Quand Luxuriant rencontre un mec sympa doublé d’un type doué, il lui propose une bière et 3 pages pour découvrir plus en profondeur la vision du bonhomme. Focus sur David Laurent.

C’était toi le premier paparazzi à avoir pourri les fêtes du pays en shootant les pseudo-people avec un appareil numérique ?

En fait, j’ai plutôt pris la relève du concept lancé par Mike Koedinger dans les 90’s. A l’époque, les gens se jetaient sur lui et s’extasiaient devant le petit écran lcd d’un pouce de son petit Sony numérique.

Donc tu étais le deuxième ?

Mike en a eu un peu ras-le-bol, alors j’ai repris le flambeau. Pendant 3 ou 4 ans, j’ai bien tourné dans les soirées avec un compact numérique. Ensuite, des sites comme alex.lu ou party.lu sont arrivés et ils ont repris l’idée qui s’est un peu essoufflée en perdant de sa spontanéité.

Tu as eu des bons plans ?

C’était une expérience amusante de soirées, qui m’a permis de boire des coups gratos et de rencontrer pas mal de monde…

C’était comment la nuit à l’époque ?

Au risque de passer pour un « vieux con », je dirais que c’était plus fun ! Il y avait une toute autre ambiance, nous étions à cheval entre les 90’s et les années 2000… Bizarrement, nous étions loin des préoccupations actuelles, c’était plus « roots ». Les nuits étaient rythmées par de vraies icônes : Fabiola du Conquest, les barmaids du Marx, le team de l’Elevator, etc.

Tu étais journaliste puis rédac-chef et naturellement tu t’es dirigé vers la photo, c’est donc plus jouissif de faire des images que d’écrire ?

Je ne suis pas sûr d’avoir réellement la fibre journalistique à la base et j’ai débuté la photo complètement par hasard, en shootant une cover pour paperJam.

Raconte!

C’était en 2002. J’étais en discussion avec l’équipe rédactionnelle de paperJam et j’ai pris le risque d’avancer que je serais, sans doute, capable de réaliser un portrait de Marie-Claude Beaud, directrice du Mudam à l’époque, après que d’autres photographes se soient cassé les dents sur le projet en question. C’était plus de l’esbroufe qu’autre chose, mais Mike Koedinger a saisi la balle au bond et m’a dit « go ! ». C’était parti. Un quart d’heure d’apprentissage avec un canon D30 et je me retrouvais dans un Mudam en chantier, avec sa directrice fraîchement en poste. Je l’ai shootée dans un moment d’inattention où elle soulevait ses cheveux avec une chouette lumière de fin d’après-midi. C’était autant spontané pour elle que pour moi.

Ta première photo s’est directement retrouvée en cover?

Le résultat a plu… et s’est retrouvé en cover. C’était assez « couillu », d’autant qu’elle apparaissait de dos sur cette image.

Comment as-tu obtenu ta première grosse campagne de communication?

Au cours d’une discussion avec Jean-Claude Bintz, qui venait de lancer Vox Mobile, j’ai tout simplement proposé de bosser pour eux… Et après une série de tests concluants, la machine était lancée ! Depuis, nous avons énormément collaboré ensemble. Ce fût un réel tremplin et l’occasion de travailler sans contrainte, avec « carte blanche » totale quant à l’orientation visuelle, etc. Il faut aussi dire que de leur côté, ils ont pris pas mal de risque en communiquant en noir et blanc lors du lancement. C’était une première… et cela eu son effet.

Aujourd’hui tu es indépendant ?

Depuis 2004 en fait. Ensuite j’ai lancé Wide, il y a environ 2 ans, une agence spécialisée dans l’image.

Tu es un artiste ?

J’ai vraiment du mal à porter ce genre de casquette. Je crois que le terme « créatif » me convient mieux. J’ai ma société et je propose un panel de services en tenant compte des besoins du client. C’est une approche plus « commerciale ». Il faut avoir des idées, être à l’écoute, tenir compte de différentes contraintes. J’associe plus le terme « artiste » à la liberté totale, à la musique par exemple. Disons que je le suis peut-être plus en privé… Je ne sais pas. C’est très dur de jouer sur les mots.

Tu aimes quel genre de photos?

Le portrait sans doute. Avec une approche plus intuitive, impulsive. J’aime beaucoup travailler dans l’urgence et en lumière naturelle. Pour moi la cover de paperJam reste l’exemple idéal : quelques minutes pour photographier une personne pressée dans un environnement inconnu. C’est un sacré exercice et cela m’a énormément aidé à développer mon regard et à bosser sur base d’une simple équation : personne + lieu + lumière.

L’image souffre t’elle de cette satanée crise ?

Il y a du business mais la crise pose un réel souci dans la communication en général, je pense. Alors qu’on devrait se serrer les coudes et jouer la carte du dynamisme et de l’entraide, les gens ont tendance à se replier sur eux-mêmes et à tomber dans la paranoïa. Or, c’est justement le moment d’aller vers les autres et de développer de nouvelles méthodes d’échanges et de partage comme l’a fait, par exemple, l’association Designs Friends en lançant une plateforme pour les photographes, les designers, les architectes, les éditeurs, etc.

C’est quoi le truc qu’on accepte à contrecœur mais qui va rapporter gros ?

Il n’existe pas de non-job en photo. Tu peux tout faire de manière agréable et tu peux même t’éclater en photographiant un pot de yaourt en packshot. A partir du moment où tu considères qu’un boulot en photo est plus pénible qu’un autre, tu ne le vis pas forcément bien, alors tu ne vas pas faire ton travail correctement. Dans ce cas, ne le fais pas, car tu vas trouver cela pénible et tu ne vas pas faire de belles images.

Bon tu as contourné ma question en me disant que tu étais prêt à avoir tous les clients possibles, inversement vers quoi tu aspires?

Bizarrement, ce qui me plait beaucoup en ce moment, c’est le thème de l’industrie. Sur un site industriel, je suis comme un gamin dans un magasin de bonbons, tout m’intéresse et j’adore discuter avec les ouvriers des détails techniques. Depuis deux ans, je bosse pas mal pour ArcelorMittal. J’ai énormément voyagé, au Libéria, en Chine, en Afrique du Sud, en Algérie… Et à chaque fois, j’ai rencontré des gens passionnés par leur job et soucieux de partager leur connaissance. C’est très enrichissant.

Comment explique-t-on à sa copine qu’on a passé toute la journée à shooter des jolies filles dévêtues ?

Ah ah ah… Les gens ont beaucoup d’a priori sur les photographes et oublient le boulot de gestion, relation, comptabilité, retouche, démarche, prise de vue, facturation. On est loin des clichés habituels.

Parle-moi de cette légende urbaine selon laquelle les modèles seraient prêtes à coucher avec le photographe pour percer professionnellement ?

Urban Legend ! Du moins, cela ne concerne généralement que les filles disons… faciles à la base. Après, les modèles ont toujours l’impression de discuter avec un mec qui a la science infuse en matière de beauté, glamour. Je peux te dire que trimbaler 10 kilos de matos à 2000 mètres d’altitude, cela n’a rien de très « papier glacé », mais c’est franchement le pied.

Ta plus grosse fierté dans ton job ?

D’avoir pris le risque de faire ce que j’aimais. Etre indépendant, c’est plus ou moins la loterie au quotidien mais quand tu veux, tu peux. C’est très bateau, mais cela s’applique à pas mal de choses.

Des regrets ?

De ne pas avoir assez voyagé… J’adore bourlinguer.

Un projet ?

Traverser en août 2010 une partie de l’Alaska en moto, monter une expo et vendre les photos au profit d’une association pour les enfants souffrant de maladies incurables. Une manière de récolter du fric, de montrer de beaux clichés et de faire des belles choses. Avec l’âge, tu as envie de laisser une trace autre qu’une image uniquement commerciale…

Un message pour tes futurs clients ?

Ce serait présomptueux de dire que je suis meilleur qu’un autre et cela ne s’inscrit absolument pas dans ma philosophie… alors je préfère inviter à la discussion, à l’échange. Website : http://www.wide.lu/