Vous verrez, la guerre c’est chouette, et ce n’est pas la mécanique bien huilée de Jeremy Ferrari qui vous démontrera le contraire. Depuis son passage, en 2010, dans l’émission On n’demande qu’à en rire de Laurent Ruquier, l’humoriste boosté au vitriol ne cesse de faire le buzz. La Rockhal a eu la bonne idée de programmer son one-man-show, le vendredi 9 février, dans le grand hall. L’occasion de vérifier en live si l’agitateur en a vraiment sous le capot.

Quel est le cadeau le plus cool lié à ta notoriété ? 

Je peux réaliser plein de belles choses, publier une BD, produire d’autres artistes, le tout quand je veux, où je veux, en totale liberté. Aujourd’hui, les portes s’ouvrent toutes seules. Rien à voir avec mes 10 années de galère lorsque, de Charleville-Mézières, j’ai débarqué à Paris, à l’âge de 17 ans. Et puis, surtout, j’ai pu offrir une maison à ma mère et, cette année, enfin, une pour moi.

T’autorises-tu quelques selfies avec tes fans ? 

Bien sûr, mon public n’est pas trop intrusif et plutôt respectueux. Je prends toujours beaucoup de plaisir à discuter avec les gens, après mes spectacles, autour d’un verre. 

Même avec tes détracteurs ?

Je suis un provocateur, alors certain quittent la salle avant la fin de ma représentation. Je ne peux pas plaire à tout le monde, sinon je ne recevrais pas autant de menaces de mort par mail. Quel est l’abruti qui veut te butter en prenant bien soin de te le préciser par écrit (rires) ?

Refuses-tu systématiquement de mettre de l’eau dans ton vin ?

Avoir des couilles quand tu n’as rien à perdre, c’est facile ! Cependant, quand ta carrière décolle, que tu fidélises une audience, que tu gagnes ta vie, surenchérir dans l’humour noir devient plus compliqué. Un été, en vacances en Espagne, j’écrivais avec beaucoup de retenu. Je rayais des phrases trop trash. Je m’en suis tellement voulu d’avoir peur, que, sur le coup, j’ai pondu un sketch encore plus agressif, sans aucun filtre, pour me punir (rires). 

Comment réussis-tu à rester connecté à la vraie vie ?

Je ne suis pas enfermé dans une tour d’ivoire et les soirées VIP ne m’intéressent pas. Mon bras droit est un copain depuis plus de 15 ans et je pratique le jiu-jitsu et la boxe avec les mêmes gars depuis mes 20 ans. Je reste focalisé sur ma femme, ma famille et mes amis. J’ai conscience d’avoir de l’argent, mais je ne suis pas dépensier. J’ai vécu la plupart de mon existence avec 1000 euros par mois, donc je n’ai pas de goût de luxe, ni de fringues de luxe, ni de bagnole de luxe, ni de hobby de luxe. Mon seul caprice reste un ou deux beaux voyages par an, par exemple en Afrique ou au Liban. Ma copine est de là-bas et puis, j’ai quand même un spectacle qui se nomme Vend Deux Pièces À Beyrouth.

T’interdis-tu de jouer dans des pays si leur politique te dégoute ?

Seulement les États où leur gouvernement ne m’autorise pas à dire ce que je veux. Par exemple, on m’a proposé une date à Dubaï, mais avec un comité de censure. Donc, même si j’étais extrêmement bien payé, j’ai refusé. Je ne vais pas aller me produire dans une région où ils décapitent les homosexuels, sauf s’ils me permettent de les traiter d’enculés.

Et si Poutine ou Trump t’invitent ? 

Je fais la part des choses entre faire de la scène en Russie pour un public russe et faire du stand up pour un président dans son palais. Dans ce cas, c’est un non catégorique. Idem pour des évènements privés pour des marques pas hyper éthiques.

Passes-tu des messages sur les planches ?

Je parle de la guerre, de la géopolitique, de la manière dont se comportent les acteurs des différents conflits armés dans le monde. Je démontre qu’on nous ment depuis le début et que la guerre et un vrai business.

Quel est ton processus d’écriture ?

Je n’ai pas de règles. J’écris constamment pour le cinéma, la télévison, pour d’autres comiques, pour mes spectacles. Je ne peux pas me permettre d’attendre une bonne luminosité, la température idéale pour rédiger mes blagues sur un parchemin ancestrale à l’aide du stylo que mon grand père m’a légué avant de mourir (rires). Si je dois écrire à 14 h, alors j’écris à 14 h.

Es-tu au quotidien comme sur scène à balancer non stop des blagues, même au lit avec ta chérie ? 

Je ne fais pas des vannes tout le temps (rires). Ça reste quand même un métier. Je ne passe pas toutes mes journées à l’emmerder avec mes conneries, mais je reste ce que je suis, très cynique, mais calme.