Dans la vie, il existe des moments qui resteront à jamais ancrés dans votre esprit. Les odeurs de peinture fraîche, les empreintes de pas sur le béton ciré, l’acoustique du lieu et le résonnement des premiers accords d’un jeune groupe au milieu d’une scène immense dans une salle aux trois quarts vide. Ce moment, c’était en juin 2005, lors du premier concert de la Rockhal, bien avant son inauguration officielle. Et ce groupe, c’était Girls in Hawaii, découverte coup de cœur qui imprégna, dès ses premières notes, l’âme et les vibrations du lieu.

Depuis, les murs se sont gorgés de nombreuses autres énergies. Les Belges, quant à eux, ont fait leur petit bout de chemin : deux albums sublimes, des tournées mémorables et un statut d’icône du rock.

Aujourd’hui, les « Girls » nous reviennent avec un nouvel opus Everest. Un nom qui touche le ciel, parfait pour un disque chargé d’histoire. Car oui, ils auraient préféré ne jamais gravir cette montagne. Il y a trois ans, Denis, batteur et petit frère d’Antoine, le chanteur, quitte brutalement la route dans un triste accident de voiture. Et désormais, plus rien ne serait jamais comme avant. À la douleur et la tristesse, s’ajoute le manque de courage et d’inspiration pour continuer à écrire. Ne pas se laisser mourir.

Pendant plus de deux ans, Antoine s’éloigne des tumultes de l’effervescence bruxelloise et part s’isoler dans la forêt ardennaise pour faire son deuil. Petit à petit, la vie et l’envie reprennent, il retrouve la force, la détermination des sommets et l’euphorie des compositions.

Prenant soin de ne pas faire de ce nouveau recueil un glacier trop sombre et impudique, les rockers escaladent ce mont de manière troublante, croisant entre deux avalanches de piano épiques, les fantômes de dEUS, Radiohead ou encore Grandaddy.

Avec Everest, Girls in Hawaii a réussi son ascension du versant le plus dur, touchant ainsi la lumière, les neiges éternelles et quelque chose de dangereux, dégageant ainsi un horizon que l’on espère sans nuage. 

Leur poésie avait terriblement manqué à la Rockhal. Quoi de mieux que de partager, les 22 et 23 novembre, l’affiche du Sonic Visions, le meilleur festival de découverte de la grande région, avec entre autres Sigur Ros, Hurts, Aufgang, London Grammar et Nonono.