J’aime la bière, un secret pour personne et surtout pas pour les bars de la capitale. Quand Antoine Biasino et Joseph Hallack-Wolff me proposent de venir assister à un brassage à la Stuff Brauerei, difficile de refuser. Comme Steve Jobs, Walt Disney et Bill Gates, les deux passionnés concrétisent, eux aussi, leur rêve dans un garage de Steinsel. Prost !

 

Qui est le cadet de votre duo gagnant ?

 

Joseph : C’est moi. Je me présente, Jo, Anglais, j’ai 26 ans et je réside au Luxembourg depuis mes 12 ans. Après des études à l’École Européenne, j’ai débuté un Bachelor en International Business avant de suivre une formation en micro brasserie via l’IFAPME d’Arlon. Et puis, un jour, j’ai croisé la route d’Antoine (sourire).

 

Antoine : Quant à moi, je suis Belgo-Français, j’ai 37 ans et j’ai grandi au Grand-Duché. J’ai suivi mes études supérieures et commencé ma carrière professionnelle dans la périphérie de Bruxelles, avant de revenir au Luxembourg pour continuer une carrière dans la finance. En revanche, comme tu peux le constater, le monde bancaire, pour moi, comme Capri, c’est fini (sourire) ! Après quelques chamboulements pas hyper cool dans ma vie privée, j’ai tout plaqué. Timing parfait pour enfin brasser la meilleure bière du pays !

 

J’espère que vous vous êtes rencontré pour la première fois dans un bar ?

 

A : Bingo ! À Gand, dans un troquet, j’entends un gars, derrière moi, déblatérer toute une théorie sur la mauvaise bière qu’ils servaient. Nous nous sommes alors mis à refaire le monde brassicole, sans nous douter une seule seconde que nous étions tous les deux originaires de Luxembourg.

 

J : Nous ne nous sommes revu que plusieurs mois plus tard. Je terminais alors ma seconde année en microbrasserie. Un ami d’enfance nous a proposé un stage à la brasserie Oersoep de Nimègue au Pays-Bas.

 

A : À partir de ce moment précis, nous avons projeté de nous allier pour produire, nous aussi, notre propre breuvage. Et c’est là que les ennuis ont commencé (rires). Si à l’époque, on m’avait dit que créer notre microbrasserie serait aussi long et laborieux, j’aurais probablement baissé les bras.

 

Raconte !

 

A : Le timbre fiscal de la création de l’entreprise date du 8 juillet 2014 et notre dossier complet pour l’ITM (l’inspection du Travail et des Mines) a été envoyé fin 2015. Rien n’avançait et aucun fonctionnaire n’était disponible pour nous aider. J’entends encore raisonner cette phrase dans ma tête : « Monsieur, tout est écrit dans la loi, il faut donc regarder la loi. Merci. Au revoir. ». Que de temps perdu entre les trois différents ministères (Environnement, Gestion de l’eau et ITM) qui se renvoyaient la patate chaude. Aide-t-on réellement les PME dans ce pays ? Heureusement, the House of Entrepreneurship, située au Kirchberg, nous a admirablement bien soutenu pour la finalisation de notre petite entreprise. Il n’existait quasiment aucune microbrasserie 100 % luxembourgeoise avant nous !

 

J : En parlant de loi, notre petite entreprise se situe dans une tranche qui peut produire de 50 à 5000 hectolitres par an. Dans les deux cas de figures, on subit les mêmes règles, les mêmes normes environnementales, les mêmes normes d’hygiène et de sécurité que les gros acteurs du marché. Cependant, comme tu peux l’imaginer, leurs moyens et leurs infrastructures sont complètement disproportionnés par rapport à notre production artisanale. Nous devions, à titre d’exemple, installer un système automatique anti-incendie avec des sprinklers (extincteurs automatique) au plafond couplés à une quinzaine de détecteurs de fumée ! Comme tu peux t’en rendre compte, nous produisons toute notre gamme dans la toute petite cave de la maison de la maman d’Antoine. Ces normes, pour nos 50 m2, sont complètement dérisoires.

 

Stuff Brauerei est donc pionnière au Luxembourg ?

 

A : Tout est fait sur place. Ici tu trouves le concasseur, là, le stock de malts et de houblon, au fond, les cuves de fermentation, dans cette pièce notre stock de produits finis, etc. Alors certes, en terme de taille, nous ne rivalisons pas avec les brasseries nationales, mais nous sommes tellement plus passionnés (sourire).

 

J : Beaucoup trop de brasseurs revendiquent abusivement le label made in Luxembourg, alors qu’ils se contentent uniquement d’importer un produit fini de Belgique et d’Allemagne. Heureusement, aujourd’hui, les contrôles sont renforcés. Halte à la supercherie (rires).

 

Combien de litres de mon nectar préféré produisez-vous ?

 

A : Environs 460 litres par semaine, répartit sur nos quatre produit phares : la Knights In White Satin, la Grande Ducale, la Revolutioun IPA et la Black Widow.

 

J : La Knights In White Satin est une specialty ale, avec 30 % de froment et une levure utilisée traditionnellement pour les bières blanches. Bref, un mix entre une blonde et une blanche qui titre à 5,2 %.

 

A : Notre deuxième bière s’appelle la Grande Ducale, une red ale rouge cuivrée. Elle titre à 5,3 % avec certaines notes de Sauvignon blanc au nez et bien ronde en bouche.

 

J : L’équilibre entre l’amertume et le sucré est particulièrement réussi car le gout reste présent au palais après dégustation.

 

La Revolutioun m’interpelle. Qu’a-t-elle de si révolutionnaire ?

 

J : C’est tout simplement la première vrai IPA luxembourgeoise (NDLR : qui se prononce aille-pie-yeille – Indian Pale Ale dans la langue de Shakespeare). Les IPA ont été développées au XVIIIe siècle pour l’exportation, notamment pour approvisionner les troupes coloniales britanniques en Inde.

 

A : Elles contiennent plus d’alcool et de houblon que les autres Session IPA du pays. Une bière plus forte à 6,3 % avec un gout très prononcé. Une sensation qui ne laisse pas indifférent (sourire).

 

Et la dernière ?

 

A : Notre Black Widow, une robust porter de 6,5 % qui ravira l’amateur de bière qui a du coffre !

 

J : Cette recette m’a permis d’obtenir mon diplôme avec mention. Le jury était agréablement surpris par cet équilibre de grains torréfiés, de notes de café, de chocolat et de pain d’épice.

 

J’ai toujours fantasmé de brasser de la bière, vous me montrez la marche à suivre ?

 

A : Commence par le concassage du malt pour ouvrir l’enveloppe du grain et accéder à son fruit. La première opération du brassage consiste à cuire, dans de l’eau, les divers malts et céréales à différentes températures en respectant certains paliers successifs (empâtage). Sépare ensuite les drêches (résidus solides de la transformation de grains de céréales germés et séchés) du moût (le liquide restant) pour le chauffer à ébullition pendant plus d’une heure. Tu vas ainsi le rendre stérile. Fais-le refroidir, puis ajoute les levures afin de commencer la fermentation.

 

J : Laisse ensuite reposer le tout dans ces cuves de garde pour précipiter les cellules mortes de levure ainsi que les sous produits de l’empâtage. Une fois le produit clarifié, avant de passer à l’embouteillage, ajoute une petite dose de sucre pour créer la refermentation en bouteille. Et voilà, tu viens de fabriquer ta première bière.

 

Et pour l’étiquetage et les normes indiquées sur la bouteille ?

 

A : Nous avons choisi d’inscrire deux normes sur nos bouteilles : l’EBC et l’IBU. La norme European Brewery Convention te donne la couleur de la bière. Le zéro correspond à l’eau. Plus le chiffre est élevé, plus la couleur est foncée. L’International Bitterness Unit est une unité pour mesurer l’amertume. Petit détail qui a son importance et qui, pour les amoureux de bière, peut faire toute la différence.

 

J : Sur la collerette, nous trouvons la date de consommation conseillée. Nos bières refermentent dans la bouteille avec un dépôt de levure, donc nous garantissons un goût jusqu’à une certaine date.

 

A : Rassure toi, la bière sera toujours bonne à consommer, mais le goût peut changer car la levure continue à faire son petit bonhomme de chemin. Cette date varie de six mois à un an, selon nos recettes. À toi et à tes papilles de trouver la bonne date (rires).

 

Où puis-je me procurer une bière Stuff Brauerei ?

 

A : Pour l’instant, dans trois des Pall Center (Oberpallen, Steinsel et Strassen), au restaurant Chez Rafael, au Sofitel, chez Humulus & Fermentum, à la Buvette des Rotondes, à la Bouneweger Stuff, à la House Of Luxembourg, au Kyosk, au Bananas, à la Bräiläffel, au Crossfire, au Black Stuff, au Koeppchen à Wormeldange, au Café Bel Air, chez Luxburger, au Steiler et au Tube.

 

J : Et bien sûr, directement à la source, sur rendez-vous uniquement, chez nous, à la Brasserie ou via notre boutique en ligne. De plus, si le cœur vous en dit, vous pourrez même visiter notre petite Stuff Brauerei. On vous accueillera avec grand plaisir. N’oubliez pas d’appeler car, pour des raisons d’hygiène, nous ne pouvons accueillir des visiteurs pendant le brassage.

 

 

Stuff Brauerei

 

Antoine : +352 621 377 523

Joe : +352 691 795 867

 

www.stuff-brauerei.lu

 

E-mail : beer@stuff-brauerei.lu

 

facebook.com/Stuff-Brauerei