Le business de la musique se métamorphose, les disquaires battent de l’aile, nos camarades bloggers du front russe offrent généreusement, au grand dam des derniers labels survivants, les albums de nos artistes favoris en un simple clic, cinq jours avant leur sortie officielle sur iTunes ou Beatport. Seuls quelques illuminés fétichistes continuent de payer au prix fort le vinyle rare dans de sombres échoppes, éternelles reliques d’une pseudo intelligentsia mélomane. De la motivation, il en faut pour entasser une collection poussiéreuse de galettes et bouger son gros postérieur toutes les trente minutes pour retourner le 33 tours sur votre platine tandis que votre petit cousin singe, depuis trois heures, Eminem en mode shuffle sur son iPhone.

Certains anarchistes visionnaires du merchandising musical ont décidé de court-circuiter les réseaux de distribution conventionnels. En 2007, pour faire la nique à EMI, les olibrius de Radiohead ont proposé à leurs admirateurs de télécharger gratuitement leur septième opus In Rainbows avec la possibilité de faire un don. Les britons ont plutôt bien assuré leur coup puisque 1,2 million de fans ont joué le jeu.

Autre petit filou du marketing, Josh Freese, un des meilleurs batteurs du monde qui s’est illustré à coups de cymbales pour Nine Inch Nails, de grosses caisses pour DEVO ou de charleston pour Guns & Roses, a décidé de refourguer son album solo Since 1972 via la toile en pro- posant au chaland pléthore de plus-produits. Pour 7 $, Josh vous jette à la figure ses 11 austères mp3, pour 250 $ vous repartirez avec son couvre-chef, un dvd et ses baguettes. Vous irez, pour 2500 $, taper dans le dressing du maestro. Si vous allongez 10 000 $, Josh et ses potes vous emmèneront à Disneyland et ainsi de suite jusqu’à 75 000 $. Tout un programme farfelu davantage destiné à affoler les médias qu’à réellement faire banquer un fils à papa. Seul bémol, un groupie ultra hardcore dénommé Thomas Mrzyglockin a payé 20 000 $ pour s’offrir un peu d’intimité avec son idole et Josh a dû donner des cours de batterie à l’enfant gâté, lui payer un bon gueuleton et l’emmener jouer au golf miniature.

Bref, toutes ses élucubrations marketing ont mis la puce à l’oreille de notre rédac’ chef mode, Pascal Monfort, accessoirement chanteur du groupe The Shoppings. L’animal revient d’une tournée d’un mois et demi en Afrique. À la rédaction, nous pensions tous que les vibes du berceau de l’humanité allaient faire redescendre sur Terre notre sociologue de la mode adoré et l’éloigner de ses chemises Comme Des Garçons. Que nenni, il a remonté les ourlets de son pantalon A.P.C., réajusté ses chaussettes rose bonbon en fil d’Écosse et s’est lancé à corps perdu dans les dérives du marketing mercenaire. Pour 3000 €, les rockers branchés écriront une comptine sur la base de votre rencontre, vous donneront un accès backstage et viendront passer des disques dans votre salon. Ayant moi-même déjà mangé, bu, dormi, fait de la musique, festoyé, mixé avec The Shoppings, je vous le clame haut et fort, c’est peu cher payé ! Les enchères débutent ici : www.kisskissbankbank.com/projects/the-shoppings. Vive la musique ! †

 

 

Sébastien