiples échecs avec cette fille) ?

J’en parle justement dans le premier morceau de mon nouvel album La Fin De L’Espèce (rires)… 

On voyait une chaise et un arbre sur le visuel de ton précédent album Vive La Vie et là tu commences avec la chanson « Vieille Branche ». Une transition bien choisie ? 

Complètement ! Le thème de « Vieille Branche » essaie de donner des pistes sur ce qu’il se passe après la pendaison. La transition avec le visuel du précédent opus semble donc toute trouvée…

On parle de « transition » mais il s’est écoulé huit ans entre ces deux albums. Tu en as profité pour mettre de l’ordre dans ta vie ? 

Notre tournée s’est achevée en 2006 et nous avons embrayé tout de suite sur le premier disque du Klub des 7 (ndlr, le Klub Des 7 est un groupe composé de sept rappeurs dirigés par Fuzati), accompagné d’une tournée. La deuxième galette du Klub des 7 a été plus éprouvante à sortir, nous avons eu pas mal de galères. À côté de l’artistique, il est nécessaire de préparer en amont toute une machinerie. Cela représente un business lourd. Aussi, le projet du Klub Des Loosers s’inscrit dans une trilogie et après avoir évoqué l’adolescence, je voulais amener un point de vue de trentenaire. Pour cela, mon double musical Fuzati avait besoin de vivre, de nourrir ce disque. De la même manière qu’un écrivain se documente pour écrire un roman, ce temps de recherches semblait nécessaire. 

Dans le Klub des 7, tu partageais la scène avec Gérard Baste (ndlr, ancien membre du groupe Svinkels). Il t’arrive maintenant de te réveiller en suivant son émission à la télévision ? 

Ah non, je ne regarde pas la télévision.   

Aucun CD promo envoyé : peur des fuites ou plutôt méfiance d’ordre général ? 

Un peu des deux… Et nous avons toujours fonctionné de la sorte. Presser des disques et les distribuer engendre des coûts. En tant que label, sans être parano, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des fuites sur Internet.

La Fin De l’Espèce voit naitre de nouveaux thèmes, ceux des nourrissons et de la paternité notamment. T’inspires-tu de  ton expérience personnelle ? 

Il est vraiment question de reproduction. C’est la question centrale : devons-nous nous reproduire ou non ?  Surtout à cette période de la trentaine, cela définit ton statut, ton couple, si ta copine veut un enfant, etc. Cela change également ton positionnement social, le regard que les gens portent sur toi. Aussi, à un moment où nous sommes sept milliards sur Terre, ce n’est pas anodin de faire un enfant. J’ai jugé important de prendre le temps d’y réfléchir. Nous ne menons pas de croisades mais nous voulons que les gens se posent des questions. En faisant le single « La Femme De Fer », l’idée était d’aborder une relation amoureuse atypique, avec deux individus physiquement différents. Nous ne voulions pas nous moquer des handicapés mais juste appuyer là où ça fait mal. On ne parle jamais de la mort des enfants par exemple. C’est ce qui m’avait amené à écrire les paroles de  « Poussière d’Enfants ». 

Selon toi, tes fans perçoivent tes chansons dans ce sens ou plutôt au premier degré ?

Je pense que le public ne voit pas mes lyrics comme de la provocation, à la différence de rappeurs à l’écriture trop scolaire. Nous essayons de prendre assez de recul, voire d’humour, pour trouver le bon ton et faire passer nos messages. 

Aborder des sujets comme la politique, la religion, les autres MC’s, etc. Tu juges cela inintéressant dans tes chansons ? 

Parler de rap dans du rap ne m’intéresse pas du tout même si dans des freestyles ou autres exercices, cela peut engendrer de bonnes punchlines. Sur un album, ce n’est pas le propos. Si tu veux parler politique, tu écris un bouquin, c’est plus adapté. Et la religion, mon personnage de Fuzati l’aborde peu…  

« Quand j’arrive dans un métro / Tous se demandent si dans ma poche il y a une Bible ou un couteau / La première est plus meurtrière mais n’épluche pas bien les pommes de terre ». Quasiment la seule référence (retenue lors de l’écoute) sur la religion. On en profite pour développer un peu ? 

Je pense que la religion doit rester dans la sphère privée. On a beaucoup tué en son nom. C’est bien de le rappeler de temps en temps. C’est un sujet de retour dans les débats, les conversations, les crises. On cite toujours la politique comme cause dans les conflits mais la religion n’est jamais loin. Aussi, en fixant un thème comme celui-ci sur l’album, nous ne voulions pas ancrer ce LP dans une époque. Ce qui fait la force d’un disque c’est son intemporalité. Et en même temps, religion et reproduction ne peuvent pas être déconnectés. D’ailleurs ce thème n’apparaît pas sur cette nouvelle mixture et nous en parlons depuis une demi-heure (rires)…

En 2012 on te dit encore « Tu rappes bien pour un babtou » (ndlr, terme utilisé pour désigner un « blanc ») ? 

Non car je ne traine plus dans le milieu « rap ». Mais à l’époque,  ce genre de réflexions semblait normal. À la base, le hip-hop vient d’une culture noire américaine, donc voir un blanc débouler, les gens réagissent forcément… Mais je ne m’en plaignais pas ! En plus, au début, avec TTC notamment, nous faisions partis de ces groupes de « blancs, classe moyenne, rappeurs ». C’était un rap de passionnés, et non pas un rap alternatif comme on pouvait  l’étiqueter…

Sur cette tournée tu t’attends à te prendre encore de la bière dans la face et avoir les yeux qui piquent ?  

Je n’espère pas (rires) ! Cela fait parti du folklore des concerts, tu as toujours un mec bourré ou sous extasie qui veut mettre un peu d’ambiance. Nous avons toujours préparé nos shows sans trop répéter, pour garder une certaine spontanéité tout en évitant l’amateurisme. Même chose quand nous enregistrons, ça doit être fait dans l’instant, un peu comme un Polaroïd très bien cadré (rires) ! Même si le morceau est mal enregistré, avec des défauts, nous assumons ce côté rugueux. Cette mise en danger lors des concerts reste intéressante.  

Une anecdote de tournée ?   

Je me rappelle d’un concert au Tunnel, un bar à Metz où tu franchis la porte et il fait instantanément 800°C ! Cette date m’a traumatisé, j’avais un peu fumé avant et je me sentais vraiment mal, à la limite d’annuler le show. Et au milieu du concert, un mec me montre ses fesses !? Quand tu es dans ton truc, tu n’as pas spécialement envie de voir ça ! 

D’ailleurs réalisez-vous une scénographie particulière sur ce nouveau live ? C’est le moment de vendre ta date à la Kulturfabrik ! 

Ne t’attend pas à voir des danseuses ou des choristes (rires) ! Le live tend plus vers le one-man show et la performance. Réussir à tenir une foule pendant une heure avec un micro, cela relève d’un speech à la Fidel Castro !

Tu vas jouer avec des groupes comme Breton ou le luxembourgeois Sun Glitters. Préfères-tu ce mélange des genres plutôt que des plateaux 100% hip-hop ? 

Complètement ! Pour cette interview, nous avons choisi le Motel, un bar indie rock où nous venons souvent boire des bières. J’écoute aussi beaucoup de jazz. Cela fait dix ans qu’on a quitté le milieu urbain. Temps Mort de Booba reste mon dernier bon souvenir de rap. Un festival 100% hip-hop nous aurait angoissé, nous trouvons ça trop cloisonné. 

Cloisonné en termes de public ou d’image ? 

Les deux en fait ! Quand j’arrivais dans une soirée, chaque DJ avait sa spécialité : pour l’un la house, pour l’autre le rap, etc. Je trouvais ça complètement naze ! Les mecs faisaient des mixes de deux heures au même rythme, des trucs « autoroute »… Detect, mon Dj, mélangeait volontiers du hip-hop avec de l’électro puis du rock. Le public du Klub Des Loosers n’a jamais été 100% hip-hop. Ce qui nous arrange car nous n’avons jamais été de gros B-Boys (rires). 

Retour sur le disque. Dans la chanson « L’Animal » on perçoit un amour bestial, très primaire. Cultives-tu aussi un côté rebelle avec les femmes, pas seulement défaitiste ? 

En fait sur le premier album, mon personnage de Fuzati veut baiser mais pas pour le sexe à proprement parlé, uniquement pour être accepté par les autres. Dans la peau d’un trentenaire, c’est une manière d’exister. Et plus tu vieillis, plus les femmes viennent te chercher dans les bars, ces célibataires angoissées par leurs horloges biologiques. Souvent, on dépasse la simple histoire de fesses, elles aimeraient rester un peu, construire une relation… Dans « L’Animal », Fuzati s’en fout, il veut du sexe pour le sexe et rien de plus. D’où ce côté un peu brut sur le morceau. On n’est plus dans le rêve d’adolescent où tu penses que ta première copine sera la femme de ta vie (rires) ! 

Beaucoup de piano sur ces douze chansons, c’est d’ailleurs le refrain de « L’Animal ». Ton côté romantique qui ressort ?

J’écoute énormément de jazz, justement pour le piano. Nous avions placé beaucoup de synthétiseurs sur Vive La Vie, là nous voulions faire ressortir un côté un peu pop. Le résultat est volontaire, et sur les arrangements, ça met ta voix en valeur. 

Tu n’es pas seulement interprète, tu composes également les instrumentales de tes morceaux. Cette étape se fait dans la douleur ? 

Oui car la difficulté consiste à réfléchir sur douze ou treize productions et pas seulement sur une. Tout doit être cohérent, au final on doit sentir une réelle unité. Si les gens ne font pas la différence entre les parties jouées et samplées, pour nous c’est gagné ! Ca explique aussi le temps de préparation d’un disque… 

Tu vas aussi réaliser le clip du prochain single « Volutes ». Homme multi masques finalement ? 

J’ai le sentiment que c’est le cas de plein de groupes aujourd’hui. Quand tu évolues dans un univers, tout est lié. Je dirais même que c’est plus simple de le faire soi-même que de déléguer. En revanche, sur le clip de « L’Indien », nous avons bossé avec l’équipe de graphistes ALT-248°, ils ont bien cerné notre univers. Le deuxième single « Volutes » va sortir et leur team va également gérer ça. 

Il paraît que tu passes un temps fou chez les disquaires à écouter de vieux sons.  Es-tu un authentique digger ? 

C’est vrai ! D’ailleurs je me suis acheté un sampler MPC « seulement » en 2004 alors que j’en rêvais étant jeune… Depuis je suis enfermé chez moi et je passe mon temps à écouter des disques, chercher, chercher, et encore chercher des nouveaux sons, aussi dans le but de parfaire ma culture musicale. Je me suis rendu compte du nombre de disques incroyables tombés dans l’oubli. Une façon aussi de devenir plus humble vis-à-vis de ma musique. Cette joie de trouver un vinyle pressé à seulement 200 exemplaires révèle surement un côté archiviste ! J’ai d’ailleurs lancé l’émission de radio Fuzati Extraordinary Music Show pour partager ces découvertes : http://www.klubdesloosers.com/fuzati-extraordinary-music-show.php. 

Cette course musicale illimitée via Internet ne casse-t-il pas un peu ce mythe du digger justement ? 

Non, pas vraiment, je ne suis pas dans ce côté élitiste. La musique est faite pour être partagée. Des petits labels rééditent aujourd’hui pour 20€ des galettes achetées à l’époque 1200$. C’est un vrai bonheur, Internet a justement donné ce goût du retour à l’objet, tout en faisant monter la cote de certains disques. C’est à double tranchant, comme pour beaucoup de choses ! Avoir 50 Go de musique et n’en n’écouter qu’un tiers ne veut pas dire que tu as une grosse culture musicale…  Internet reste un outil formidable de découverte et de partage, il faut savoir l’utiliser. 

Tu sembles fuir Facebook ou autre Twitter et paradoxalement l’attente paraît énorme sur ce disque. Une communication à dose homéopathique auprès du public te semble être un bon dosage ? 

Cette discrétion nous ressemble tout simplement ! Nous n’avons pas de Facebook mais le site semblait incontournable… Je ne me lève pas en pensant que je suis artiste. Je suis plutôt discret, d’où le masque, et cette mise en scène virtuelle et quotidienne sur le Net ne me ressemblerait pas. Quand on aura fini cette discussion, je vais enlever mon masque mais je n’irai pas tweeter : « Hey, j’ai fait une interview pour Luxuriant (rires) » ! Bizarrement, les artistes vendent de moins en moins de disques mais la surenchère de blabla est croissante ! Le manque de contenu et de musique est comblé par ces fausses informations. Je trouvais plus malin de faire patienter les gens avec l’émission de radio par exemple. Les gens se moquent de savoir si j’ai mal au bide à cause d’une pomme pourrie (rires) ! 

« Allez lire des livres » est la seule information sur ton compte Twitter. Que conseilles-tu à nos lecteurs justement ? 

Relire un bon John Fante Demande À La Poussière.  Le problème avec les livres, c’est comme les filles : je passe un bon moment sur l’instant mais j’oublie ensuite ! Pareil pour les titres des chansons, je ne retiens rien, j’ai une mémoire visuelle et je m’imprègne grâce aux sensations. Impossible là de te faire un name dropping (rires) ! 

J’ai découvert Arnaud Fleurent-Didier récemment, non sans rappeler ton style et… tu le cites en interview ! Pourquoi ne pas l’avoir invité sur cet album ? 

Le Klub Des Loosers reste un projet très personnel, je n’invite pas de gens ou collaborateurs. Je n’aime pas le mot « fan » mais Arnaut Fleurent-Didier semble être un fan de la première heure du Klub Des Loosers. Son morceau « France Culture » se pose dans le top des morceaux de la décennie. C’est hyper fort, personne n’a ce niveau-là en chanson française. Mais je n’exclus pas de faire un morceau avec lui, bien au contraire ! 

Tu avais peur d’être étiqueté Benjamin Biolay si tu signais en major, mais as-tu au moins reçu des propositions de gros labels ? 

Avec la médiatisation de Vive La Vie, nous étions arrivés au maximum de notre potentiel. Si je voulais finir à la télévision, il aurait fallu que j’entre dans un moule à la Oxmo Puccino, un peu poète ou « grande famille de la chanson française ». Je suis incapable de faire ça, tout simplement. C’est un peu l’histoire dans  mon titre « L’Indien », un groupe signé en major avec plein de compromis qui, finalement, échoue quand même. C’est le cas de plein de groupes aujourd’hui. 

Bientôt le nouvel opus de Sébastien Tellier puis Kavinsky, ton premier label Record Makers n’avait pas le temps de t’accompagner sur ton projet ?     

Pas vraiment, Record Makers a été un bon label pour débuter, il semblait judicieux d’aller voir ailleurs, observer comment les autres maisons fonctionnaient. Idéalement, il faudrait qu’on signe sur un gros label indépendant. Sauf que les « gros indés » fonctionnent maintenant comme des majors. Et comme je suis un mec qui fait zéro compromis… 

Gérer le business en plus du côté artistique pollue-t-il ta créativité ? 

Je travaille en deux temps mais c’est vrai que parfois, j’aimerais faire plus de musique et moins de papiers ! Le prix de la liberté artistique c’est dormir six heures par nuit, faire un job à côté qui te permet de vivre. Je relis beaucoup d’interviews de jazzman des années 60, et déjà là c’était la galère ! La musique n’a jamais été un milieu facile, il n’y a que des requins sinon ça serait trop beau. Et quand tu dépends financièrement de ta propre musique, ça devient un peu bizarre, voire malsain. 

Songes-tu déjà à un 3ème et dernier album pour boucler la trilogie et clôturera le Klub. Une reconversion derrière ? 

La musique ne rythme pas mon quotidien. Elle reste dans un coin de ma tête, tel un plaisir. Je le fais de manière professionnelle mais je n’ai jamais voulu développer une carrière. Avant le dernier volet du Klub Des Loosers, nous produirons surement un « album récréation » bourré de punchlines, sans prise de tête. 

Après un concert en 2006, j’avais un peu ruiné tes Prada. Le style chaussures pointues est toujours à la mode à Versailles ?   

Ah je n’habite plus à Versailles depuis longtemps donc aucune idée de la mode là-bas ! Plus sérieusement, le rap s’inscrivait dans un registre très « racaille », je voulais simplement pousser mon personnage dandy de Fuzati plus loin, quitte à monter sur scène avec des chaussures pointues. 

Un message pour le Grand-Duché ? 

Envoyez-nous des adresses de shops pour trouver de vieux vinyles ! Des trucs bien old-school. Un petit mail ici nous aiderait beaucoup : contact@klubdesloosers.com

Tu trouveras ton bonheur au 2 Rue du Marché aux Herbes chez Black Records ! 

 

Nouveau clip « Volutes » : http://vimeo.com/37106214

 

Publié par Yannick Poinsignon
Le 9 mars 2012
Luxuriant N° 24
Photographe : Gilles Uzan

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Un commentaire à Le Klub Des Loosers

  1. y on l’air d’avoir froid ce jour lol

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