J’ai connu David, photographe free lance de son état, un peu enrobé, roux, perpétuellement avec du rock sudiste dans les enceintes de sa berline impeccablement propre. Aujourd’hui, il me convie dans son nouveau studio photo, à Belval, pour un shooting pour Médecins Sans Frontières. Selon lui, ma gueule de bois pourrait sensibiliser aux dons en cette période de fête. J’accepte, mais en échange je lui monnaie un Mixuriant de sa part, une playlist d’une petite heure de ses morceaux préférés, écoutable à volonté sur notre site Internet.

 

Sur place, le quadra m’accueille en jogging, tout sourire. S’il est toujours blond vénitien – les poils de carotte le disent souvent pour faire plus smart – il a perdu du poids et s’oriente désormais davantage vers la vidéo. Avec sa société Wili, montée au diapason avec sa chérie Céline Velluet, ils commencent à rafler de chouettes appels d’offre sur le marché de la communication grand-ducale. Les récompenses pleuvent et il a l’air d’avoir la belle vie. Cependant, David n’a pas le cœur au papotage, nous devons faire fissa, il doit partir dans 30 minutes à une course à pied nocturne en Belgique, sous la pluie. Je ne pipe mot, mais j’ai très envie de le frapper. Il sort son bel engin, règle son objectif, clic clac Kodak et envoie le son. J’enregistre notre conversation et je l’écoute me parler, des étoiles plein les yeux, de ses idoles.

« Dans les années 90, comme tout le monde, je me passionne pour l’indy anglaise, Inspiral Carpets, Ride, surtout la scène de Manchester. » Un soir, chez un copain à Athus, il bloque sur un poster noir et blanc d’une danseuse de flamenco nue. Il se demande comment ses parents l’autorisent à afficher cette déesse sur les murs de sa piaule d’adolescent. L’image qui fascine tant le petit Belge n’est autre que la couverture de l’album Surfer Rosas des Pixies, sorti en 1988. Depuis cette révélation, il ne se passe pas une semaine sans que David ne se repasse un disque de la bande à Frank Black. Il les a déjà vu cinq fois en live, dont un souvenir mémorable, lorsqu’en 2002, avec un ami, sur un coup de tête, ils bookent deux vols pour les applaudir à Montréal. Chez lui, il s’est même improvisé un petit autel dédié aux rockers de Boston, avec des coffrets collector et une photo signée par Simon Larbalestier, le photographe officiel des Pixies. Il l’a contacté, au culot, via Facebook et un virement de 150 euros plus tard, il recevait par la Poste un tirage original de ses virtuoses favoris.

Alors évidemment, dans son Mixuriant, on retrouve en bonne place « Bone Machine » et « Blue Eyed Hexe », deux tubes emblématiques des Pixies. « Leurs harmonies sont hyper répétitives, binaires et diablement sexy. Je suis fan de leur univers, sauf que je ne pouvais difficilement m’identifier à Franck Black, le frontman : un gros con, moche, transpirant, en t-shirt dégueulasse difforme, avec un égo démesuré qui a foutu la merde dans son propre groupe. Mais comme Tony Soprano, c’est une crapule que tu ne peux t’empêcher d’aimer. J’aurais préféré être fan des Sex Pistols, me faire une crête rose et porter un perfecto à clous. Mon papa aurait adoré (rires). »

David nous invite également à prêter l’oreille aux riffs de Led Zepellin, au ska des Slackers, au folk de Neil Young, à la pop de David Bowie et aux vieilles légendes comme The Beatles, les mecs qui, selon lui, ont composé le tout premier morceau de métal. « J’ai deux problèmes avec la musique. Si j’apprécie une chanson, je peux me l’écouter 100 fois de suite en boucle toute la journée et, autre déviance, je ne me désintéresse absolument pas aux nouveautés. Seuls les vieux trucs me font vibrer et surtout jamais, au grand jamais, du rap ou de l’electro. »

Notre mélomane un peu réac a la mémoire courte. Je me souviens parfaitement de lui, au début des années 2000, complètement en transe devant le DJ, lors des soirées drum and bass à l’Elevator, rue de Hollerich. Et idem, en 2005, en train de brailler « yo yo » au concert des Beastie Boys, à Forest National à Bruxelles. Mais qui juge ?

« Ok, donc tu ressors tous mes vieux dossiers (rires) ! » Pas tous, par pudeur, je n’ai pas abordé The Chacals, son propre cover band, dans lequel il officiait, il y a une petite dizaine d’années, au chant. Avec un total cumulé d’un seul et unique concert, dans un garage de Gaume, pour les 40 ans de Jean-Philippe, son guitariste, le groupe n’a pas, à proprement parlé, laisser une marque indélébile dans le business de la musique. L’histoire ne nous dit pas si les voisins se souviennent encore de leur reprise complètement avinée de « Where Is My Mind », toujours des Pixies.