Juste avant le rush du weekend pascal et de l’Octave, Luxuriant a sonné à la porte de L’archevêque de Luxembourg, Monseigneur Jean-Claude Hollerich. Calme et serein, le big boss des catholiques du Grand-Duché nous a donné son point de vue sur les migrants, les pédophiles et Xavier Bettel. Amen !

J’ai été enfant de chœur jusqu’à l’âge 16 ans. Avez-vous fait mieux ?

Je l’ai été jusqu’à 19 ans à Vianden (sourire), la commune où j’ai grandi. Ensuite, après l’obtention de mon baccalauréat, au Lycée classique de Diekirch, je suis parti faire trois années de séminaire à Rome, au collège germanique fondé par Saint Ignace.

Vous êtes-vous fait des amis au Vatican ?

J’étais entouré de beaucoup trop de carriéristes. Je n’aimais pas cette atmosphère. J’ai donc décidé d’entrer ensuite dans la Compagnie de Jésus.

Chez les Jésuites ?

Exactement, j’ai fait mon noviciat en Belgique, à Wépion. Une période de deux ans de mise à l’épreuve, de croissance humaine et spirituelle. Une vie très simple, avec beaucoup de silence entrecoupée de travaux manuels et d’expériences. J’ai travaillé, par exemple, comme aide soignant à l’hôpital Sainte Anne d’Anderlecht et à la maison de repos des Petites Sœurs des Pauvres à Charleroi. J’ai également donné des cours à l’École européenne de Bruxelles à Uccle. J’ai aussi fait un pèlerinage à pied de Troyes jusqu’en Lozère pendant un mois. Nous avions juste l’argent pour nous acheter, chaque jour, une baguette de pain pour trois. J’avais 23 ans. Ces épreuves m’ont fait énormément de bien car je suis sorti de ma zone de confort. J’ai repoussé mes limites, notamment lorsque j’accompagnais les mourants à la clinique lors de leurs derniers instants sur Terre.

Un déclic particulier a-t-il déclenché votre vocation ?

Enfant, j’étais en train de prier à l’église de mon village quand, tout d’un coup, je me suis rempli d’une immense joie. À ce moment précis, j’ai su que je serai prêtre. Je l’ai annoncé, le lendemain matin, à tout le monde à l’école primaire de Vianden. Personne ne m’a pris au sérieux (rires). Comme je suis têtu, j’ai persévéré.

Vous n’avez jamais douté ?

Quand j’étais jeune, je suis tombé amoureux. C’est donc devenu tout de suite moins clair dans ma tête, mais je n’ai pas craqué (sourire).

Êtes-vous contre le mariage des prêtres ?

Pour les hommes d’église, l’amour de Dieu nécessite indubitablement de vrais sacrifices comme le célibat.

Est-ce compliqué aujourd’hui, au Grand-Duché, de recruter de nouveaux curés ?

Évidemment mais pas à cause de l’abstinence. L’Église protestante rencontre les mêmes problèmes que nous. Les prêtres doivent consacrer leur vie entière au culte et sortir d’un certain consumérisme. Cependant l’Église doit changer, sinon nous n’attirerons plus personne. Actuellement, six jeunes luxembourgeois préparent leur sacerdoce. C’est assez encourageant, même si certains curés, pour faire face à la pénurie, doivent gérer plusieurs paroisses.

Dans quelles langues les messes sont-elles célébrées ?

Les prêtres sont libres de privilégier la langue de leur choix : français, luxembourgeois, italien, anglais, portugais, etc. L’Église luxembourgeoise est internationale et toutes les informations pour choisir votre cérémonie sont sur cathol.lu, notre très bon site internet. De plus, pour pallier aux problèmes des langues, certaines messes sont sous-titrées sur un grand écran.

En septembre, le gouvernement Bettel a aboli les cours de religion. Avez-vous un message à lui transmettre ?

J’ai été professeur de religion de 1983 à 1985 à l’École Privée Fieldgen pour filles, près de la gare de la capitale. Cette loi va à l’encontre de la volonté de 70 % des parents qui choisissaient d’envoyer leurs enfants en cours de religion au lieu de les envoyer en cours de morale laïque. C’est triste. L’État devrait respecter, en toute démocratie, la volonté des parents. Nous avions proposé de remplacer ce cours de religion catholique par des cours des religions organisés conjointement avec les juifs, les musulmans, les anglicans, les protestants, les néo-apostoliques, les bahaïs. Notre proposition a été balayée en une journée par Claude Meisch, le Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse.

Que craignez-vous de cette reforme ?

Aux vues de la radicalisation de la société, des attentats de Paris et Bruxelles, nous aurions eu, au Grand-Duché, un instrument pour développer une entente et une compréhension de toutes les religions. Nous avons loupé le coche. Il faut aller au delà de la tolérance, aimer les autres dans leurs différences et éviter le fanatisme, par exemple, des jeunes musulmans qui posent des bombes autour de nous.

Quel est votre point de vue sur les réfugiés ?

J’en héberge actuellement deux chez moi, à la maison épiscopale. Malgré tout, accueillir simplement ces migrants au Luxembourg pour faire bonne figure relève d’un mauvais humanisme. Il faut avant tout œuvrer pour la paix, mais ne pas être naïf. J’en veux pour exemple les réfugiés chrétiens du Moyen-Orient qui eux, ont fui les musulmans fanatiques. Ils sont apeurés et viennent me demander conseil.

À l’inverse, subsiste-t-il une section d’extrémistes catholiques dans notre région ?

Certains catholiques sont plus à droite que d’autre, mais rien à voir avec des fanatiques.

Pas d’Opus Dei ?

L’Opus Dei existe à Luxembourg, mais attention, ils ne sont pas fanatiques pour un sou. La presse les diabolise sans les connaître et n’hésite pas à les qualifier de milice religieuse, de secte ou de militants bornés. Il n’en est rien.

Ils rêvent quand même du retour de la messe en latin.

Bien sûr que non (rires). Cependant, nous avons une petite communauté qui célèbre, chaque dimanche, l’office selon le rite latin dit tridentin à l’église Sainte-Cunégonde, à Clausen. De plus, il ne s’agit en aucun cas d’un prêtre intégriste mais d’un prêtre africain (sourire). Ces gens assistent aussi à d’autres offices et ne sont pas des fanatiques furieux. Pour être clair, je suis contre l’extrême droite même si je suis apolitique.

Mais vous êtes contre l’adoption d’enfant par des couples gay ?

Oui, mais je ne suis pas contre les homosexuels. Je pense avant tout aux droits des plus jeunes qui ont normalement besoin de l’amour d’un père et de l’amour d’une mère. Les rôles des deux parents sont différents, séparés et équilibrés. Ensuite, dans de rares cas particuliers, je préfère qu’un enfant soit élevé par un couple homosexuel plutôt que par des parents qui le battent. Je ne suis pas un fanatique, mais le désir d’avoir un bébé ne donne pas forcément le droit d’en avoir un. Quelle serait la prochaine étape ? Acheter sa descendance ? La monnayer ? Est-ce moral ? L’homosexualité n’est ni un pêché, ni une maladie. Je pense qu’ils peuvent s’unir sans parler de mariage. Au delà du couple, se marier signifie fonder une famille et faire l’amour pour procréer.

Donc on fait l’amour uniquement pour avoir des enfants ?

Non, mais c’est une conséquence, on fait l’amour parce qu’on s’aime. Enfin je l’espère. Je n’ai pas tellement d’expérience dans ce domaine (rires). Si on veut se marier pour devenir riche ensemble et qu’on ne souhaite pas avoir d’enfant, il ne s’agit pas d’un mariage catholique.

Vous verra-t-on bientôt célébrer un mariage homosexuel à la cathédrale ?

Je ne peux pas, l’Église l’interdit !

Et quand Xavier Bettel se marie avec Gauthier Destenay, que lui souhaitez-vous ?

D’être heureux. Nos rapports sont professionnels, mais nous ne jouons pas aux cartes ensemble en buvant une bonne bouteille de vin.

Surtout depuis la séparation de l’Église et de l’État ?

Les nouveaux curés seront désormais payés par l’Église et non par l’État. C’est problématique car nous ne sommes pas riches.

Pas riche ? Il faudra alors cacher votre énorme croix en or pour les photos.

C’est un cadeau offert par mon prédécesseur Fernand Franck (rires). Je l’offrirai aussi certainement à mon successeur.

Combien gagnez-vous par mois ?

Net 6900 € mais certains professeurs en fin de carrière touchent la même chose. Un Ministre gagne le double. Je fais un don de 10 % de cette somme au Fonds d’avenir de l’Archidiocèse de Luxembourg. Un choix personnel, rien ne m’y oblige. J’aide aussi quelques étudiants à financer leurs études à Luxembourg. De plus, je me suis offert un petit appartement en Algarve au Portugal, avec une jolie terrasse qui donne sur la mer. J’adore ce pays. J’ai 57 ans et je ne me voyais pas emprunter sur 30 ans. Et ici, au Luxembourg, l’immobilier est bien trop onéreux. Ma mission d’Archevêque se terminera à mes 75 ans. C’est la règle. Si je suis encore suffisamment en forme, j’irais finir mes vieux jours là-haut, au soleil. Et qui sait, je donnerais peut-être un coup de main au curé local pour célébrer la messe.

En portugais ?

Oui, je parle portugais, français, luxembourgeois, allemand, italien, anglais et japonais. J’ai été professeur d’étude européenne à la faculté puis vice recteur d’université pendant mes 22 ans à Tokyo.

Pourquoi êtes-vous revenu du Japon ?

Parce que j’ai été nommé archevêque et, halte aux rumeurs, je ne suis pas malade et je ne vais pas démissionner de mon poste même si certains médias prétendent le contraire. Tout va bien (sourire) !

Pouvez-vous me montrer votre plus bel ouvrage ?

Celui-ci, une bible luthérienne protestante en Allemand de 1768.
Vous lisez autre chose que la Bible ?

Bien étendu, j’aime les romans policiers ou je regarde des séries sur Netflix, Suits sur l’univers des avocats et Reign avec l’épopée de Marie Stuart. Je surfe aussi sur Facebook sur ma tablette. D’ailleurs, faites-moi une demande d’ajout (sourire).


Avec plaisir. Bon, on termine sur la pédophilie au Grand-Duché ?

Ce sujet me fait extrêmement mal, car je suis non seulement l’évêque des prêtres mais aussi l’évêque des victimes. J’ai eu un seul cas de prêtre pédophile, en 2014, depuis ma prise de fonction. Il m’a avoué les faits. Je lui ai demandé de se dénoncer et je l’ai immédiatement retiré de la pastorale. Un moment très éprouvant. J’ai annulé un voyage prévu de longue date pour célébrer les messes de la paroisse de ce prêtre afin d’en parler avec les gens, les réconforter.