Avant même ton premier pogo, l’achat de ton premier disque de hip-hop et tes premiers marathons de séries policières sur ton canapé, Ice-T était déjà le boss du rap game, déjà acteur et déjà à la tête de Body Count, le légendaire et controversé groupe de métal. Le vendredi 12 juin, Tracy Lauren Marrow sera de passage à la Kulturfabrik avec ses frères d’armes. Lors de cet entretien exclusif pour Luxuriant, le « Real Original Gangsta », âgé de 56 ans, nous délivre ses secrets de longévité et nous explique comment il compte bien tous nous enterrer. Montez le son, Ice-T est dans la place !

 

Existe-t-il un album de métal particulier qui t’a donné envie de monter Body Count ?

J’ai toujours été clair là-dessus, Body Count a été influencé par Black Sabbath. Nous avons mixé la totalité de leurs sons avec du Slayer et j’y ai ajouté ma propre touche. Nous l’avons fait pour rigoler et c’est devenu un grand groupe. Ce projet ne devait pas forcément aboutir. Nous ne nous attendions à rien de particulier, mais, au final, nous sommes plutôt satisfaits du résultat.

 

Comment t’es-tu retrouvé sur la fabuleuse bande originale du film Judgment Night sorti en 1993 ?

Je n’ai pas cherché à en faire partie, ils sont venus me chercher. L’idée venait du label. Ils ont demandé aux métalleux de choisir un rappeur qu’ils aimaient bien et avec lequel ils souhaiteraient enregistrer. Les types de Slayer m’ont sélectionné. Ça s’est passé exactement comme ça ! Je pense que c’était une collaboration positive. Nous avons joué ensemble au festival Lollapalooza, avec une programmation très éclectique.
Quand tu t’engages dans des formes différentes d’art avec des styles antagonistes, tu obtiens forcément un résultat unique.

 

Quelle est la chanson préférée que tu as produit pour un long métrage ?

La meilleure ? « Colors » pour le film éponyme. Ce titre est devenu tellement populaire que les gens pensaient que j’avais joué dedans. Ils venaient me voir et me disaient : « Tu étais super dans Colors ». Quand tu réalises un si bon morceau et que le public s’imagine que tu faisais partie du générique, c’est vraiment une historie de dingue (rires). Le clip est trop puissant avec des extraits du film, mélangés à mes images et ma musique, d’où la confusion dans la tête des gens.

 

T’es-tu lancé dans le métal pour te venger des petits blancs comme les Beastie Boys ou Vanilla Ice qui faisaient du rap ?

Non (rires) ! Honnêtement, j’ai tenté l’aventure car lorsque je rappais en Europe, les kids pogotaient comme des malades devant la scène. Je me suis dit « Waouh », c’est génial de chanter devant un mosh pit de jeunes surexcités. Je savais que j’avais de très bons musiciens à la maison. Le guitariste Ernie-C est mon ami depuis le lycée. En fait, j’ai surtout créé Body Count pour permettre à mon pote de jouer. Ce n’est absolument pas une revanche, mec (rires) !

 

Le rappeur Scarface des Geto Boys s’intéresse aussi au rock. Je l’ai vu jouer de la guitare dans un festival. As-tu trouvé le temps de pratiquer un instrument de musique pendant toutes ces années ?

Tu sais quoi ? J’ai essayé. J’ai tenté la guitare, mais j’étais naze. La dernière chose que tu as envie de faire dans ta vie est de monter sur scène et de faire semblant. Les membres de mon groupe sont trop bons. Comparé à eux, les gens penseraient que j’essaye de tirer la couverture à moi. Cela dit, je joue parfaitement de la clochette (rires).

 

L’Amérique aime les come-backs ! Qu’est-ce qui t’a poussé à produire un disque huit ans après Murder For Hire sorti en 2006 ?

En fait, Murder For Hire était, selon moi, un album un peu brouillon. Le label nous avait poussés à le sortir. Les bonhommes m’envoyaient les pistes par email et je posais les paroles dessus. Je n’en suis pas particulièrement fier. Pourtant, même en faisant des erreurs, on peut potentiellement faire de la bonne came. Pour notre retour, c’était plus ou moins les gars du groupe qui voulaient rejouer. Nous avons passé un contrat avec une maison de disques et Sumerian, le label qui nous soutient, est monté au front. Ils nous ont donné ce qu’il fallait pour faire le truc et c’était parti ! Nous l’avons composé tranquillement.

Est-ce qu’un black a vraiment réussi dans la musique quand des blancs se pointent à son concert ?

La réussite de Body Count se mesure à l’accueil du public en tournée, peu importe sa couleur. Le rock est une musique qui doit se vivre en live. Si tu envoies du heavy métal et que les fans te regardent immobile, sans bouger, tu as un gros problème. Voilà comment on juge la performance d’un groupe !

 

Que t’es-tu offert avec ton premier chèque de droits d’auteur ?

Je me suis acheté une chaîne en or avec un flingue dessus. C’était mon premier achat de luxe.

Ensuite, je me suis payé une boîte à rythmes pour faire des sons. J’avais déjà des bijoux avant de faire un disque, mais cette chaîne est devenue célèbre.

 

Pour ton concert à la Kulturfabrik, en juin, qu’as-tu demandé à avoir dans ta loge ?



Seulement une douzaine de prostituées naines pour mon guitariste Ernie (rires).

 

Pourquoi mon album de Body Count possède la chanson « Cop Killer » dessus, alors que celui de mon rédacteur en chef ne l’a pas ?

Et bien, tout le monde est à peu près au courant du drame autour de « Cop Killer » et Warner Bros s’est replié dans ses tranchées. Ils ont donc décidé de ressortir le disque en retirant de la vente le morceau censuré. Toi, tu as la version originale et lui la seconde, dans laquelle la chanson « Cop Killer » a été remplacé par le titre « Freedom Of Speech ».

 

Est-ce que toute la rage qui a nourri « Cop Killer » par rapport aux comportements de la police face à la communauté noire est encore intacte, surtout au vu des événements récents de Ferguson ?

Je pense qu’après toutes ces années, j’ai été disculpé. Les gens ont bien vu, et pas seulement les noirs, que les flics dans le monde entier abusent de leur pouvoir. Quand tu payes quelqu’un pour servir et protéger, c’est encore pire. Les évènements résonnent plus fort. Il y a vingt ans, l’opinion publique pensait que nous étions fous et que nous ne criions que de la merde. Mais en fait, nous racontions uniquement la vérité. Au final, j’ai été blanchi.

 

Es-tu encore en adéquation avec tes paroles hardcore ?

J’ai écrit Man Slaughter, le dernier album de Body Count, avec le point de vue d’un homme de 56 ans, et surtout pas d’un type de 21 ans.
 En ce qui concerne ma rage, plus je vieillis, plus je m’endurcis.

 

Es-tu toujours en contact avec certains membres originels de ton gang du sud de Los Angeles ?

Absolument.

 

Depuis la série télé New York, Unité Spéciale, toute la scène hip-hop, les métalleux et leurs grand-mères te reconnaissent désormais dans la rue. Comment fais-tu pour gérer deux mondes si différents, celui de la sous-culture et celui de la culture de masse ?

Avec Unité Spéciale, nous arrivons à la 17ème saison et cela devient très intéressant. Il faut se rappeler qu’un adolescent de 18 ans avait un an quand j’ai commencé cette série. Donc, j’interagis avec beaucoup de jeunes qui ne connaissent pas mon activité de MC. Cependant, avec YouTube et Internet, tu peux très facilement savoir ce qu’ont fait les gens et qui ils sont. Cela ne me dérange pas que l’on n’aime pas quelque chose en particulier chez moi. Tu peux aimer Unité Spéciale, mais ne pas aimer le rappeur. Tu peux aimer le rock, mais pas la série télé. Pas d’importance pour moi, tant que tu es un fan.

 

Combien d’amis ne te parlent plus depuis que tu joues un flic à la télé ?

Aucun.

 

J’ai entendu de sérieuses punchlines dans Unité Spéciale, participes-tu à l’écriture de tes dialogues ?

Les scénaristes me laissent, de temps à autre, glisser une vanne. Quand nous faisons la relecture du script, il m’arrive de lâcher quelque chose et ils me disent : « gardons ça ! ». Mais seuls les scénaristes écrivent et ils savent parfaitement ce qu’ils veulent. Parfois, c’est tellement du lourd qu’ils sont obligés de découper mes blagues pour les placer.

 

Une dernière faveur : peux-tu nous dévoiler une partie de l’intrigue de la prochaine saison de New York Unité Spéciale ? Promis, nous ne répèterons rien.

Je ne peux rien spoiler car nous ne savons pas ce qu’il va se passer cinq jours avant le tournage. Autrement dit, je n’ai aucune idée de l’histoire du prochain épisode. Quand nous en tournons un, nous recevons le script deux jours avant de mettre le prochain en boîte. C’est donc quasiment impossible pour les acteurs de divulguer une partie du scenario. Il faudrait parler aux scénaristes pour avoir ce genre d’information.

Comment va ta femme Coco ?

Elle va bien ! (Ice-T me répond sur un ton très sec)

 

Comment fais-tu pour rester de glace avec des caméras partout pour l’émission de télé-réalité de Coco sur la chaîne E! Entertainment ?

Ce n’est pas filmé non-stop toute la journée. Même si cela en a l’air, elle savait quand les caméras étaient présentes. Nous n’avons pas tourné cette émission depuis des années. C’est du passé.

 

Quel est ton point de vue par rapport à la télé-réalité ?

Faites-le à vos risques et périls. Il faut bien comprendre le rôle d’une émission de télé-réalité.
C’est tentant de divertir le public, mais ça peut devenir un fardeau des fois. Tu dois être divertissant. Personne ne veut un truc chiant à la télévision, donc tu dois savoir ce que potentiellement la production aimerait que tu fasses. C’est plus un travail pour des gens qui n’en ont rien à foutre (rires). Un boulot pour des gens qui feraient vraiment tout et n’importe quoi pour rester à la télévision.

 

Quelle idée te fais-tu de notre tout petit pays ?

Je suis allé à peu près partout. C’est toujours agréable de voyager.
Le Luxembourg, c’est sympa. Je suis déjà venu rapper chez vous. En fait, quand tu es en tournée, loin de chez toi, les gens apprécient le fait que tu as beaucoup voyagé pour eux et ils te le rendent bien. Un concert loin de chez toi sera neuf fois sur dix bien mieux qu’un concert en bas de ta rue.

 

 Comment vois-tu tes dix prochaines années ?

Je n’en sais vraiment rien. Nous sommes passés à la production et nous commençons à trouver nos marques. Nous avons sorti deux documentaires, un sur le rap, et un autre nommé Iceberg Slim: Portrait Of A Pimp. Nous essayons également de promouvoir notre dernier album en plus de ces deux films en stock. Je ne sais pas quelle sera ma prochaine production, si ce sera une série télé ou un autre film. J’essaie juste de faire des spectacles de bonne qualité.

 

Before entering your first Mosh Pit, before you even bought your first hip-hop album, before your first late night TV show marathon, Ice-T was already at the top of the rap game. Tracy Lauren Marrow was already an actor and leading the legendary and controversial metal band Body Count! Coming to the Kulturfabrik with his musician friends on June 12th, the Real Original Gangsta, who is now 56 years old, will disclose in the following exclusive interview that his youth may have passed, but how to never let it die. Pump up the volume!

 

Is there a particular metal album that influenced you for Body Count?

 I made it clear that my band was always influenced by Black Sabbath. We mixed it with some Slayer plus my particular way of seeing things. We just did it for fun and it turned out to be a big group. Something that was never meant to necessarily do what it did. We had no expectations.

 

How did you end up in the 1993 movie Judgment Night?

We did not find them, they found us. The idea for the album soundtrack was brought up by the record label. They asked the metal artists to pick someone they liked and they would record with. Slayer picked me, so that is how it happened. I think it is a positive collaboration. We started out on Lollapalooza Festival, which is a lot of music together. I think whenever you commit to different art forms, different styles together, you are going to get something that is very unique.

 

What is your favourite song you have done for a movie?

The best… I got to say “Colors” because it was so good that people thought I was actually in the movie also called Colors. People walked up to me and said « You were great in Colors » and I’m like “I was not in it”. When you can make such a good track and folks imagine (laughs) that you are in the movie (heavy laughs), it is something really special. The music video was so powerful with the scenes matching up my images and my music. People ended up thinking I was in Colors.

 

What pushed you towards metal music? Was it because white artists like the Beastie Boys and Vanilla Ice were doing rap music? Was it some kind of revenge coming from black guys?

 No (laughs)! Honestly we just did it because when we used to play rap in Europe, the kids would mosh. I was like « Wow »! There is nothing like performing in front of a Mosh Pit. So I knew that I had rock musicians at home. Ernie-C is my friend since high school. Body Count was really created to give Ernie-C a place to play, a vehicle that will allow him to perform. No retaliation, man (laughs)!

 

The rapper Scarface from The Geto Boys is into rock music as well. I saw him doing a cover and playing guitar live at a summer festival. Did you find the time to play an instrument after all of these years in the rap game?

 You know what, I tried. I tempted to play guitar but I suck. The last thing you want to do is to get on a live stage and fake it. The members of my band are so good. Compared to them, people would think I am trying to get a cheap extra cheer. But I can play a cowbell. I am good at that (laughs).

 America loves comebacks! What made you decide to produce an album eight years after Murder For Hire in 2006?

 Well, Murder For Hire was just an album that I call a big melting out. Somebody wanted to put out a record. The guy would email me the tracks and we just did some vocals. I am not really proud of that record. Although even on a mistake, we can do some potentially good shit. It was more or less the dudes in the band who wanted to play. We got a record deal and Sumerian, the label behind us, stepped up to the plate. They gave us what we needed to make this stuff and everybody thought it was sold. And it came out great.

 

How do you measure Body Count success? White people showing up at your gigs?

I think you can measure Body Count vibe by just watching an audience response regardless what color they are. Rock is a very crowd-based music. If you are doing heavy metal and everybody is just looking at you, standing there, something is going terribly wrong. I guess we can tell by the speed of the Mosh Pit, the way we can get the crowd to move. I think that is how metal bands judge their performances by how much action they can get off the edge with that stage.

 

In your early career what did you buy with your first royalty check?

I bought a gold chain I had with the gun on it. That was really the first luxury purchase. Other than that I bought a drum machine to make the album. I had jewellery prior to making the record but that piece became famous.

 

For your show in Luxembourg next June, what did you ask to have in your dressing room?

Just twelve midgets prostitutes! They are very important to my lead guitarist Ernie (laughs).

 

How come my Body Count album has the “Cop Killer” track and my editor-in-chief’s copy does not? Could you tell us what happened behind the scenes?

 Well, everybody is pretty familiar with the “Cop Killer” drama and Warner Brothers went under siege over that record. So they decided to re-release a new album but to pull the record. That song was taking too much heat. So you have the original version. He has the second version which we replaced with a song called « Freedom Of Speech ».

 

Is all the rage that fuelled “Cop Killer” regarding the police’s behaviour towards the Black community still relevant in the light of the recent Ferguson events?

I think after all these years I have been vindicated. People have seen, not just black people, that cops all over the world abuse their power. When you pay somebody to serve and protect, it is even worse. That strikes a harder note. Twenty years ago the audience thought we were crazy and yelling about a bunch of bullshit. But it happens to be true. If anything, I have been vindicated.

 

Are you still comfortable with your hardcore lyrics?

Well, I tried to write Man Slaughter, my last album, from my perspective. It is from a 56 year old man’s perspective. So I didn’t try to write it like I was twenty one years old, so as far as hardcore. I think the older I get, the harder I get.

 

Are you still in touch with some of your original gang homies from South L.A?

 Absolutely.

 

With the TV show Special Victims Unit, hip-hop crowd, metal heads and their grandmas must recognize you. How do you deal with the two totally different worlds, from subculture to mainstream culture?

With S.V.U, that is interesting we’re moving up on 17 years being in it. You gotta remember that a teenager that is 18 was one year old when I went on Law & Order: Special Victims Unit. So I am dealing with a lot of kids who have no reference point whatsoever to me being a rapper. But with Youtube and Internet it’s really easy to get a vibe on who people are, were and what they did. I do not mind if you do not like a particular thing I do. You might like S.V.U, but don’t like the rapper. You might like the rock, but don’t like the TV show. It doesn’t really matter to me as long you as are a fan.

 

How many friends don’t talk to you anymore since you are playing a cop on TV?

None.

 

Do you contribute to any of the S.V.U dialogues because I have heard some serious punch lines?

Every once in a while they let me throw a joke. When we do the read through, I might say something and they go “Let’s keep that”. The writers write the jokes but they know what they want. So some points in that show are so heavy, they have to sometimes break it up.

 

One more favour. Could you spoil the next S.V.U season? We won’t tell anyone, promised.

There is nothing I can spoil because we only know what is happening like less than five days before the show gets to be shot. In other words, I have absolutely no idea what is happening in the next episode. As we are shooting one, we get the script about two days before we start the next one. So it is pretty much impossible for us to spoil it. You have to talk to the writers for that.

 

How is your wife Coco doing?

She is all right!

 

How do you stay cold as ice with cameras monitoring you all day long for Coco’s reality show on E! Entertainment?

It’s not really shot like they are monitoring you all day long. It might seem like that but she knew when the cameras were around. We haven’t shot this show in years so that’s past. Reality shows are based on reality so you are very aware when the cameras are around.

 

What is your approach to reality shows?

Do them at your own risk. You have to understand what a reality show is. It is tempting to entertain people. And entertaining people can be a burden at times. You have to be entertaining. Nobody wants anything boring on television. So you have to know what they might potentially want you to do. It is much like a job for people who do not give a fuck (heavy laughs). It is a job for people who would do any fucking thing to stay on television.

 

What do you think of our tiny little country?

I have been pretty much everywhere. I mean it is always good. I love travelling. Luxembourg is great. I have been there rapping. The thing over there, when you are far away from home, the people appreciate it. They know you travel a long way to get there and they always show out. A show far away will be nine times out of ten better than one down the street from your house.

 

What is next for Ice-T?

I really do not know. We got into production. We started Final Level Entertainment, which has put out two documentaries. One about rap, another one called Iceberg Slim: Portrait Of A Pimp. We are trying to keep our record up. We have these two really great films under our belt. So we don’t know what will be the next production. Whether it will be a T.V. show or another movie. We are just trying to keep our entertaining always-good quality.

 

Mustapha Rial

 

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