1984. On connaît l’histoire. Quatre amis casse-cou malmènent la « vie » des fantômes de New York. Toujours avec maladresse et bonhomie, souvent avec ingéniosité et parfois même, avec l’aide de la science. Trente ans plus tard, le reboot féminin de la franchise Ghostbusters : Answer the Call a tenté de confondre les plus perplexes…

Détrompez-vous. D’après une étude dirigée par le professeur Sebastian Wekring de l’université Stanford, la plupart des sceptiques quant à la version 2016 ne sont pas ceux que l’on croit. Selon les statistiques, tous ne sont pas des misogynes amers ni des nostalgiques qui craignent de voir leurs idoles des années 80 brûler dans les feux de l’oubli. Beaucoup sont de simples amateurs de cinéma et voient dans le retour du blockbuster une sorte de profanation. Pas moins. Une attaque faite aux fantômes de notre histoire commune du septième art. #haters

Amatrice de cinéma, c’est pourtant avec enthousiasme que j’attendais la sortie du film. Je me réjouissais de voir sur grand écran Melissa McCarthy, mon obsession du moment. J’attendais le retour de Ghostbusters. J’attendais le retour d’Hollywood. C’est le sous-titre qui m’a vraiment donné envie. « Answer the Call » est à la fois une réponse à la question phare « Who you gonna call? » du refrain de la bande originale mythique du blockbuster, et à la fois un appel au secours. C’est au secours de Ghostbusters, donc, que je vole.

Le long métrage, en fait, n’est pas, comme on pourrait l’imaginer, un saut dans le passé, mais plutôt un voyage qui se conjugue au présent dans lequel l’Histoire de la ville (et par extension, l’Histoire des États Unis) se révèle. New York est hanté par des cimetières indiens, la précarité des Afro-Américains (le personnage de Leslie Jones est employée sous terre, dans le métro, où elle est invisible) et la place des femmes dans une société patriarcale.

Mais peu importe la politique et la campagne de la vilaine Hillary Clinton. Pour chasser les « vrais » fantômes de la plus petite histoire que raconte le film, nos quatre génies doivent faire fi de leurs apparentes différences et travailler ensemble. L’une est noire, l’autre homosexuelle et les deux dernières fâchées.

Les protagonistes ne parviennent à leurs fins qu’à moitié, puisque le film n’est jamais très drôle ni jamais très original. Les amateurs de Saturday Night Live seront, en revanche, heureux de retrouver Wiig, Jones et McKinnon, et se contenteront des apparitions fantomatiques, bien que féeriques, de Dan Aykroyd et Bill Murray. Malheureusement, les personnages sont campés comme des publicités sur du papier glacé : de la lumière au bon endroit et des punchlines attendues. Les meilleures répliques ou gags sont, soit dans le trailer promotionnel, soit coupés au montage final de Sony Pictures. Les actrices, donc, font de leur mieux. J’ai dit mon obsession pour Melissa McCarthy ? Ô temps pour moi.

Quand j’écris que je vole au secours du film, c’est vrai (non, que le film ait besoin de mon aide, il est évidemment un succès au box-office). Même si ce reboot est plutôt raté et surfe sur la vague vintage dont Hollywood et le reste du monde raffole, il bénéficie d’un fort capital sympathie que la mouture originale lui a transmise. De plus, le backlash qu’a subi le film pendant sa promo est injustifié : il a le droit d’exister. Le scénario s’inspire d’un souvenir, assumé ou non, heureux ou malheureux, d’un autre film. Il a également le mérite de montrer des corps non normés sur grand écran. Au diable Jennifer Lawrence et autres déesses du Pacifique !

Mais il en faudra plus pour convaincre. Ghostbusters nous laisse sceptiques et ne parvient pas à chasser de notre esprit les gentils fantômes qui avaient portés l’œuvre originale. Sur cinq, je lui donne deux cœurs et demi. Deux cœurs et demi qui battent fort.