Une insolence qui force le respect, un humour noir à faire pâlir un croque-mort, une violence verbale digne des dealers de la rue de Strasbourg, Pierre-Emmanuel Barré viendra déverser son fiel, pour la première fois au Grand-Duché, le mercredi 21 février, à la Kulturfabrik. À l’heure où vous lirez ces lignes, le spectacle sera sûrement déjà complet. Nous, en tous cas, on y sera et pour vous consoler, nous vous offrons cette interview 100 % politiquement incorrecte.

 

Un zéro pour l’humour, peux-tu débuter cet entretien par une vanne vraiment limite ?

Non, surtout pas. Les blagues, c’est comme les papiers d’un blanc en costard, ça ne se demande pas.

Lors de l’élection présidentielle française, as-tu voté Le Pen ou Macron ?

Je ne vote pas, ça les encourage. Je regarde les élections de loin en essayant de me réjouir des enfoirés qui perdent sans trop penser à l’enfoiré qui gagne.

Quand tu hais quelqu’un, quelle est ton ultime insulte ?

J’insulte très rarement les gens que je déteste, j’ai une éducation irréprochable. Je me contente d’attendre qu’ils aient des enfants, puis je prends du sang contaminé par des maladies exotiques et j’en asperge leurs doudous… il faut savoir rester gentleman.

Avec qui es-tu le plus heureux de t’être fâché ?

Arnaud Leguennec. Il m’avait giflé en sixième devant tout le monde, mais maintenant, ses deux enfants ont la malaria. La roue tourne.

Quelle est la blague trop facile que tu t’interdis ?

Toutes celles sur Vin Diesel, Didier Super et Michel Sanplon, mais comme Michel Sanplon n’existe pas, y’a pas trop de blagues à faire sur le sujet.

Ta plus belle irrévérence ?

Quand j’ai refusé la Légion d’honneur pour mes actes de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais je ne la méritais pas vraiment parce que je n’étais pas né à l’époque… D’ailleurs, ça explique peut-être pourquoi on ne me l’a pas proposée… Maintenant que j’en parle, je me demande si toute cette histoire de Légion d’honneur a vraiment existé…

De quelle blague es-tu le plus fière ? Ma préférée reste celle sur les Belges qui ont volé le paysage audiovisuel français à vos juifs et vos PDs.

Non, celle-là était « petit joueur », ma meilleure blague, c’est quand j’ai vidé Castaner, que je me suis caché dedans et que je me suis fait passer pour le porte-parole du gouvernement.

Existe-t-il des sujets sur lesquelles tu ne tapes pas ?

Les bambous, ça a été trop fait.

Une petite dédicace à Jean-Claude Juncker ?

Non, mais j’espère qu’il ne va pas renoncer à avoir des enfants, j’ai trouvé une souche de variole sur le darknet.

As-tu besoin de quelques tuyaux pour bien assassiner les Luxembourgeois lors de ta représentation à Esch-sur-Alzette ? Si je peux aider, n’hésite pas.

Non, pas la peine, je ne vais pas faire des blagues sur les Luxembourgeois, c’est trop risqué. Il suffit d’en énerver trois et t’es fâché avec 50 % de la population.

Cette date unique à Nouméa, 24 heures d’avion, ça vaut vraiment le coup ?

Ben ça fait trois plateaux repas gratuits ! Qui refuserait trois plateaux repas gratuits ?

Tu te censures ?

Quand la blague n’est pas à la hauteur du sujet ou quand le sujet n’est pas connu du public. Comme Michel Sanplon, par exemple.

On te censure ?

C’est arrivé, mais je suis très contrariant avec mes employeurs. Quand on me dit de pas dire un truc, je rentre chez moi regarder des séries sur Netflix en grommelant. Parfois, on vient me rattraper sur le trottoir en disant « allez tu fais chier, viens faire ton papier de merde » et parfois non. En ce moment, je regarde Stranger Things 2.

Comme tous les végétariens, as-tu envie de manger des kebabs tard, quand tu es bourré ?

Non, mais il m’arrive d’avoir envie d’une bonne bite de temps en temps. Pardon, excusez-moi. C’était juste pour dire « bite », ça fait bien sept minutes que je n’avais pas dit « bite », je commençais à trembler.

Au niveau de la polémique du #balancetonporc es-tu complètement clean ou va-t-on apprendre une sombre histoire de harcèlement avec Ophélie Meunier ?

Non, mes partenaires ne tweetent que très rarement parce qu’ils sont soit morts, soit des animaux, soit les deux en même temps. Le sexe cisgenre, patriarco-spéciste, très peu pour moi. C’est incroyable de voir des journalistes, comme toi, bloqués dans un carcan social passéiste et normalisé. Ça va ? Ça se passe comment au Moyen Âge ? Nazi.

La page d’accueil de ton site web s’ouvre avec ce message : Vous cherchez un spectacle familial ? Vous voulez rire des petits travers du quotidien ? Vous aimez l´humour bienveillant et jamais vulgaire ? Alors allez voir Kev Adams, je ne veux pas de vous dans ma salle. Cordialement. À quand un duo avec Kev Adams ?

Quand il se sera réincarné en animal mort. Et ne vous mettez pas au premier rang, ça va éclabousser.

Et comme son pote Gad Elmaleh, à quand une pub pour Le Crédit Lyonnais ?

Je n’aime pas trop les pubs, on m’en a proposé, mais je ne veux pas être l’égérie de n’importe quoi. J’attends une proposition de Bofferding.

Dans une interview, tu disais gagner 3400 euros par mois ? Peux-tu faire un effort supplémentaire pour ne pas faire mourir de rire les Luxembourgeois ?

Ouh là ! C’était avant ça, maintenant, je suis à 800 k par an. Je ne sais plus quoi faire de mon pognon. Hier encore, j’ai acheté une tondeuse en peau de tigre albinos pour le jardin. Pour être tout à fait honnête, c’est un mauvais achat, ça coupe très mal, mais je m’en fous, ce n’est pas moi qui tond. J’ai deux esclaves jardiniers en or massif… L’herbe est très haute chez moi.

Tu assumes toujours être fan de Dieudonné ?

Non, maintenant je suis fan de Richard Gotainer. Je suis versatile.

Et les cheveux gris à 33 ans, tu assumes aussi ?

Oui.

Le truc le plus relou de ta notoriété ?

Quand on me demande si j’assume mes cheveux gris à 33 ans.