Alléluia ! Les rappeurs du Luxembourg recommencent à croire au Père Noël. Avant, pour trouver l’inspiration, nos MCs devaient ruser, traîner sur YouTube, traverser la frontière pour se faire peur dans des banlieues lorraines ou des villes sinistrées de Wallonie. Les plus motivés s’étaient carrément mis à apprendre par cœur les répliques du film Boyz N the Hood.

Des petits malins, pour alimenter leur flow, organisaient des pèlerinages dans les bas-fonds d’Ettelbrooklyn, d’autres zonaient en Audi dans les faubourgs de Schifflangeles, une poignée de dingos s’achetaient des casquettes New Era dans le quartier de la gare de la capitale, quand aux plus mabouls, ils s’encanaillaient rue de Strasbourg, pour s’immerger dans ce fabuleux cocktail à base d’immigration, de prostitution et de deal.

J’avais d’ailleurs mené ma propre enquête dans ce quartier, le plus décrié de 2014 selon les media. Mon objectif était enfantin : boire un verre dans chaque bar, y prendre systématiquement une photo et sympathiser avec l’autochtone. J’avais initialement prévu de vous pondre un beau reportage sur les quelques 900 mètres les plus dangereux du Grand-Duché. Finalement, je m’étais ravisé car je n’y avais pratiquement rien trouvé de vraiment subversif. Décidément, les temps sont durs pour les bad boys luxembourgeois.

Enfin, certains activistes hip-hop se sont retournés vers Dieu pour lui quémander de belles rimes. Le rappeur Pollo, originaire de Meispelt, est parti combattre aux côtés des djihadistes en Syrie, à la gloire d’un prophète qu’il ne connaissait certainement pas trois ans auparavant. Merveilleuse jeunesse. De son côté, Gospel MC s’est évadé au Canada pour prêcher la bonne vibe. Le constat est simple : si on part du principe qu’il est nécessaire d’avoir faim pour écrire de jolis textes engagés et enragés, mieux vaut quitter fissa le Boulevard Royal.

Faux ! Grâce aux conséquences de la crise de 2008, l’étau commence à se resserrer. Le chômage augmente, la précarité est de mise et, cerise sur le gâteau, la délinquance s’amplifie. Nous avons enfin des pauvres au Grand-Duché. Une aubaine pour le hip-hop !

Peut-être l’exemple le plus significatif de cette descente aux enfers, le sans domicile fixe qui fait la manche Place d’Armes. Vous savez ? Celui qui surfait pépère sur Facebook, emmitouflé dans son sac de couchage, s’est fait dérober son ordinateur portable le jour de la Saint Nicolas. Dépouiller les plus démunis ? Cool ! La misère franchit encore un pas décisif. Au fait, résigné, le vagabond de luxe a modifié sa pancarte. Fini le « J’ai froid, une petite pièce SVP ». Place à « Après le désespoir causé par le vol de mon laptop, continuez de croire au Père Noël ». Vraisemblablement, lui n’y croit plus.