Dans ses spectacles, Fahem Abes nous invite à replonger en enfance, là où naïveté cohabite avec espoir. À travers des contes traditionnels kabyles, le comédien d’origine algérienne embarque son public vers un imaginaire passionnant et tout en poésie, où fourmillent ogres, ogresses et sorcières. Petite pause toute en douceur avec un vrai marchand de rêves quelques jours avant sa prestation, le vendredi 21 novembre, à Neimënster.

 

Vous êtes né un dimanche de carnaval à Binche. Un signe ?

Effectivement, mon destin dans la comédie était, j’imagine, tout tracé (rires).

 

Pourquoi devenir conteur ?

Mon papa et ma maman y sont pour beaucoup. Ils me prenaient sur leurs genoux et me racontaient sans arrêt des histoires qu’eux même avaient entendues de la bouche de leurs mères et de leurs grand-mères. Par ailleurs, j’ai toujours développé une sensibilité artistique et une aisance orale. Je me suis donc naturellement tourné vers des études de théâtre. Aujourd’hui, je fais revivre sur scène les différentes péripéties des héros de mes ancêtres.

 

Cet héritage kabyle vous tient-il à cœur ?

Plus on creuse dans le patrimoine kabyle, plus on se rend compte que les légendes sont universelles. Au-delà de nos différences, nous avons des racines communes. Tous les êtres humains se posent les mêmes questions. Je cherche à mettre le doigt sur ce qui nous rassemble, à trouver un dialogue commun, à parler de réunion plutôt que de séparation.

 

Quel est votre message ?

Je ne souhaite surtout pas à être moralisateur comme pouvait l’être Jean de La Fontaine. Mes personnages évoluent vers une ouverture d’esprit, un enrichissement personnel, intellectuel et émotif, mais jamais financier. Derrière ces ogres, ces princes et ces princesses se cache chacun d’entre nous.

 

Vos thèmes phares ?

Dans le spectacle que je vais jouer à Neimënster, Ogres, Ogresses Et Sorcières, je parle des peurs, comment les affronter et les dépasser. Je permets à l’auditoire de se demander ce qui se cache derrière ces craintes et surtout, je montre comment les apprivoiser. Dans mon autre spectacle, réservé aux adultes Les Contes Coquins D’Algérie, je mets en scène des histoires plus osées pour faire découvrir au peuple occidental la « coquinerie » des méditerranéens et dire à ceux qui l’ignorent que nous sommes des gens comme les autres, avec des désirs et des passions.

 

Quelles fables vous racontaient vos parents ?

C’était toujours de mémoire, avec des rimes, des devinettes, des proverbes et des blagues. Ma préférée, que je ne partage pas dans mes représentations, était celle d’un couple de vieillards qui habitaient seuls dans la forêt. Un ogre venait les voir tous les soirs et leur demandait un animal à manger. Ils lui en donnèrent un, puis deux, puis trois et ainsi de suite. Quand ils n’en eurent plus, le monstre les dévora. Plus tard, j’ai compris le message : il ne faut pas céder au chantage, mais affronter la difficulté.

 

Quel est le plus beau compliment que l’on vous ait fait ?

« Vous m’avez fait revivre des émotions que je croyais disparues ».

 

 

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